Le 8 juillet 2023, le calme olympien du Haut-Vernet, ce petit hameau de 25 âmes perché à 1 200 mètres d’altitude dans les Alpes-de-Haute-Provence, a été brisé à jamais. Ce qui devait être une paisible journée de vacances pour le petit Émile Soleil, deux ans et demi, s’est transformé en l’une des énigmes criminelles les plus poignantes et les plus médiatisées de la décennie. Aujourd’hui, alors que les ossements de l’enfant ont été formellement identifiés, les interrogations se multiplient autour du rôle des proches, et particulièrement celui du grand-père, Philippe Vedovini.

Le dernier été d’un enfant aux cheveux d’or

Émile était le rayon de soleil de sa famille. Né en 2020 à La Bouilladisse, ce petit garçon aux yeux marron clair et au sourire angélique profitait de ses vacances chez ses grands-parents maternels. Ce matin-là, sa mère, Marie, l’avait confié à Philippe, un kinésithérapeute de 59 ans, ancien aspirant prêtre au tempérament rigoureux. Philippe préparait des clôtures pour un champ de chevaux tandis qu’Émile jouait dans le jardin. Vers 17h15, deux témoins affirment avoir vu l’enfant marcher seul dans la rue principale. Ce sera la dernière trace de vie du garçonnet.

À 18h12, l’alerte est donnée. La voix de Philippe, tremblante au téléphone, annonce l’impensable : « Mon neveu (petit-fils) a disparu, on ne le trouve nulle part. » Dès lors, une mobilisation sans précédent s’organise. Gendarmes, pompiers, hélicoptères, drones thermiques et des centaines de volontaires ratissent 97 hectares de terrain. En vain. Le Haut-Vernet devient un village assiégé, fermé au monde, où le silence n’est rompu que par les battues incessantes.

30 mars 2024 : La découverte qui change tout

Pendant huit longs mois, la France a oscillé entre l’espoir d’un miracle et la crainte du pire. Le dénouement survient le samedi de Pâques, lorsqu’une randonneuse découvre un crâne et quelques dents sur un sentier escarpé, à seulement 1,7 km du village, dans une zone nommée “Les Auches”. L’ADN parle : c’est Émile.

La stupeur est totale, non seulement pour la famille, mais aussi pour les enquêteurs. Pourquoi ces restes apparaissent-ils maintenant dans un secteur qui avait été fouillé “des dizaines de fois” par des experts et des chiens spécialisés ? François Bal, le maire du village, ne cache pas son incompréhension : « C’est incompréhensible. Même les bûcherons qui ont travaillé là à l’automne n’ont rien vu. » Cette apparition soudaine alimente les théories les plus sombres : le corps a-t-il été déplacé ? Un tiers est-il intervenu après le départ des forces de l’ordre ?

Philippe Vedovini : Un grand-père sous le feu des projecteurs

Au cœur de cette tourmente, la figure de Philippe Vedovini intrigue. Dernier adulte à avoir eu la garde d’Émile, son témoignage est passé au crible. Ses larmes, rapportées par des proches et lors des interrogatoires, témoignent d’une douleur immense, mais aussi d’une culpabilité dévorante. Comment a-t-il pu perdre de vue son petit-fils, même pour quelques minutes ?

L’enquête, désormais passée en phase criminelle, explore toutes les pistes. L’accident domestique maquillé, la chute fatale dans un ravin suivie d’une intervention animale, ou l’enlèvement crapuleux… aucune hypothèse n’est écartée. Les vêtements d’Émile — son t-shirt jaune, son short blanc et ses chaussures de marche — ont été retrouvés éparpillés à plusieurs dizaines de mètres du crâne. Pour certains experts, cette dispersion est l’œuvre de charognards (loups ou renards), très présents dans la région. Pour d’autres, c’est le signe d’une mise en scène humaine destinée à brouiller les pistes.

Mort du petit Émile : les derniers secrets du quart d'heure fatal - Le  Parisien

Une famille soudée dans la foi et le silence

Face à l’horreur, les parents d’Émile, Marie et Colomban, se sont murés dans un silence digne, porté par une foi catholique profonde. « Émile veille sur nous dans la lumière de Dieu », ont-ils déclaré par la voix de leur avocat. Ils refusent le déballage médiatique, préférant se concentrer sur leurs autres enfants, Alaïs et le petit Vincent, né après la disparition de son frère.

Cependant, le mystère du Haut-Vernet reste entier. Les anthropologues judiciaires de Paris continuent d’analyser chaque fragment d’os, chaque fibre de vêtement, à la recherche de la vérité. S’agit-il d’un tragique accident de montagne ou d’un acte criminel étouffé par le secret d’un village ou d’une famille ?

Les larmes de Philippe Vedovini sont celles d’un homme brisé, mais elles ne suffisent pas encore à répondre à la question qui hante la France : qu’est-il réellement arrivé à Émile ce 8 juillet 2023 ? Le village des “malédictions”, déjà marqué par le crash de la Germanwings en 2015, porte désormais le poids d’un secret que seule la justice pourra, peut-être, un jour révéler. En attendant, l’ombre du petit garçon au t-shirt jaune continue de planer sur les prairies du Vernet, rappelant à tous la fragilité de l’innocence.

Mort d'Émile : "Philippe Vedovini n'est pas un tortionnaire par essence",  estime une connaissance