Il est une icône. Un visage que la France entière associe à la plus grande victoire du football national. Bixente Lizarazu, le champion du monde 1998, l’arrière-gauche infatigable, l’homme au sourire tranquille et à la voix posée. Il incarne la rigueur, le courage, la loyauté. On le croyait invincible, protégé par une gloire que rien ne pouvait atteindre. Et pourtant.
Derrière le héros se cache un homme. Et cet homme, aujourd’hui âgé de 55 ans, vient de fêler l’armure. Il ose enfin parler d’une cicatrice intime, une blessure bien plus profonde que n’importe quel tacle sur le terrain. Une histoire d’amour brisé, un silence gardé pendant des années, et ces mots, simples mais dévastateurs, qui résonnent comme un coup de tonnerre : “Elle m’en a fait baver.”
Cette phrase, lourde de sens, il l’adresse à son passé, et plus particulièrement à son histoire avec l’actrice et chanteuse Claire Keim. Une révélation qui jette une lumière crue sur ce que l’on pensait être l’un des couples les plus glamours et solides du paysage français. Si la France a vu Bixente Lizarazu soulever la Coupe du Monde, personne ne l’avait imaginé tomber à genoux, seul, face à la douleur d’un cœur trahi.
Dans les années 2000, tout semblait parfait. Lui, au sommet de sa carrière, idole des foules. Elle, comédienne talentueuse à la voix douce. On les voyait sur les plages basques, complices, souriants, l’image même de l’harmonie. Mais que se passe-t-il vraiment quand les cris du stade se taisent et que les caméras s’éteignent ?

Bixente Lizarazu, habitué au vacarme des vestiaires, se retrouvait, dit-il, dans une maison où le silence pesait plus lourd que n’importe quelle défaite. La gloire n’était plus un bouclier. Derrière la façade d’équilibre, l’amour se fissurait.
L’homme qu’on croyait invincible découvrait la vulnérabilité du cœur. “On peut gagner une Coupe du Monde, mais on ne gagne pas toujours la paix intérieure”, glissera-t-il. Il parle de nuits de doute, d’un sentiment d’incompréhension, d’une distance qui s’installe. Claire, libre et passionnée, menait sa carrière avec intensité. Lui cherchait un ancrage, une paix qu’il ne trouvait plus.
Il raconte ces soirs où, rentrant d’un plateau télé ou d’un entraînement, il retrouvait une maison “froide, sans éclat”. Il évoque les disputes, les incompréhensions, cette distance émotionnelle qui grandit. Le champion du monde n’était plus qu’un homme ordinaire, confronté à la fragilité de l’amour. Les mots faisaient plus mal que les coups.
Fidèle à sa nature, Lizarazu s’est d’abord renfermé. Il a caché ses failles, croyant qu’un homme, un champion, ne devait pas montrer sa douleur. Il s’est jeté dans le sport, son refuge éternel. Sur son vélo ou sur les vagues de Biarritz, il fuyait, reprenant le contrôle de son corps alors que ses émotions menaçaient de le submerger. Les gens le croisaient, concentré, sans savoir que derrière chaque respiration se cachait un soupir.
Ce qu’il a vécu, il ne le détaillera jamais entièrement, par pudeur. Mais dans cette simple phrase, “Elle m’en a fait baver”, tout est dit. La désillusion, la fatigue, la douleur. Ce n’est pas un reproche, c’est un constat. La confession d’un homme qui, après des années, trouve enfin les mots pour apaiser ses propres fantômes.
Cette période de “tempête intérieure” l’a profondément transformé. Le sportif s’est apaisé, le mari blessé est devenu un homme plus sage. Il le dit lui-même, ce qu’il a vécu “n’a pas été inutile”. Cela lui a appris l’humilité, le pardon, et lui a montré qu’on pouvait tout perdre sans se perdre soi-même.

Mais pour comprendre cette résilience, il faut remonter plus loin. Avant Claire, il y eut d’autres blessures. Une première déception amoureuse à 17 ans, une séparation douloureuse avec Stéphanie, la mère de son fils Tximista, où il avoue que “l’éloignement avec mon fils a été une grande source de tristesse et de culpabilité”. Il y eut aussi une rupture apaisée avec Elsa Lunghini, une histoire “qui se finit bien”, sans fracas.
Chaque épreuve a forgé l’homme qu’il est devenu. Quand Claire Keim est entrée dans sa vie en 2006, Bixente n’était plus le même. L’homme obsédé par la performance avait laissé place à un homme plus profond. Ensemble, ils ont trouvé un nouvel équilibre, loin des projecteurs. Puis, la vie leur a offert un cadeau inattendu : leur fille, Uhaina, née en 2008.
Ce prénom basque, signifiant “vague”, fut un véritable renouveau. Être père une seconde fois, après les erreurs et la culpabilité passées, fut pour lui une “réparation”. Il a redécouvert la douceur, la patience, la lenteur du quotidien.
Aujourd’hui, l’homme qui vivait dans la tension vit dans la gratitude. Les blessures passées, y compris celles de son histoire avec Claire, sont devenues des leçons de sagesse. Il regarde en arrière sans colère, avec la tendresse de celui qui a compris.
La force d’un homme, il le sait désormais, ne se mesure pas à ses trophées, mais à sa capacité à se relever. Et dans cette acceptation de sa propre fragilité, dans ce courage de parler enfin, Bixente Lizarazu a peut-être trouvé sa plus belle victoire. Pas sur un terrain, mais dans la vie.

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