Dans l’histoire de la musique populaire, il existe des duos qui dépassent le simple cadre artistique pour devenir de véritables légendes vivantes. Al Bano et Romina Power sont de ceux-là. Ils ont incarné, pour des millions de personnes à travers le monde, l’image même du bonheur conjugal et de la réussite musicale. Mais derrière les sourires éclatants et les refrains entêtants de “Felicità”, se cachait une réalité faite de passions, de drames et de silences. Aujourd’hui, à l’âge de 81 ans, alors que le crépuscule de sa vie approche doucement, Al Bano a décidé de ne plus rien cacher. Dans une confession qui a ému l’Italie et le monde entier, il a enfin prononcé les mots que ses fans attendaient depuis des décennies : “Elle est l’amour de ma vie.”

L’ascension d’un couple mythique

Pour comprendre la portée de cette déclaration, il faut remonter le fil du temps. L’histoire commence en 1967, sur un plateau de tournage. Lui, Albano Carrisi, est un jeune homme issu d’une famille de paysans modestes des Pouilles, monté à Milan avec pour seule richesse une voix de ténor puissante et une détermination sans faille. Elle, Romina Power, est la fille de Tyrone Power et Linda Christian, deux stars d’Hollywood. Elle est née dans la lumière, a grandi entre Rome et Los Angeles. Tout semble les opposer : leurs origines, leurs cultures, leurs mondes. Et pourtant, le coup de foudre est immédiat.

Leur union, scellée par un mariage en 1970, devient le symbole d’une Italie romantique et traditionnelle. Ensemble, ils conquièrent les charts internationaux. Des titres comme “Ci sarà”, “Sharazan”, “Libertà” et surtout l’incontournable “Felicità” en 1982, deviennent la bande-son de toute une génération. Ils chantent l’amour simple, la joie de vivre, la fidélité. Sur scène comme à la ville, ils semblent inséparables, invincibles. Ils fondent une famille, élèvent quatre enfants et construisent un empire autour de leur domaine à Cellino San Marco. Ils sont le couple idéal, l’image d’Épinal du bonheur à l’italienne.

Le drame qui a tout brisé

Mais le destin, parfois cruel, vient frapper là où ça fait le plus mal. Le 6 janvier 1994, leur fille aînée, Ylenia, disparaît mystérieusement à la Nouvelle-Orléans. Elle a 23 ans. Malgré des recherches intensives, elle ne sera jamais retrouvée. Ce drame absolu agit comme un acide sur leur relation. La douleur, trop immense pour être partagée, creuse un fossé infranchissable entre les deux époux. Al Bano sombre, Romina se replie. L’harmonie se brise. En 1999, après 29 ans de vie commune, le couple divorce.

La nouvelle est un choc planétaire. Le mythe s’effondre. Chacun part de son côté tenter de reconstruire sa vie. Al Bano poursuit sa carrière solo, refait sa vie, a d’autres enfants. Romina retourne aux États-Unis, cherche la paix dans la spiritualité et la peinture. Pendant des années, le silence règne entre eux, lourd de rancœurs et de chagrins non-dits. Les fans, eux, continuent d’espérer, refusant de croire que la fin de l’histoire a été écrite.

Les retrouvailles et l’aveu final

Il faudra attendre 2013 pour voir le miracle se produire. Contre toute attente, Al Bano et Romina acceptent de remonter sur scène ensemble à Moscou. Ce concert marque le début d’une nouvelle ère. La magie opère à nouveau. Le public retrouve cette alchimie unique, ces regards complices, cette voix qui s’harmonise parfaitement. Ils ne sont plus mariés, mais quelque chose de plus fort semble les lier encore.

Et c’est dans ce contexte de retrouvailles artistiques et amicales que la confession d’Al Bano prend tout son sens. Lors d’une récente interview télévisée, l’artiste a laissé tomber le masque. À 81 ans, on ne ment plus. On ne cherche plus à préserver les apparences. Avec une sincérité désarmante, il a déclaré : “J’ai aimé d’autres femmes, j’ai eu une autre famille, mais il n’y a eu qu’un seul amour dans ma vie, avec une majuscule : Romina. Elle m’a offert les plus belles années de mon existence.”

Une leçon d’amour universelle

Cette phrase n’est pas qu’une simple anecdote de star. Elle résonne universellement car elle touche à l’essence même de l’amour véritable. Al Bano nous rappelle que l’amour ne se mesure pas à la durée du contrat de mariage, mais à l’empreinte indélébile qu’il laisse dans l’âme. “Certaines choses sont éternelles même si elles changent de forme”, disait-il. En avouant que Romina reste la femme de sa vie malgré la séparation, malgré les autres vies vécues, il offre une vision apaisée et profonde des sentiments humains.

La réponse de Romina, tout en pudeur, est venue confirmer cette connexion spirituelle. Une photo d’olivier sur Instagram, avec cette légende poétique : “Certains arbres sont faits pour pousser ensemble même si leurs branches se séparent avec le vent.” Une manière élégante de dire que leurs racines sont à jamais entremêlées.

Aujourd’hui, l’histoire d’Al Bano et Romina Power n’est plus seulement une histoire de musique. C’est une histoire de résilience, de pardon et de fidélité à soi-même. En assumant cet amour au crépuscule de sa vie, Al Bano offre à son public le plus beau des cadeaux : la vérité. Une vérité qui nous dit que les grandes histoires d’amour ne finissent jamais vraiment, elles continuent de vivre dans les souvenirs, dans les chansons et, surtout, dans les cœurs qui n’ont jamais cessé de battre à l’unisson. “Felicità”, chantait-il. Le bonheur, c’est peut-être simplement d’avoir aimé aussi fort, une fois dans sa vie.