Deux ans. Deux années entières se sont écoulées depuis ce jour d’été funeste où le visage angélique du petit Émile Soleil, 2 ans et demi, a disparu des radars, laissant la France suspendue à un mystère insoutenable. Ce 8 juillet 2025, deux ans jour pour jour après le drame, ses parents, Marie et Colomban Soleil, ont rompu un silence quasi-monacal. Dans un communiqué transmis au Figaro, ils ont livré leur “vérité choquante”. Mais cette vérité n’est pas celle que les esprits cyniques attendaient. Ce n’est pas une confession, mais un cri. Le cri de victimes dévastées, non seulement par la perte de leur enfant, mais par la “double peine” d’une société qui, dans son voyeurisme malsain, les a jugés, suspectés et “piétinés”.

Le jour où tout a basculé

Le 8 juillet 2023, le hameau du Haut-Vernet, enclave paisible des Alpes-de-Haute-Provence, devient l’épicentre d’un séisme. Émile, en vacances chez ses grands-parents, se volatilise. L’alerte est donnée. S’ensuivent des jours et des nuits de recherches frénétiques. Gendarmes, drones, maîtres-chiens, bénévoles… une armée de volontaires sonde chaque recoin de ce relief escarpé. Mais rien. Pas une trace, pas un indice. Le sol semble avoir avalé l’enfant.

La France découvre ce visage d’ange, et l’angoisse devient nationale. L’incompréhension est totale : comment un enfant peut-il disparaître en plein jour, dans un périmètre si restreint, sans un témoin, sans un cri ? Le silence qui suit la disparition est aussi assourdissant que le drame lui-même.

Pour Marie et Colomban Soleil, la vie s’arrête. Ils entrent dans un “vide abyssal”, une attente insoutenable. Face à l’horreur de l’inconnu, ils choisissent une voie qui va dérouter l’opinion publique : le silence et la foi.

La découverte macabre et la fin de l’espoir

Pendant des mois, l’enquête piétine. Et puis, le 30 mars 2024, à la veille de Pâques, une randonneuse découvre l’impensable : un crâne d’enfant, à quelques centaines de mètres du hameau. L’ADN confirme. C’est Émile. L’infime espoir qui subsistait est anéanti. “La confirmation est brutale”, écrit le narrateur de la source. La France est en deuil.

Mais la découverte de ces ossements ouvre la porte à une horreur plus grande encore. La thèse de l’accident, de la chute, est pulvérisée. Les analyses médico-légales sont glaçantes : le crâne présente un “traumatisme facial”. Pire, les vêtements retrouvés près du site ne montrent “aucune trace de décomposition biologique”. La conclusion est sans appel : Émile n’est pas mort à cet endroit. Son corps a été déplacé, “déposé là récemment”.

La vérité est là, crue et insoutenable. Ce n’est pas un accident, c’est un crime. Un meurtre, suivi d’une “mise en scène macabre”. Quelqu’un a tué Émile, a caché son corps pendant des mois, avant de le déposer près du hameau. Un acte de panique ? Une provocation ? Le mystère de la disparition se mue en une énigme criminelle d’une noirceur absolue.

La “Double Peine” : Victimes et Suspects

C’est dans ce contexte que la parole des parents, deux ans après, prend tout son sens. Leur communiqué est une dénonciation de ce qu’ils ont enduré, au-delà même de la perte de leur fils. “Rien ne nous aura été épargné”, écrivent-ils. C’est leur “vérité choquante”.

Dès le début, leur attitude détonne. Pas de conférences de presse, pas d’appels à témoins larmoyants, pas d’effondrement public. Marie et Colomban Soleil, fervents catholiques, s’enferment dans la prière et la dignité. Une pudeur qui, dans le tribunal de l’émotion publique, devient suspecte. “Leur foi catholique semble-t-elle occuper une place aussi centrale dans leur réaction ?”, s’interrogent les experts de plateau.

Leur silence est interprété comme un aveu, leur calme comme de la froideur. Sur les réseaux sociaux, le procès est vite instruit. Les rumeurs les plus folles circulent. “Leur manière de tenir la main de leurs proches” lors des obsèques est analysée. “Le visage de Marie, fermé lors des obsèques de son fils, est utilisé contre elle”. La société attend des larmes en direct ; ils offrent le recueillement.

Dans leur communiqué, ils fustigent cette “double peine” : “Notre position de victime et notre grande fragilité, au lieu de susciter respect et protection, semble avoir donné tous les droits sur nous.” Ils décrivent un “sentiment d’humiliation”, voyant leur “intimité piétinée” et leurs “convictions jetées en pâture”.

L’impasse de l’enquête

Cette suspicion médiatique a trouvé un écho dans l’enquête. La piste familiale a été creusée, encore et encore. Le 25 mars 2025, un an après la découverte du crâne, l’affaire rebondit : plusieurs membres de la famille, dont le grand-père maternel, Philippe Vedovini, sont placés en garde à vue. L’opinion publique pense tenir les coupables. Mais 48 heures plus tard, ils sont tous relâchés, faute d’éléments.

Pour le procureur, il fallait “purger cette piste”. Pour les parents, c’est une épreuve de plus. Pour l’enquête, c’est un retour à la case départ, avec la menace grandissante du “cold case”.

“Apprendre à survivre sans lui”

La “vérité choquante” des parents d’Émile, c’est donc celle d’un couple qui a dû affronter le pire : la mort criminelle de son enfant, et le regard accusateur d’une société incapable de comprendre une douleur qui ne se met pas en scène.

Leur communiqué est un acte de foi. Foi en la justice, d’abord. Ils réaffirment leur “confiance dans les magistrats”. Ils ne demandent pas la vengeance, ils exigent la vérité. “Le mal existe, et il peut s’abattre sur n’importe lequel d’entre nous”, écrivent-ils, dans une phrase d’une puissance tragique.

C’est enfin un acte d’amour. Un amour qui refuse de laisser le mal et le mystère avoir le dernier mot. L’horreur de la mort ne peut effacer la beauté de la vie de leur fils. Leur deuil n’est pas un renoncement, mais une “fidélité”. “Il a fallu apprendre à survivre sans lui”, confient-ils dans cette phrase qui résume l’indicible.

“Nous continuerons à lui parler, à aller nous recueillir sur sa tombe et à l’aimer jusqu’à le retrouver.” Ces derniers mots ne sont pas une négation de la mort, mais une affirmation de l’amour éternel.

Deux ans après, le mystère Émile reste entier. Mais la dignité de ses parents, leur capacité à opposer le silence au bruit, la foi au cynisme, et l’amour à la barbarie, est peut-être la seule vérité qui vaille. Leur combat pour la justice n’est pas seulement le leur ; il est devenu celui de la mémoire d’un enfant que la France ne doit pas oublier.