Dans l’arène politique, où chaque parole est pesée et chaque geste scruté, l’argent reste le nerf de la guerre. Mais que se passe-t-il lorsque cet argent, censé financer le débat démocratique, semble financer un style de vie que peu de citoyens peuvent s’offrir ? C’est la boîte de Pandore qu’a ouverte le journaliste Jean-Michel Aphatie, en plongeant le nez dans les comptes de campagne du parti Reconquête, présidé par Éric Zemmour. Et ce qu’il y a trouvé a de quoi faire grincer des dents, surtout lorsqu’on réalise que c’est, en fin de compte, notre argent.

L’affaire concerne les comptes de campagne pour les élections européennes de juin 2024. Une campagne menée par Marion Maréchal, qui s’est depuis soldée par une nouvelle querelle familiale et politique. Mais au-delà des divisions internes, ce sont les lignes de dépenses validées par la Commission nationale des comptes de campagne (CNCCFP) qui interpellent. Car si l’État rembourse ces frais, c’est bien parce que l’État, c’est nous. C’est notre argent.

Et selon les révélations d’Aphatie, Éric Zemmour et Sarah Knafo, les deux piliers indissociables du parti, ne se seraient pas privés. Le journaliste décrit avec une ironie mordante ce qu’il appelle “la belle vie”, un “petit périple hôtelier” qui laisse songeur.

Commençons par une escapade à Londres. Une nuit passée au “Rubens”, un établissement visiblement charmant. La facture ? 921 euros. “J’espère qu’ils ont bien dormi”, commente Aphatie, non sans sarcasme, en décrivant un lit “très beau”. Une somme qui représente, pour beaucoup de Français, une bonne partie d’un salaire mensuel.

Mais le périple ne s’arrête pas là. De retour en France, à La Grande-Motte, le choix se porte sur l’Hôtel La Plage. Coût de la chambre : 852 euros. “Le matelas est bon, ça grince pas”, s’amuse le journaliste, soulignant l’absurdité du montant pour une simple étape de campagne.

Le clou du spectacle, cependant, se trouve sur la Côte d’Azur. À Saint-Tropez, à l’Hôtel Lou Pinet, la note grimpe à 2500 euros. Aphatie concède qu’ils ont “sans doute eu un prix”, car en haute saison, les tarifs sont stratosphériques. Puis, direction Aix-en-Provence, à la Villa Gallici, pour deux nuits facturées 1500 euros. “Pourquoi vous avez pas passé trois [nuits], ça aurait fait un peu plus ?”, raille-t-il.

Ces chiffres, déjà choquants en eux-mêmes, sont couronnés par un détail presque comique s’il n’était pas si révélateur : un yaourt. Oui, un simple yaourt, inscrit dans les comptes de campagne. Un yaourt à 8 euros. “C’est du super yaourt”, ironise Aphatie, avant de conclure : “On a payé un yaourt à Éric Zemmour”.

Cette anecdote du yaourt à 8 euros est le symbole parfait d’un décalage abyssal. Pendant que des millions de Français comptent chaque centime pour boucler leurs fins de mois, que le débat public est saturé d’appels à la “responsabilité” et au “serrage de ceinture”, une partie de la classe politique semble vivre dans une bulle dorée, déconnectée des réalités économiques de ceux-là mêmes dont elle sollicite les suffrages.

La réaction du vidéaste MédiaMaské, qui relaie l’information, est épidermique et traduit un sentiment largement partagé : “Ils se foutent de ma gueule ?”. Il soulève une question essentielle : si Éric Zemmour, qui n’a obtenu qu’une poignée de voix, s’autorise de telles dépenses, qu’en est-il des autres ? “Eric Zemour il a fait 10 voix il a le droit à ça, ils ont le droit à quoi les autres exactement ?”.

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C’est là que le bât blesse. Ces révélations mettent en lumière une faille béante dans notre système. Les mêmes qui, à longueur de plateaux de télévision, fustigent les “assistés”, parlent avec dédain du RSA, du chômage ou des retraites, semblent considérer l’argent public comme une ressource inépuisable pour leur confort personnel. “Les mecs ne font que nous répéter de nous serrer la ceinture pendant qu’il mène la vie d’aloka avec notre argent”, s’indigne le commentateur.

Ce n’est pas seulement une question de montant, c’est une question de principe. C’est l’image d’une élite politique qui s’octroie des privilèges, loin, très loin des préoccupations quotidiennes des citoyens. Éric Zemmour, en se posant en défenseur d’une France qui travaille et qui souffre, crée par ces dépenses un paradoxe intenable. Comment peut-on prétendre comprendre le peuple quand on facture un yaourt au prix d’un repas complet pour une famille modeste ?

Ces révélations, bien que centrées sur Reconquête, posent une question bien plus large sur la transparence et la moralité en politique. Elles alimentent le cynisme et le sentiment que, quel que soit le parti, “tous les mêmes” finit par devenir une vérité et non plus un simple cliché. L’argent de la démocratie est sacré. Le voir ainsi dépensé en nuits de luxe et en petits-déjeuners hors de prix n’est pas seulement indécent, c’est une insulte à l’intelligence et à l’effort des contribuables.

Jean-Michel Aphatie, en sortant ces factures, ne fait pas que pointer du doigt un parti ; il expose une pratique, une mentalité, un système où la campagne électorale devient, pour certains, l’occasion d’un “périple hôtelier” cinq étoiles. Et la facture, comme toujours, est pour nous.