L’atmosphère était électrique, presque irrespirable, ce soir-là dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Alors que les débats budgétaires s’enlisaient dans une morosité technique, une voix s’est élevée pour briser le ronronnement parlementaire. Jean-Philippe Tanguy, figure de proue du Rassemblement National, a pris la parole non pas pour débattre, mais pour livrer un réquisitoire implacable contre le gouvernement, la majorité, et ce qu’il qualifie de “comédie” budgétaire.

“Vous êtes une excellente comédienne” : L’Attaque Frontale

Dès les premières secondes, le ton est donné. Pas de politesse superflue, pas de ronds de jambe. S’adressant directement à la ministre du budget, Jean-Philippe Tanguy lance une pique acerbe qui restera gravée dans les annales de cette session : “Vous êtes une excellente comédienne”.

Cette phrase, lourde de sens, n’était pas une simple insulte, mais le préambule d’une démonstration politique. Pour le député RN, les 125 heures de débats qui viennent de s’écouler n’ont été qu’une vaste pièce de théâtre, une mise en scène orchestrée pour éviter de parler de l’essentiel. Il accuse la ministre d’avoir joué la montre, d’avoir diverti la représentation nationale pour mieux dissimuler la réalité brutale des chiffres.

Et quelle réalité ! Tanguy assène les montants comme des coups de poing : 19 milliards d’euros d’impôts supplémentaires, 28 milliards de dépenses en plus, et un déficit public réel qui s’envole à 5%. “Vous prenez systématiquement les Français pour des imbéciles qui ne sont pas”, tonne-t-il, soulignant le fossé grandissant entre les discours rassurants de l’exécutif et la perception lucide des citoyens.

Le Vrai Budget et les Responsabilités Partagées

L’orateur ne s’arrête pas au gouvernement. Il élargit sa cible, dénonçant une alliance objective entre la majorité présidentielle, les Républicains (LR) et les Socialistes. Selon lui, le “vrai budget” est celui soutenu par les LR au Sénat, un budget que les Socialistes, par “lâcheté” ou calcul politique, n’ont pas voulu censurer.

C’est une accusation de trahison politique majeure. Tanguy peint le tableau d’un système à bout de souffle, où les oppositions traditionnelles ne sont que des béquilles d’un pouvoir vacillant. Il prédit même que ce budget sera finalement imposé par ordonnance ou via l’article 49.3, peut-être même à la demande suppliante des socialistes eux-mêmes. Une ironie mordante qui souligne l’impuissance du Parlement face à la technocratie.

La Parade des Tabous : Ce Que Personne Ne Veut Voir

Mais le cœur du discours, le moment où l’hémicycle a semblé retenir son souffle, fut l’énumération des “grands tabous”. Jean-Philippe Tanguy s’est transformé en procureur, listant un à un les sujets que le gouvernement s’évertue, selon lui, à cacher sous le tapis.

Le Tabou de l’Immigration : C’est le “tabou des tabous”. Tanguy fustige le refus de réaliser 150 millions d’économies sur ce poste, pointant du doigt une “alliance des gauches et de la lâcheté” qui inclurait, selon ses dires, les “pauvres cocus de LR”. L’expression est violente, destinée à marquer les esprits et à souligner les contradictions de la droite traditionnelle.

Le Scandale des Énergies Intermittentes : 10 milliards d’euros. C’est la somme faramineuse évoquée pour les subventions aux éoliennes et autres énergies renouvelables. Pour Tanguy, c’est un gaspillage pur et simple, une manne financière qui pourrait être sauvée si le pouvoir changeait de main.

“Ursula, Rends l’Argent” : L’Union Européenne en prend pour son grade. Avec une formule choc, “Ursula rends l’argent”, il s’attaque directement à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Il dénonce l’argent qui part à Bruxelles alors que “il n’y a plus d’argent en France”. C’est un appel à la souveraineté budgétaire, brutal et sans filtre.

Le Millefeuille Territorial et le Clientélisme : Quatrième tabou, et non des moindres. Tanguy s’attaque à la bureaucratie locale, qu’il décrit comme une machine à “clientélisme”. Il décrit un système où les “amis du pouvoir”, ceux qui ont été battus aux élections, sont recasés dans des organismes obscurs, payés par les contribuables via des “petits mandats et gros billets”. C’est l’image d’une corruption morale institutionnalisée qu’il projette face à l’Assemblée.

La Fraude Fiscale et la Presse “Oligarchique”

"Silence pour la France!": le RN Jean-Philippe Tanguy s'époumone à  l'Assemblée et fait rire jusque dans ses rangs

Le dernier acte de cette diatribe concerne la justice fiscale. Contrairement à la caricature souvent peinte par ses adversaires, Tanguy affirme haut et fort que le RN ne veut pas augmenter les taxes, mais lutter contre la fraude.

Il accuse le gouvernement d’avoir protégé les multinationales en refusant une méthode de calcul qui les obligerait à payer leurs impôts comme les TPE et PME françaises. “Il est hors de question de faire payer aux ménages français les impôts de vos amis”, lance-t-il, se posant en défenseur des petits contre les gros.

Et pour couronner le tout, il règle ses comptes avec la “presse oligarchique”. Il dénonce une campagne de désinformation, des “faux reportages” et des “fausses tribunes” destinés à faire croire que son parti souhaite alourdir la fiscalité. C’est une attaque contre le système médiatique, qu’il juge complice du pouvoir en place.

Conclusion : L’Appel à la Dissolution

La fin du discours est une apothéose politique. “Il est temps de partir”, scande-t-il. Ce n’est plus une demande d’amendement, c’est une demande de départ. Jean-Philippe Tanguy ne cherche pas à négocier ce budget, il le rejette en bloc, tout comme il rejette la légitimité de ceux qui le portent.

Son appel final est clair : “Stop aux compromissions, oui à la dissolution, oui à Marine Le Pen, oui à Jordan Bardella”. Sous les applaudissements de son camp et les murmures de la majorité, il quitte la tribune après avoir, en quelques minutes, dynamité les certitudes du gouvernement.

Ce moment de télévision, bien au-delà du simple débat technique, révèle la fracture béante qui traverse la politique française. D’un côté, une gestion technocratique accusée de dissimulation ; de l’autre, une opposition radicale qui ne demande qu’une chose : retourner aux urnes. La ministre a peut-être ri au début, mais à la fin de l’envoi, c’est bien Jean-Philippe Tanguy qui a touché. La balle est désormais dans le camp des Français.

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