Il n’y a pas de douleur plus profonde pour un parent que d’assister, impuissant, à la guerre fratricide de ses propres enfants. Pour Alain Delon, à 88 ans, cette douleur est devenue un calvaire quotidien. Très affaibli depuis son AVC en 2019, le “Guépard” n’est plus l’homme capable de faire trembler le cinéma d’un simple regard. Il est aujourd’hui le spectateur captif d’un drame familial qui se joue dans les murs de sa demeure historique de Douchy, une tragédie moderne où ses trois enfants se déchirent publiquement.

D’un côté, les fils, Anthony (issu de son union avec Nathalie Delon) et Alain-Fabien. De l’autre, la fille, Anouchka. Les deux camps se livrent une bataille médiatique et judiciaire sans merci. Les fils accusent leur sœur d’utiliser son influence sur un père vulnérable, de lui dissimuler des informations cruciales sur son état de santé et de vouloir, contre sa volonté présumée, le déraciner de la France pour l’emmener en Suisse. Anouchka, elle, se défend, parle d’un père en danger et accuse ses frères de mettre sa vie en péril. “Pas un combat pour le pognon”, a martelé Anthony Delon sur le plateau de C à Vous, mais un “combat d’éthique et de valeur morale”.

Au milieu de ce champ de bataille, deux figures autrefois centrales étaient restées en retrait : Alain Delon lui-même, cloîtré dans son silence, et Rosalie van Breemen, ex-compagne de l’acteur et mère des deux plus jeunes, Anouchka et Alain-Fabien.

Mais le silence vient d’être rompu par un acte, un geste aussi radical qu’inattendu. Selon des informations récentes, Rosalie van Breemen, l’ancien mannequin néerlandais qui a partagé la vie de l’acteur de 1987 à 2001, a pris une décision qui bouleverse l’équilibre des forces. Elle a quitté son refuge sur l’île allemande de Sylt pour revenir en France. Plus précisément, elle s’est installée à Douchy.

Ce retour n’est pas anodin. Douchy, cette propriété acquise par Alain Delon en 1971, n’est pas un lieu neutre. C’est le théâtre de leur histoire d’amour passée, le berceau où ont grandi Anouchka et Alain-Fabien. Vingt-trois ans après leur séparation, Rosalie van Breemen revient non pas en amante, mais en intendante, en pilier, peut-être même en stratège.

Pourquoi ce retour soudain ? La première raison invoquée est humaine, presque évidente. Face à la détresse de l’homme qu’elle a aimé et qui est le père de ses enfants, elle aurait décidé d’intervenir. Alain-Fabien, le cadet, qui a posé ses valises à Douchy pour veiller au quotidien sur son père, porterait, seul, une “charge mentale” immense. Rosalie van Breemen serait donc venue pour le seconder, pour l’épauler dans les tâches les plus concrètes : elle s’occuperait désormais des courses et de la préparation des repas. Un retour aux sources pragmatique, pour offrir à Alain Delon une présence rassurante et familière dans un quotidien devenu chaotique.

Mais ce geste, en apparence purement altruiste, revêt une dimension stratégique indéniable dans le conflit qui oppose la fratrie. En s’installant à Douchy, Rosalie van Breemen ne fait pas que soutenir son ex-compagnon ; elle choisit très clairement son camp. Elle se range aux côtés de son fils, Alain-Fabien, et par extension, d’Anthony.

Alain Delon : les derniers secrets de Douchy

Cette alliance mère-fils est d’autant plus significative qu’elle souligne la fracture béante avec sa propre fille, Anouchka. L’ex-mannequin n’a jamais caché être très proche de son fils. À l’inverse, les relations avec Anouchka sont notoirement glaciales. La comédienne de 33 ans avait elle-même confié au magazine Elle qu’il existait entre sa mère et elle une “tension inimaginable”. En revenant à Douchy, Rosalie van Breemen ne se place pas en médiatrice neutre. Elle devient une actrice de premier plan dans le “camp” des fils, ceux qui prônent le maintien d’Alain Delon en France, dans cette demeure qu’elle connaît par cœur.

Ce retour est-il pour autant une déclaration de guerre totale à sa fille ? Pas si sûr. Selon certaines sources, cette décision radicale serait également motivée par un désir plus secret, plus intime : celui d’apaiser les tensions avec Anouchka. En étant sur place, au cœur du réacteur, Rosalie van Breemen espérerait peut-être trouver une voie de réconciliation, recréer un lien distendu par des années de non-dits et de rancœurs. Une ambition louable, mais qui semble presque impossible à réaliser tant le fossé est profond et les accusations, publiques.

Le geste de Rosalie van Breemen est donc double. C’est à la fois un acte de compassion envers un homme affaibli et un acte de soutien logistique à un fils épuisé. Mais c’est aussi un acte politique au sein de la dynastie Delon, un pion majeur déplacé sur l’échiquier familial. Elle, qui avait disparu des radars, se retrouve propulsée au centre de l’intrigue, dans la maison même où son histoire avec l’acteur s’est écrite et défaite.

Pour Alain Delon, ce retour est-il un soulagement ou une complication supplémentaire ? La présence de celle qui fut sa compagne pendant quatorze ans, cette présence rassurante qui lui prépare ses repas, est sans doute un baume sur ses angoisses d’homme malade. Mais cette même présence renforce aussi la “forteresse” de Douchy face aux assauts d’Anouchka, qui se voit désormais confrontée non plus seulement à ses frères, mais aussi à sa propre mère, revenue “garder” le patriarche.

La guerre des Delon n’est pas finie. Elle vient de connaître un rebondissement digne d’un film dont l’acteur, ironie tragique du sort, n’est plus que le spectateur silencieux. Le retour de Rosalie van Breemen, geste radical d’une ex-compagne loyale ou manœuvre d’une mère ayant choisi son camp, prouve une chose : autour du “Samouraï” affaibli, la bataille pour l’héritage, qu’il soit moral ou financier, ne fait que commencer. Et tous les coups sont désormais permis.