Le rideau tombe, les sourires s’effacent. Chaque soir, des millions de téléspectateurs se branchent sur France 5 pour retrouver la chaleur et l’apparente convivialité de “C à Vous”. Anne-Elisabeth Lemoine, maîtresse de cérémonie à l’énergie débordante, y orchestre un dîner médiatique où se mêlent actualité, culture et bonne humeur. Mais que se passe-t-il réellement lorsque les caméras s’éteignent ? Une enquête récente, menée par le média l’informé, vient jeter une lumière crue et dérangeante sur les coulisses de l’émission populaire, dépeignant un tableau bien loin de l’image publique. Loin des rires partagés et des échanges policés, ce serait un climat de travail “vraiment désagréable”, voire “toxique”, qui régnerait au sein de la production.

Ce qui est décrit n’est pas une simple baisse de moral passagère, mais une atmosphère délétère qui se serait installée durablement, particulièrement depuis octobre 2024. Plusieurs salariés, sous couvert d’anonymat, ont brisé l’omerta. Ils parlent de “pression constante”, de “tensions internes” vives et d’une “restructuration chaotique” qui aurait laissé des traces indélébiles sur le moral des équipes. L’émission, qui fait les beaux jours de la chaîne, serait devenue une machine où le bien-être de ceux qui la fabriquent est relégué au dernier plan.

Au cœur des critiques se trouve une réorganisation managériale récente. L’arrivée de Mohamed Bouhafsi et Philippe Levasseur à la direction aurait, selon plusieurs sources internes, cristallisé les mécontentements. Loin d’apaiser un environnement déjà sous pression, leur nomination aurait “fait grincer des dents”. Des salariés n’hésitent pas à qualifier leurs postes de “superflus” ou “inutiles”, allant jusqu’à dénoncer des “gros salaires injustifiés”. Ces accusations, si elles sont avérées, posent la question de la gestion des ressources et de la reconnaissance du travail au sein de la production.

Un membre de l’équipe, cité dans l’enquête, livre un témoignage particulièrement accablant à l’encontre de Mohamed Bouhafsi : “il n’est jamais là, il ne bosse pas”. Des mots d’une rare violence dans un milieu professionnel qui, s’ils reflètent une frustration largement partagée, interrogent sur le rôle et l’implication réelle d’une partie de la nouvelle direction. L’absentéisme, réel ou perçu, d’un manager est souvent un catalyseur puissant de démotivation et de ressentiment au sein d’une équipe.

La situation de Philippe Levasseur ne semble guère plus enviable. Selon les informations qui ont fuité, ses propositions se seraient heurtées à un mur, faisant face à des rejets systématiques de la part d’Anne-Elisabeth Lemoine elle-même. Cette mise à l’écart managériale, cette incapacité à imprimer sa marque ou à participer activement aux décisions stratégiques, aurait eu raison de sa patience. La rumeur enfle : Levasseur aurait déjà quitté le navire au début du mois de février, moins de cinq mois après son arrivée. Un départ précipité qui, s’il était confirmé, sonnerait comme un aveu d’échec cuisant pour la nouvelle structure de direction.

Cet environnement de travail décrit comme “toxique” aurait des conséquences humaines profondes. Un ancien collaborateur, qui a préféré quitter l’émission, résume le sentiment général d’une phrase lapidaire : “le côté humain [a] disparu de l’équation”. C’est l’histoire d’une désillusion. L’histoire d’une passion pour un métier, celui de l’information et du divertissement, qui se heurte à une réalité managériale brutale. L’enquête mentionne même un “syndrome de Stockholm” chez certains employés, une formule choc pour décrire un attachement paradoxal à un environnement qui les ferait souffrir. Sont-ils pris au piège par la prestige de l’émission, la peur du chômage, ou l’espoir vain d’un retour à la normale ?

Cette crise interne n’est pas sans rappeler d’autres tempêtes médiatiques. En interne, les langues se délient et les comparaisons fusent. Certains ironisent amèrement, traçant un parallèle direct avec la polémique qui avait secoué “Quotidien”, l’émission concurrente de TMC, il y a quelque temps. Là aussi, des accusations de management toxique et de conditions de travail éprouvantes avaient émergé, ternissant l’image du programme phare de Yann Barthès. Cette récurrence des scandales dans le paysage audiovisuel pose une question plus large : le succès d’audience justifie-t-il le sacrifice du bien-être des équipes ? La pression de l’antenne, la course à l’exclusivité et la concurrence acharnée sont-elles devenues des prétextes pour normaliser des pratiques managériales abusives ?

Au centre de ce tourbillon se trouve Anne-Elisabeth Lemoine. L’animatrice, connue pour son rire communicatif et sa proximité apparente avec ses invités, est désormais confrontée à une crise qui touche le cœur de son émission. Si l’enquête ne la vise pas directement comme l’instigatrice du malaise, son rôle dans le rejet des propositions de Philippe Levasseur interroge sur sa part de responsabilité dans la gouvernance de l’équipe. Est-elle dépassée par la situation ? Est-elle complice d’un système qu’elle cautionne, ou elle-même victime d’une pression qui la dépasse ? La façade de la “bonne copine” du PAF (Paysage Audiovisuel Français) commence à se fissurer, laissant entrevoir une réalité plus complexe.

Mélanie Taravant, qui pilote “C Médiatique” et est également une figure de la chaîne, est aussi mentionnée dans ce climat généralisé. Si son rôle précis dans les tensions n’est pas détaillé, son nom est associé à cette ambiance générale qui “plombe les émissions”. Cela suggère que le malaise n’est pas confiné à “C à Vous” mais pourrait toucher plus largement les productions de la société qui les fabrique, 3e Œil Productions, l’un des plus gros producteurs de flux en France.

La conclusion de l’enquête est sans appel : “Les sourires sont là pour la caméra, mais en coulisse, la réalité est bien plus sombre”. C’est le drame classique du spectacle. Le public voit la lumière, l’éclat, la performance. Il ne voit pas les câbles, la sueur, ni les larmes qui coulent une fois le générique de fin lancé. Ce scandale, qui risque de secouer durablement France 5 et son émission phare, est un rappel brutal que la télévision est une industrie comme une autre, avec ses luttes de pouvoir, ses ambitions déçues et, trop souvent, ses “coûts humains”.

Pour l’instant, ni la chaîne, ni la production, ni les animateurs concernés n’ont officiellement réagi à ces révélations. Mais le silence ne fait souvent qu’amplifier le bruit de fond. Les téléspectateurs, désormais avertis, regarderont-ils “C à Vous” du même œil ? Chercheront-ils, derrière les éclats de rire d’Anne-Elisabeth Lemoine, les signes d’une tension dissimulée ? Une chose est certaine : l’illusion d’une grande famille heureuse et unie a volé en éclats. La belle vitrine de “C à Vous” cache désormais des fissures béantes, et il faudra bien plus que de la bonne humeur de façade pour les réparer. Le malaise est palpable, et l’onde de choc de ces révélations ne fait que commencer.