Elle a été le fantasme absolu, l’icône de la Nouvelle Vague, la “bombe européenne” qui, d’un déhanché, a fait trembler les codes moraux des années 50 et 60. Brigitte Bardot n’a pas seulement été une actrice ; elle a été une révolution. Sa beauté audacieuse et sa nature rebelle l’ont placée au centre d’un tourbillon de gloire, de scandales et de passions dévorantes. Sa vie amoureuse est une légende à elle seule : plus de 100 amants, y compris des femmes, et quatre mariages.

Pourtant, derrière l’image de la femme libre et insouciante, se cachait un désespoir profond. Une femme qui a tenté de mettre fin à ses jours à quatre reprises et qui a fait le choix déchirant d’abandonner son seul et unique enfant. Aujourd’hui, à 90 ans, alors que le tumulte s’est apaisé, une question demeure : parmi cette légion d’hommes qui l’ont désirée, qui Brigitte Bardot a-t-elle vraiment aimé ? Qui fut l’amour de sa vie ?

La réponse est aussi complexe que le personnage, façonnée par une enfance qui fut tout sauf un conte de fées.

La Rage de Plaire Née de la Douleur

Née le 28 septembre 1934, Brigitte Bardot a grandi avec tous les privilèges que l’argent peut offrir. Un père ingénieur prospère, une mère issue de la haute bourgeoisie. Mais cette richesse cachait un vide affectif abyssal. Son enfance fut stricte, conservatrice, écrasée par une foi catholique rigide. Avec sa sœur, elle était élevée pour être une “petite poupée bien élevée”, sa mère décidant même de ses amitiés, la laissant dans un isolement douloureux.

Le point de rupture survint lorsqu’un vase fut accidentellement cassé. La punition fut d’une brutalité inouïe : leur père, furieux, frappa les deux filles vingt fois avant de les traiter comme des étrangères. Cet événement marqua Bardot à jamais. Il n’a pas seulement éveillé son esprit rebelle ; il a scellé son ressentiment envers ses parents.

Cette enfance tumultueuse a sans doute défini son approche future de l’amour. Elle l’a avoué elle-même : “J’ai toujours cherché la passion. C’est pour cela que j’étais souvent infidèle. Et quand la passion commençait à s’éteindre, je faisais mes valises.” Elle fuyait avant d’être blessée, cherchant désespérément une intensité qu’elle ne trouvait jamais.

Vadim, le Pygmalion qui l’a Libérée et Perdue

Sa première grande rébellion eut un nom : Roger Vadim. Remarquée à 15 ans par le magazine Elle, elle auditionne pour un film. Elle n’obtient pas le rôle, mais elle capture le cœur du jeune réalisateur. Vadim était tout ce que ses parents détestaient : un “type bohème sans aucune moralité”. Pour Brigitte, il était une bouffée d’air frais, une porte de sortie.

Leur amour était une provocation. Le père de Bardot, furieux, tenta de les séparer en l’envoyant étudier en Angleterre. La réponse de l’adolescente fut immédiate et tragique : une première tentative de suicide. Terrifiés, ses parents cédèrent, à une condition : qu’elle attende ses 18 ans pour l’épouser.

Vadim ne fut pas seulement son premier mari ; il fut son créateur. Il a vu en elle le potentiel d’une star mondiale et l’a façonnée. Il l’a placée devant les photographes, l’a présentée aux réalisateurs. Il lui a donné son rôle le plus emblématique, celui qui allait changer l’histoire du cinéma : Et Dieu… créa la femme en 1956.

Ce film fut une révolution. À une époque où Hollywood était encore pudique, la sensualité brute de Bardot, son corps nu comme “nu comme un ver”, fit l’effet d’une bombe. L’Amérique puritaine cria au péché, ce qui ne fit quattiser le désir du public. Bardot devint un fantasme universel.

