C’est un moment de vérité rare, une prise de parole qui résonne comme un coup de tonnerre sous les ors de la République. Invité à s’exprimer devant la commission d’enquête sénatoriale sur la délinquance financière, Fabrice Arfi, journaliste d’investigation et co-responsable des enquêtes à Mediapart, n’a pas mâché ses mots. Loin des discours aseptisés, il a livré une analyse chirurgicale, parfois brutale, de l’état de la corruption en France. Entre le “CV judiciaire” accablant de nos dirigeants, le manque de moyens chronique des enquêteurs et le déni culturel face à l’argent sale, retour sur une intervention magistrale qui nous tend un miroir glaçant.
Le “CV judiciaire” de la honte : un constat sans appel
Dès les premières minutes, le ton est donné. Fabrice Arfi ne s’embarrasse pas de préambules diplomatiques. Il commence par une énumération factuelle, mais dont l’accumulation donne le vertige. La France, cette grande démocratie libérale, a vu deux de ses anciens présidents de la République, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, définitivement condamnés pour des atteintes à la probité. Elle a vu deux anciens Premiers ministres, Alain Juppé et François Fillon, subir le même sort.
« Je ne suis pas certain qu’il y ait beaucoup de démocraties occidentales modernes qui aient un tel CV judiciaire », lance-t-il aux sénateurs. Ce constat n’est pas partisan. Arfi prend soin de rappeler que ce fléau traverse tous les camps : de Jérôme Cahuzac, ministre du Budget socialiste et fraudeur fiscal, aux affaires touchant le Rassemblement National ou La France Insoumise. Ce “miroir” tendu à la classe politique est celui d’une faillite morale systémique. Emmanuel Macron lui-même, élu sur la promesse de la moralisation de la vie publique après le traumatisme de l’affaire Fillon, se retrouve aujourd’hui avec un secrétaire général de l’Élysée et un Garde des Sceaux mis en cause ou jugés, illustrant la persistance du mal.

L’impunité 2.0 : La bataille du récit
Mais au-delà des condamnations, c’est la réaction des puissants qui inquiète le journaliste. Il décrit un phénomène nouveau et dangereux : la capacité des élites mises en cause à inverser la culpabilité. Lorsqu’un citoyen lambda est arrêté pour un délit, il rase les murs. Lorsqu’un ancien chef d’État est mis en examen, il s’offre 20 ou 40 minutes de temps de parole au journal de 20 heures pour crier au complot.
Fabrice Arfi pointe du doigt cette “justice à deux vitesses” non pas dans les tribunaux, mais dans l’espace médiatique. Les mêmes qui réclament une tolérance zéro pour la délinquance de rue n’hésitent pas à comparer la police anticorruption à la Stasi ou à qualifier les juges de “bâtards”. Ce discours populiste antijudiciaire, que l’on retrouve chez Trump, Bolsonaro ou Berlusconi, s’est installé en France. Il instille dans l’esprit des citoyens l’idée toxique que la loi n’est pas la même pour tous, nourrissant une colère sourde qui se déverse ensuite dans les urnes.
La métaphore de la grenouille : une accoutumance mortelle
Pour illustrer notre passivité collective, Fabrice Arfi utilise la célèbre fable de la grenouille. Plongée dans une eau bouillante, elle bondirait hors de la marmite pour sauver sa vie. Mais dans une eau tiède chauffée très progressivement, elle s’engourdit, s’habitue à la température qui monte, et finit par mourir ébouillantée sans avoir réagi.
La France est cette grenouille. Nous nous habituons aux scandales. La corruption est devenue un bruit de fond, une “eau tiède” dans laquelle la démocratie se dissout lentement. Les chiffres sont pourtant là pour nous alerter : selon le ministère de l’Intérieur, les atteintes à la probité ont explosé de 28 % entre 2016 et 2021. Transparency International a rétrogradé la France à la 25e place mondiale en matière de perception de la corruption. « Nous, la patrie des Droits de l’Homme, nous sommes 25e », s’indigne le journaliste. Pourtant, cette explosion de la délinquance en col blanc ne fait pas la Une des journaux, contrairement aux faits divers ou aux cambriolages. Cette apathie collective est, selon lui, le signe d’un danger mortel pour notre pacte républicain.
Des moyens dérisoires face à une criminalité “hybride”

L’un des points les plus techniques et pourtant les plus cruciaux soulevés par Arfi concerne les moyens d’enquête. Il dénonce le mythe selon lequel la justice financière coûterait cher. Au contraire, les enquêteurs financiers rapportent des milliards à l’État en amendes et saisies ! C’est un investissement, pas un coût.
Pourtant, la réalité des services est catastrophique. L’OCLCIFF (l’office anticorruption) et l’OCRGDF (délinquance financière) manquent cruellement de bras. Ils sont à peine une centaine pour traiter des dossiers d’une complexité inouïe, face à des multinationales et des réseaux mafieux qui, eux, ont des moyens illimités. Arfi met en garde contre le fonctionnement en “silos” de nos institutions. Aujourd’hui, le crime organisé s’est hybridé : le grand banditisme (drogue, crime de sang) fusionne avec la délinquance financière (blanchiment, corruption politique). « On ne peut pas lutter contre le narcotrafic si on ne lutte pas financièrement contre lui », explique-t-il. Saisir quelques kilos de cocaïne est inutile si l’on ne s’attaque pas aux flux financiers qui nourrissent les réseaux.
Le coût caché de la corruption
Pourquoi tout cela est-il si grave ? Parce que, rappelle Fabrice Arfi, « la corruption, c’est de votre argent dont on parle ». Ce n’est pas un crime sans victime. C’est de la richesse qui échappe aux services publics, aux hôpitaux, aux écoles. C’est un impôt occulte prélevé par une minorité sur la collectivité.
Mais le coût le plus élevé est démocratique. Le sentiment d’impunité est le carburant du désespoir social. Quand un Jérôme Cahuzac accepte le poste de ministre chargé de la lutte contre la fraude fiscale alors qu’il sait pertinemment qu’il détient des comptes cachés, il ne commet pas seulement un délit, il crache au visage de l’intérêt général. Quand des multinationales signent des chèques (via les conventions judiciaires d’intérêt public) pour éviter les procès, sans que les responsables individuels ne soient jamais inquiétés, on installe l’idée que tout s’achète, même l’innocence.
Conclusion : Il est temps de sortir du bocal
L’intervention de Fabrice Arfi au Sénat est un appel au sursaut. Il ne s’agit pas de tomber dans le “tous pourris”, mais de regarder la réalité en face pour ne pas finir comme la grenouille de la fable. Il plaide pour une véritable indépendance du parquet, pour que les enquêtes ne soient plus soupçonnées d’être téléguidées par le pouvoir politique. Il plaide pour des moyens massifs et une prise de conscience culturelle : la délinquance financière n’est pas une délinquance “propre” ou “douce”. Elle est le cancer qui ronge les fondations mêmes de notre société. Espérons que ce coup de tonnerre ne restera pas sans écho et que, pour une fois, la prise de conscience précédera la catastrophe.

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