Paris, France – C’était annoncé comme un débat, cela a ressemblé à un procès public, voire à un duel à mort rhétorique. Ce matin, sur les ondes d’Europe 1, Pascal Praud recevait Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters Sans Frontières (RSF) et délégué général des États généraux de l’information. L’objet de la rencontre ? La récente décision du Conseil d’État, saisie par RSF, sommant l’Arcom de renforcer son contrôle sur le pluralisme des chaînes de télévision, et plus particulièrement de CNEWS. Ce qui devait être une explication de texte s’est transformé en un affrontement d’une rare violence, cristallisant toutes les tensions actuelles autour du paysage médiatique français.

Un Démarrage sur les Chapeaux de Roue

 

Dès les premières secondes, le ton était donné. Pascal Praud, fidèle à son style offensif, n’a pas pris de gants pour accueillir celui qu’il a ironiquement qualifié de “futur ministre de l’information ou de la censure”. L’animateur vedette de CNEWS et Europe 1 a immédiatement cherché à coincer son invité sur ses propos passés, notamment une comparaison supposée avec Jean-Paul Marat ou l’accusation selon laquelle CNEWS “testerait la démocratie”.

“Dites-moi quand est-ce que j’ai testé la démocratie dans ce pays ?”, a martelé Pascal Praud, exigeant des faits précis. Face à lui, Christophe Deloire a semblé peiner à fournir des exemples concrets, préférant évoquer des concepts juridiques comme “l’indépendance éditoriale” et le “pluralisme interne”, des notions que Pascal Praud a balayées d’un revers de main, les jugeant floues et infondées.

Le Dialogue de Sourds

 

L’échange a rapidement tourné au dialogue de sourds. D’un côté, Christophe Deloire tentait d’expliquer que la loi de 1986 impose aux chaînes de télévision (contrairement à la presse écrite) de refléter une diversité d’opinions au sein même de leurs programmes, et pas seulement via les temps de parole des politiques. Il a pointé du doigt un “spectre politique relativement restreint” sur CNEWS.

De l’autre, Pascal Praud a défendu bec et ongles sa chaîne, arguant que le manque de pluralisme n’était pas de son fait, mais de celui des personnalités de gauche (Jean-Luc Mélenchon, Sandrine Rousseau, Sophie Binet) qui refusent systématiquement ses invitations. “Ils ne veulent pas parler à Éric Naulleau, ils ne veulent pas parler à Charlotte d’Ornellas… Et vous m’accusez moi de pluralisme ?”, s’est-il insurgé, dénonçant une hypocrisie flagrante.

L’Ombre de Fox News et l’Accusation de Censure

 

La tension est montée d’un cran lorsque Christophe Deloire a évoqué l’exemple américain de Fox News pour illustrer les dangers d’une chaîne d’opinion polarisée, capable selon lui de “fragmenter la société” et de mener “au bord de la guerre civile”. Une comparaison qui a fait bondir Pascal Praud : “Vous dites n’importe quoi ! Fox News n’a rien à voir avec CNEWS”.

Pour l’animateur, la démarche de RSF ne vise pas à protéger la liberté d’expression, mais à la restreindre en fichant politiquement les journalistes et chroniqueurs. “Vous voulez que tous les journalistes soient à l’intérieur de frontières idéologiques bien précises. Ce que vous faites est absolument honteux”, a-t-il lancé, visiblement excédé. Il a qualifié la prestation de son invité de “naufrage total”, s’inquiétant même de sa légitimité à diriger les États généraux de l’information : “Je ne comprends rien de ce que vous dites… C’est effrayant”.

Un Fossé Idéologique Béant

Au-delà des invectives, ce clash met en lumière deux visions irréconciliables du journalisme et de la démocratie. Pour Christophe Deloire et RSF, l’information doit être régulée pour garantir un équilibre et éviter que des médias ne deviennent des outils de propagande idéologique, menaçant la cohésion sociale. Ils s’appuient sur des études sémiologiques pour dénoncer une dérive de CNEWS vers le “tout commentaire” au détriment du fait.

Pour Pascal Praud et ses soutiens, cette régulation s’apparente à une censure d’État, une “mise au pas” des voix dissidentes qui ne rentrent pas dans la “doxa” dominante du service public. Charlotte d’Ornellas, présente en plateau, a d’ailleurs souligné que CNEWS, en traitant des sujets ignorés ailleurs, participait justement au pluralisme global du paysage médiatique.

Une Conclusion Amère

 

Le débat s’est achevé sans réconciliation possible, laissant les auditeurs témoins d’une fracture profonde. Si Pascal Praud a fini par remercier ironiquement son invité pour son “courage” de venir en terrain hostile, l’image qui restera est celle d’un affrontement brutal où l’incompréhension régnait en maître.

Alors que les médias français traversent une zone de turbulences, entre concentrations capitalistiques et défiance du public, ce duel radiophonique prouve que la bataille pour la définition de l’information et de la liberté d’expression est plus féroce que jamais. Reste à savoir si les États généraux de l’information parviendront à apaiser ces tensions ou s’ils ne feront que creuser davantage les tranchées.