Paris, France – On dit souvent que les légendes ne meurent jamais, mais il s’en est fallu de peu pour que celle de Johnny Hallyday s’éteigne brutalement en 1972, bien avant de devenir le monument national que nous avons pleuré. Aujourd’hui, Sam Bernett, ami intime du rockeur depuis plus de 50 ans et témoin privilégié de ses excès, brise le silence dans un livre choc, Johnny Circus : La tournée cauchemar. Ce qu’il raconte dépasse la fiction : c’est l’histoire d’un homme au bord du précipice, “drogué, alcoolique et voulant mourir”, mais sauvé par son amour viscéral de la scène.

Le Rêve Fou du “Johnny Circus”

 

Tout commence par une idée de génie… ou de folie. En 1972, Johnny, influencé par les tournées américaines comme Woodstock, veut créer le “Johnny Circus”. Son projet ? Louer un chapiteau de 4000 places, embaucher les Bouglione, et parcourir la France avec des clowns, des fauves et du rock’n’roll. Une utopie de saltimbanque généreuse, mais qui va virer au désastre absolu.

Dès le premier soir à Chantilly, le rêve tourne au cauchemar. Une pluie tropicale transforme le terrain en marécage, l’électricité saute, et une bagarre éclate avec des Hells Angels dans le noir complet. Johnny, lui, est embourbé à 3 kilomètres de là. La tournée commence par une annulation. Ce sera le leitmotiv de cette aventure maudite : 79 étapes, des gouffres financiers, et un Johnny Hallyday en perdition totale.

“Un Zombie le Jour, un Dieu la Nuit”

 

Les confidences de Sam Bernett sur l’état de santé de l’idole sont glaçantes. À cette époque, Johnny ne se contente plus de quelques verres. “Il commençait son petit-déjeuner avec trois lignes de coke”, révèle Bernett. Il se promenait avec une “pharmacie” remplie de psychotropes. Le jour, il était un “zombie”, effondré sur la moquette de sa chambre d’hôtel, incapable de parler, pleurant sa solitude et son épuisement.

“Je n’en peux plus, je suis exténué”, confiait-il en larmes à son ami sur le bord d’une route. Mais le miracle se produisait chaque soir : dès qu’il montait sur scène, le zombie disparaissait pour laisser place à la bête de scène. Il chantait comme s’il allait mourir demain. “Il aurait adoré mourir sur scène”, confie Bernett. C’était son seul véritable refuge, le seul endroit où il se sentait aimé.

La Liaison Toxique et la Roulette Russe

 

Mais le danger ne venait pas que de la drogue. Il portait un nom : Nanette Workman. Cette choriste américaine, décrite comme “un mélange de Piaf et de Tina Turner”, a fait perdre la tête à Johnny. Sous son influence, il sombre dans une consommation de drogue dure encore plus effrénée.

L’anecdote la plus terrifiante rapportée par Sam Bernett est celle de la roulette russe. Dans un moment de délire médicamenteux et alcoolisé, Johnny et Nanette jouent avec un pistolet. “Il y avait une vraie balle dedans”, assure Bernett. Ils l’ont fait pour rire, inconscients qu’ils frôlaient la tragédie à chaque clic de la gâchette.

Cette passion destructrice a failli lui coûter sa famille. Sylvie Vartan, apprenant la liaison et l’état de son mari, ne tergiverse pas : elle demande le divorce. C’est l’électrochoc. Johnny disparaît, loue un avion-taxi pour Londres, tente de la reconquérir. Il faudra un road-trip à moto aux États-Unis pour le désintoxiquer et sauver son couple in extremis.

Les Fantômes du Passé : Jim Morrison et Léon Smet

 

Le livre de Bernett est aussi hanté par d’autres figures tragiques. Il y a Léon Smet, le père de Johnny, ce clochard céleste qui suivait la tournée comme une ombre, recevant des enveloppes de billets de la part d’un fils qu’il n’avait jamais élevé. Une blessure béante qui ne s’est jamais refermée.

Et puis, il y a Jim Morrison. Sam Bernett, ancien patron du Rock’n’Roll Circus, réaffirme sa vérité : le leader des Doors n’est pas mort paisiblement dans son bain, mais d’une overdose brutale dans les toilettes de son club, un secret gardé pendant des décennies pour ne pas “casser l’ambiance”. Johnny a côtoyé ces abîmes, il a vu ses amis mourir (comme Joëlle du groupe Il était une fois), mais lui, tel un phénix, s’est toujours relevé.

Nanette workman

Johnny Hallyday est Éternel

 

“Jean-Philippe Smet est mort, mais Johnny Hallyday est éternel”, conclut Sam Bernett avec émotion. Cette “tournée cauchemar” de 1972 restera comme la preuve ultime de la résilience du Taulier. Il a traversé l’enfer, il a dansé avec la mort, il a été ruiné, interdit bancaire, brisé physiquement, mais il a continué à chanter.

Pourquoi ? Parce qu’il cherchait, soir après soir, dans les premiers rangs, le regard d’une femme qui pleurerait pour lui. C’était sa seule nourriture, sa seule drogue qui ne tuait pas. Johnny n’était pas un saint, c’était un homme torturé qui a transformé sa douleur en art pour nous. Et c’est pour ça qu’on l’aimera toujours.