L’ambiance était électrique, presque irrespirable, sous les ors du Palais du Luxembourg. Ce qui devait être une séance de questions au gouvernement s’est transformé en un véritable pugilat verbal, avec pour toile de fond l’ombre encombrante de l’affaire Sarkozy. D’un côté, Guy Benaroche, sénateur écologiste, inquiet pour l’indépendance de la justice. De l’autre, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, prêt à en découdre pour défendre l’ancien chef de l’État et renvoyer l’opposition à ses propres contradictions.

L’attaque frontale de Benaroche : la République en danger ?

Tout commence par une interpellation solennelle de Guy Benaroche. Le sénateur du groupe “Écologiste – Solidarité et Territoires” prend la parole pour évoquer un sujet brûlant : la condamnation d’un ancien président de la République. Pour lui, voir la justice faire son travail, même face aux puissants, devrait être un motif de réjouissance démocratique, surtout dans un contexte mondial où l’État de droit est souvent malmené.

Mais son inquiétude est ailleurs. Il pointe du doigt l’attitude de l’exécutif, notamment la réception de Nicolas Sarkozy par Emmanuel Macron et certaines déclarations du Garde des Sceaux, y voyant une “confusion des genres” dangereuse pour la séparation des pouvoirs. « Qu’un ancien président de la République soit mis en accusation pour de tels délits, c’est cela qui est alarmant pour notre République », lance-t-il, accusant implicitement le gouvernement de vouloir protéger l’un des siens au mépris des institutions.

La riposte foudroyante de Darmanin : “Voyeurisme carcéral” et contre-feux

La réponse de Gérald Darmanin ne se fait pas attendre, et elle est brutale. Le ministre commence par un rappel aux principes fondamentaux : tant qu’une condamnation n’est pas définitive, la présomption d’innocence prévaut, que l’on s’appelle Nicolas Sarkozy ou non. Mais très vite, il quitte le terrain du droit pour celui de l’attaque personnelle.

Darmanin accuse le sénateur et ses collègues de faire du “voyeurisme carcéral”. Il fait référence à une visite récente de Guy Benaroche et d’une autre sénatrice au quartier VIP de la prison de la Santé, médiatisée sur RTL, où ils auraient inspecté les cellules susceptibles d’accueillir l’ancien président. « J’ai peur d’un peu de voyurisme carcéral de votre part », assène-t-il.

Pire encore, le ministre retourne l’accusation de fréquentations douteuses. Il liste les visites du sénateur à des détenus lourdement condamnés pour évasion en bande organisée ou enlèvement, comme Redoine Faïd (suggéré par la description des faits) ou d’autres figures du grand banditisme. Sa conclusion est sans appel : « J’ai peur que vous ne confondiez justice et vengeance politique ».

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Un dialogue de sourds et un Sénat en ébullition

La tension monte d’un cran. Guy Benaroche, piqué au vif, tente de reprendre la parole pour dénoncer une diversion : « Vous ne répondez pas aux questions mais vous inventez une histoire pour y répondre ». Mais le brouhaha couvre sa voix. Gérard Larcher, président du Sénat, visiblement agacé par la tournure des événements et les interruptions, presse le sénateur de conclure : « Oui oui, vous concluez, allez-y ! ».

Benaroche n’a que le temps de réaffirmer l’inquiétude des syndicats de la magistrature avant que son micro ne soit coupé, laissant place au rapporteur général. Cet échange houleux illustre parfaitement la fracture actuelle : d’un côté, une gauche qui réclame l’exemplarité et l’indépendance totale de la justice face aux élites ; de l’autre, un gouvernement qui utilise la présomption d’innocence comme bouclier et n’hésite pas à disqualifier ses adversaires en les accusant de partialité. Une chose est sûre : l’affaire Sarkozy n’a pas fini de faire trembler les murs du Sénat.