Il est des nuits où la démocratie française semble s’offrir une parenthèse inattendue, oscillant dangereusement entre le débat législatif et la performance de théâtre de boulevard. C’est précisément ce qui s’est produit lors d’une séance marathon à l’Assemblée nationale, consacrée au pouvoir d’achat. Jean-Philippe Tanguy, député du Rassemblement national (RN), a réussi l’exploit de transformer l’hémicycle en une véritable arène de cirque, provoquant un séisme médiatique et une fracture béante entre les bancs de la majorité, de la gauche et de l’extrême droite.
Une entrée en matière trompeuse
Tout commence de manière presque conventionnelle. Jean-Philippe Tanguy monte à la tribune pour défendre les positions de son groupe sur le pouvoir d’achat des Français. Le ton est posé, le discours semble calibré : il évoque les “maigres mais réels gains de pouvoir d’achat” et se place dans la “grande tradition” de ceux qui se battent pour les fins de mois difficiles. Il n’oublie pas de rendre hommage à Marine Le Pen, qu’il désigne comme la pionnière sur ces questions. Mais ce calme n’était qu’une façade, le prélude à une explosion verbale soigneusement orchestrée.
Le basculement : du député au showman

Soudain, le ton change. Face aux interruptions et au brouhaha montant des bancs de la gauche, Jean-Philippe Tanguy lâche les chevaux. Ce n’est plus un législateur qui s’exprime, mais un tribun en quête de punchlines. Le point de rupture est atteint lorsqu’il s’écrie, dans une envolée théâtrale : “Silence pour la France !”. Cette phrase, lancée avec une intensité rare, agit comme un détonateur. L’Assemblée bascule dans le chaos.
D’un côté, les bancs du Rassemblement national exultent. Marine Le Pen est filmée, littéralement morte de rire, savourant le spectacle et la déstabilisation des adversaires. De l’autre, c’est l’indignation totale. Les députés de la NUPES et de la majorité présidentielle dénoncent une mise en scène indigne, une “clownisation” du débat parlementaire alors que des millions de Français attendent des solutions concrètes pour leur portefeuille.
L’humour comme arme de déstabilisation
Loin de se démonter face aux critiques, Jean-Philippe Tanguy enfonce le clou. Avec une ironie mordante, il s’adresse directement à ses collègues de gauche : “Vous nous permettez d’être drôles”. Cette petite phrase, lancée entre deux attaques sur la fiscalité, souligne la stratégie du RN : utiliser l’humour et la provocation pour occuper l’espace médiatique et ringardiser l’opposition.
Le député enchaîne alors les “rounds”, comparant les débats à un match de boxe ou à un tournoi électoral sans fin. Il salue avec une condescendance teintée de légèreté le personnel de l’Assemblée et la présidente de séance, Hélène Laporte, comme s’il clôturait un gala de fin d’année.

Le fond balayé par la forme ?
Derrière les éclats de rire et les provocations, les sujets de fond ont pourtant été abordés, bien que noyés dans le tumulte. Jean-Philippe Tanguy a évoqué la baisse de la TVA, la fiscalité sur l’énergie, et les “économies structurelles” à réaliser sur l’immigration ou l’Union européenne. Mais qui peut encore écouter les chiffres quand l’orateur termine son intervention par un cinglant “Vous ne savez toujours pas compter” adressé à l’ensemble de l’hémicycle ?
Ce moment restera dans les annales comme le symbole d’une nouvelle ère politique où la forme semble avoir définitivement pris le pas sur le fond. En transformant son temps de parole en sketch, Jean-Philippe Tanguy a réussi son pari médiatique : faire parler de lui et de son camp. Mais à quel prix pour l’image de l’institution ?
Alors que la séance se terminait dans une ambiance de cour de récréation, une question demeurait dans tous les esprits : l’Assemblée nationale peut-elle encore être le lieu d’un débat serein, ou est-elle devenue le nouveau plateau de télévision où seul le plus bruyant l’emporte ? Une chose est sûre, la politique française, quand elle se transforme en spectacle, ne laisse personne indifférent, mais elle risque de laisser sur le bord de la route ceux qui attendent de leurs élus de la dignité plutôt que des sketchs.

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