Le dossier Alstom, souvent décrit comme le symbole du déclin industriel français, vient de prendre une tournure radicalement plus sombre. Lors d’une intervention mémorable à l’Assemblée nationale, le député Tanguy a jeté un pavé dans la mare, dénonçant ce qu’il qualifie de trahison pure et simple de la souveraineté nationale au profit d’intérêts américains. Ce qui était jusqu’ici perçu comme une erreur stratégique ou économique apparaît désormais, selon ses dires, comme un système organisé de corruption et d’intimidation.

Un fleuron bradé “comme une baguette à 1 euro”

Le constat de départ est amer : Alstom, leader mondial de l’énergie et des transports, est passé sous pavillon américain (General Electric) dans des conditions qui interrogent encore aujourd’hui. Pour Tanguy, la souveraineté énergétique de la France a été vendue “en promo”. Il affirme que le démantèlement d’Alstom a commencé bien avant 2012, orchestré par une multinationale américaine prête à tout pour s’emparer du cœur industriel français.

L’accusation la plus grave porte sur la capacité de ces géants étrangers à infiltrer l’appareil d’État. “Je sais à quel point une multinationale peut acheter des intérêts français, des hauts fonctionnaires et même des conseillers dans les cabinets ministériels”, a-t-il lancé devant une assemblée médusée. Il décrit un mécanisme de “pantouflage” où des fonctionnaires recevant des documents sensibles les voient disparaître dans les couloirs de Bercy, avant de devenir, quelques années plus tard, banquiers d’affaires dans des banques américaines sans que personne ne s’en émeuve.

Méthodes de “James Bond” et agressions physiques

Au-delà des transactions financières, c’est le volet criminel du dossier qui choque. Le député décrit des méthodes dignes d’un thriller : appartements visités à plusieurs reprises où seuls les documents et ordinateurs disparaissent, laissant l’argent intact. Plus grave encore, il raconte sa propre agression : un samedi soir, dans une rue sombre, un individu parlant anglais lui aurait enfoncé une lame de couteau dans la paupière, le menaçant de mort s’il allait voir la police.

Ces méthodes ne seraient pas isolées. Tanguy cite l’exemple de Frédéric Pierucci, ancien cadre d’Alstom, “pris en otage” par la justice américaine et détenu dans une prison de haute sécurité pour faire pression sur l’entreprise. Quatre agents du FBI l’avaient menotté en plein aéroport, illustrant la brutalité de la guerre économique menée par les États-Unis.

La “pourriture au cœur du système”

Affaire Alstom : Emmanuel Macron cité dans une information judiciaire  parallèle

L’intervention se conclut par une charge virulente contre le gouvernement actuel. Pour le député, les dispositifs de lutte contre l’ingérence étrangère ne sont que des “écrans de fumée”. Un rapport tous les deux ans ne suffira pas à protéger la France si “le loup est déjà dans la bergerie” et qu’il prend même des “selfies avec le berger”.

Selon lui, la corruption ne serait pas un accident de parcours, mais le moteur même d’un système qui refuse de se réformer. “Vous ne voulez pas lutter contre la pourriture parce que la pourriture est au cœur de votre système”, a-t-il conclu sous les rires de certains collègues, des rires qu’il juge insultants face à la gravité des faits.

Cette affaire, qui mêle haute finance, espionnage et souveraineté nationale, reste une plaie ouverte pour l’industrie française. Les révélations de Tanguy rappellent que derrière les chiffres et les contrats, se joue une lutte de pouvoir où les intérêts de la nation semblent parfois avoir été sacrifiés sur l’autel de carrières individuelles et de pressions étrangères. L’histoire d’Alstom n’est pas seulement celle d’une vente, c’est celle d’une blessure française qui refuse de cicatriser.

Photo : Jean Philippe Tanguy ( RN ) - Séance de questions à l'Assemblee  Nationale à Paris, le jour des manifestations nationales contre la réforme  des retraites, le 7 mars 2023. © Federico Pestellini / Panoramic /  Bestimage - Purepeople