Elle est le symbole éternel de la femme libre, l’incarnation d’une sensualité qui a fait trembler la France conservatrice des années 50. Mais derrière la légende “BB”, derrière la moue boudeuse et la crinière blonde, se cache une femme aux cicatrices invisibles. Brigitte Bardot, aujourd’hui retirée du monde dans sa bulle tropézienne, a vécu mille vies amoureuses, mais aucune ne lui a apporté la paix. À travers le récit de ses quatre mariages, c’est l’histoire d’une quête éperdue d’absolu et de la douloureuse rançon de la gloire qui se dessine. Retour sur les hommes de sa vie, de la passion destructrice à l’indifférence glaciale.

Roger Vadim : Le Pygmalion et la fin de l’innocence

 

Tout commence par un acte de rébellion. À 18 ans, la jeune Brigitte, issue de la bonne bourgeoisie parisienne, menace de se suicider si ses parents l’empêchent d’épouser Roger Vadim. Il est son premier amour, son mentor, celui qui va la sculpter pour en faire une star planétaire avec Et Dieu… créa la femme.

Mais ce premier mariage, scellé en 1952, porte déjà les germes de la destruction. Vadim est un libertin, un homme pour qui l’amour ne rime pas avec fidélité. Bardot, encore fragile, découvre la jalousie et la trahison. “Le mariage ne garantissait pas l’amour éternel”, apprendra-t-elle à ses dépens. Vadim a créé le mythe, mais il a brisé la jeune fille. En 1957, le couple divorce. Brigitte est libre, adulée, mais déjà blessée. Elle a compris que la passion est une arme à double tranchant.

Jacques Charrier : Le cauchemar de la maternité

 

Si Vadim fut l’initiateur, Jacques Charrier fut l’épreuve du feu. En 1959, Bardot cherche la stabilité auprès de ce jeune acteur “bien sous tout rapport”. Leur mariage, célébré sous les assauts d’une meute de paparazzi, tourne vite au drame intime. Brigitte tombe enceinte, et ce qui devait être un bonheur devient son plus grand traumatisme.

Prisonnière de son corps et de son image, traquée jour et nuit, elle vit sa grossesse comme une aliénation. La naissance de Nicolas en 1960 ne répare rien. Au contraire, elle plonge dans une dépression post-partum violente, rejetant ce rôle de mère que la société veut lui imposer. “Je n’étais pas faite pour ça”, avouera-t-elle. Le divorce en 1962 est sanglant : elle perd la garde de son fils et devient la cible d’une haine publique féroce, accusée d’être une mère indigne. Ce mariage lui a laissé une blessure béante : la certitude que sa liberté est incompatible avec la vie de famille traditionnelle.

Gunter Sachs : L’illusion dorée

 

Meurtrie, Bardot tente de fuir dans le rêve. En 1966, elle épouse Gunter Sachs, le milliardaire allemand excentrique capable de larguer une tonne de pétales de roses par hélicoptère sur sa villa. C’est l’époque du glamour absolu, des fêtes à Saint-Tropez, des yachts et des diamants.

Mais ce mariage “spectacle” n’est qu’une parenthèse enchantée, une façade brillante qui cache un vide abyssal. Gunter est un playboy indépendant, Brigitte est une âme mélancolique qui cherche de la profondeur. “Une illusion de bonheur”, dira-t-elle. Ils divorcent trois ans plus tard, sans haine mais sans regret. Bardot a compris que l’argent et le faste ne comblent pas la solitude de l’âme.

Bernard d’Ormale : “Le pire de ma vie”

C’est sans doute la révélation la plus triste de sa vie. En 1992, alors qu’elle a tourné le dos au cinéma pour se consacrer aux animaux, elle épouse Bernard d’Ormale, un conseiller politique loin de son univers artistique. On pourrait croire à l’apaisement de l’âge mûr. Il n’en est rien.

Bardot qualifiera cette union de “pire de sa vie”. Non pas à cause de cris ou de larmes, mais à cause du silence et de l’indifférence. Elle décrit une “lente agonie émotionnelle”, coincée avec un homme qui ne partage ni ses combats, ni sa sensibilité, ni ses valeurs. Une “cage dorée” où elle se sent plus seule à deux que toute seule. Pourtant, paradoxalement, elle reste. Par lassitude ? Par peur du vide ? Ou parce qu’elle a fini par accepter que l’amour idéal n’existe que dans les films qu’elle ne tourne plus.

Conclusion : La victoire de la solitude

 

Aujourd’hui, Brigitte Bardot ne cherche plus de mari. Ses compagnons les plus fidèles ont quatre pattes et ne la jugent pas. Ses quatre mariages n’ont été que des étapes douloureuses vers une vérité qu’elle a mis toute une vie à accepter : elle est une femme indomptable.

Elle a payé le prix fort pour sa liberté : la perte de l’innocence, l’échec de la maternité, la solitude affective. Mais elle n’a jamais triché. “J’ai aimé, j’ai souffert, j’ai échoué, mais j’ai vécu”, pourrait être son épitaphe. Bardot nous rappelle que la liberté est un combat de chaque instant, et que parfois, pour rester fidèle à soi-même, il faut accepter de marcher seule. Une leçon de vie brutale, mais d’une honnêteté bouleversante.