Il y a des moments de télévision qui sortent du temps. Des instants où le direct n’est plus un divertissement, mais un miroir brutal de la société. L’émission “Ça peut vous arriver”, orchestrée par Julien Courbet sur RTL et M6, est le théâtre quotidien de litiges, de frustrations et, souvent, de soulagements. Mais ce mercredi 4 juin 2025, les téléspectateurs n’ont pas assisté à une simple résolution de conflit. Ils ont été les témoins d’une agression verbale d’une violence rare, d’une défense enragée et d’un effondrement émotionnel qui a bouleversé la France entière.

La journaliste Céline Colonge, pilier de l’émission, a été attaquée de la manière la plus lâche qui soit : sur son handicap. La séquence, insoutenable, s’est terminée dans les larmes, mais aussi par une vague de soutien sans précédent, portée par un Julien Courbet transformé en lion.

Le décor est planté. L’équipe est en pleine discussion avec un garagiste, un certain Joseph Esposito, contacté au sujet d’un véhicule aux vices cachés . Le ton monte, comme souvent. Les arguments fusent, les avocats et les journalistes tentent de démêler le vrai du faux. C’est alors que l’impensable se produit. Dans la confusion d’un échange tendu, le garagiste, croyant à tort que Céline Colonge le chargeait, laisse échapper une phrase qui glace le sang : “C’est toujours elle qui parle la borgne. Elle a toujours du sucre à casser sur tout le monde” .

Sur le plateau, le temps se fige. L’insulte est si soudaine, si crue, qu’il faut quelques secondes à l’équipe pour la traiter. Céline Colonge, la première, réagit avec incrédulité. “Je crois qu’il parle de moi en disant la borgne”, lâche-t-elle, avant de préciser, presque pour elle-même : “Julien, ce n’est pas moi qui ai parlé, c’est l’avocate”. Mais le mal est fait. L’attaque n’était pas une erreur, elle était ciblée.

Le mot “borgne”. Un terme d’une autre époque, d’une cruauté médiévale, utilisé pour déshumaniser. Un mot qui renvoie Céline Colonge à une blessure qu’elle porte avec discrétion et professionnalisme. Car oui, la journaliste a un handicap : elle ne voit que d’un œil .

Si la journaliste est sous le choc, son patron, lui, entre en éruption. L’animateur, connu pour sa ténacité, devient “furaxe” . Ce n’est plus le médiateur qui parle, c’est l’homme, le protecteur, qui voit un membre de sa famille se faire agresser. “Il va se calmer”, lance-t-il d’abord, avant de prendre les choses en main.

“Monsieur, vous vous rendez compte de ce que vous êtes en train de dire ?”, tonne Julien Courbet, la voix chargée de colère . L’animateur ne cherche pas à comprendre, il exige réparation. “Monsieur, vous vous excusez s’il vous plaît ! Parce que là, la France entière vous entend traiter une femme qui a perdu un œil et qui a un handicap, la traiter de Borgne !” .

L’auditeur, loin de se démonter, tente une pitoyable pirouette : “Vous n’avez pas de conseil à me donner vous ?” . C’est l’étincelle qui fait déborder le vase.

Julien Courbet, hors de lui, décide de clouer l’homme au pilori public, utilisant l’arme la plus puissante de son émission : la transparence. “Donc on est en train de dire que Joseph Esposito du garage auto à Béier traite les femmes de Borgne quand elles ont un handicap ! Vous vous rendez compte ?” . L’animateur enfonce le clou, son indignation partagée par des millions de témoins : “Alors là pour le coup, je ne vais pas être conciliant du tout ! C’est une honte monsieur ! Je l’affirme sur cette antenne !” . Il va même jusqu’à utiliser son propre avantage physique pour souligner l’abjection de l’autre : “Je vais vous poser une question avec mes deux yeux, moi, puisque j’ai la chance de les avoir !”.

Face à ce déferlement de colère juste, l’auditeur courageux… raccroche. La lâcheté à son paroxysme ]. Il fuit ses responsabilités, laissant derrière lui une onde de choc sur le plateau.

L’incident est clos. Mais le drame humain, lui, ne fait que commencer. L’adrénaline de l’affrontement retombe. Céline Colonge, qui avait tenu bon face à l’agresseur, remercie son patron. Elle tente de rationaliser, d’expliquer, avec une dignité bouleversante : “Je n’ai pas dit un mot… Il se permet de me dire que je suis borgne. Moi, je n’ai aucun problème avec ça. J’ai eu un handicap suite à un accident quand j’étais plus jeune. Où est le problème ?” .

Elle tente de se raccrocher à sa fierté professionnelle : “Ça ne m’empêche pas de faire mon métier et de bien le faire, je pense” . Mais l’armure se fissure. Les mots sont plus forts que la raison. La violence de l’attaque, sa gratuité, sa précision cruelle, ont touché quelque chose de profond.

C’est alors que, “rompant l’armure”, la jeune femme s’effondre. Les larmes, si longtemps retenues, coulent sur son visage . L’émotion est trop forte. Devant une équipe soudée et des téléspectateurs émus, Céline Colonge confie ce qui l’a réellement brisée.

Ce n’est pas l’attaque elle-même. C’est le mot. “Vous savez ce qui me choque le plus ?”, murmure-t-elle à travers ses sanglots, “C’est le mot : ‘la borgne’. Je n’ai jamais entendu ça. On ne me l’a jamais dit” .

En une phrase, elle résume l’horreur de la situation. Ce n’est pas une simple insulte, c’est une lame verbale, une assignation à son handicap, qui efface la femme, la mère, la journaliste, pour ne laisser qu’une infirmité. “C’est comme si vous m’aviez mis un coup de couteau dans le cœur”, conclut-elle, laissant le plateau sans voix .

Ce moment de télévision restera. Il a montré le pire de la bêtise humaine, cette cruauté ordinaire qui se cache derrière un téléphone. Mais il a aussi montré le meilleur : la solidarité d’une équipe, la défense acharnée d’un homme pour sa collaboratrice, et la dignité d’une femme qui, même en larmes, a donné une leçon de courage. Céline Colonge a été touchée, “révoltée”, mais elle n’est pas seule. Et c’est peut-être ça, la seule leçon à retenir de cette séquence honteuse.