Mais Vadim, en la façonnant, avait aussi créé son propre rival. Il l’avait voulue si libre qu’elle s’est sentie libre de le quitter. “Il m’a appris à être tellement libre que par conséquent, je l’ai quitté pour un autre homme. C’était le prix qu’il devait payer”, dira-t-elle. Sur le tournage même de Et Dieu… créa la femme, elle entame une liaison passionnée avec son partenaire, Jean-Louis Trintignant.

La Spirale des Passions et l’Enfant “Tumeur”

La vie de Bardot devint alors une succession de passions intenses et de ruptures brutales. Sa liaison avec Trintignant dura deux ans, mais fut compliquée par le service militaire de ce dernier et l’infidélité de Bardot avec le musicien Gilbert Bécaud. La fin de cette relation la plongea dans une dépression nerveuse, marquée par une nouvelle tentative de suicide.

La célébrité devint un fardeau insupportable. Les paparazzis, les critiques, l’absence totale de vie privée. Elle trouva un bref répit dans les bras de l’acteur Jacques Charrier, rencontré sur un tournage. Il venait d’un milieu aisé, un homme que son père aurait pu approuver. Mais un événement inattendu vint tout bouleverser : à 24 ans, Bardot tomba enceinte.

La nouvelle la déstabilisa. Elle n’avait aucun désir de maternité. Dans son autobiographie, elle écrira des mots d’une violence rare, comparant sa grossesse à une “tumeur” et regardant son ventre “comme un cher ami sur lequel j’allais fermer le couvercle d’un cercueil”.

Charrier la persuada de garder l’enfant et de l’épouser. Leur mariage fut un “cauchemar” médiatique. L’arrivée de son fils, Nicolas, en 1960, la laissa perdue. Elle était totalement impréparée, et la presse la dépeignait comme une mauvaise mère. Lorsque Charrier partit pour l’armée, le ressentiment de Bardot explosa. Ils divorcèrent en 1962. Charrier obtint la garde exclusive de Nicolas. Bardot, libérée du poids de la maternité, se retrouva seule, son cœur brisé.

Gunter Sachs, le Playboy aux Roses

La décennie qui suivit fut un mélange de succès professionnels et de tourments personnels. Le tournage de La Vérité avec le réalisateur Henri-Georges Clouzot fut une épreuve psychologique. Clouzot, décrit comme “diabolique”, la poussa à bout mentalement. Le jour de ses 26 ans, épuisée, elle fut retrouvée inconsciente après une nouvelle overdose. Elle avait atteint le fond.

Puis, en 1966, elle rencontra un homme qui, pour une fois, semblait différent : Gunter Sachs. Playboy, millionnaire, et célèbre de son propre droit, il n’était pas intéressé par sa fortune ou sa gloire. Il était captivé par elle. Il la courtisa avec une extravagance folle, allant jusqu’à déverser une pluie de roses depuis un hélicoptère sur sa propriété.

“J’étais complètement abasourdi, enchanté”, se souvint-elle. Après seulement un mois, ils s’envolaient pour Las Vegas dans le jet privé de Ted Kennedy pour un mariage spontané. Mais le glamour s’estompa vite. La vie effrénée de Sachs, ses voyages constants, ce monde superficiel… “Ce n’était pas du tout le vrai moi.” En 1969, le mariage était terminé.

Alors, Qui ? L’Amour Inavoué

Bardot a pris sa retraite du cinéma à 39 ans, mais le chaos ne l’a jamais quittée. Harceleurs, cancer du sein combattu en secret, et une autre tentative de suicide à 49 ans. Elle a écrit une autobiographie si brutale que son ex-mari et son fils l’ont poursuivie en justice.

Alors, qui était l’amour de sa vie ? Le titre de la vidéo, “À 90 Ans, Brigitte Bardot Avoue ENFIN Qu’il Était L’amour De Sa Vie”, suggère une révélation. Mais la vidéo elle-même, tout en détaillant ses relations tumultueuses avec Vadim, Trintignant, Charrier et Sachs, se termine sans donner de nom. Elle pose la question aux spectateurs, laissant le mystère entier.

En analysant sa vie, l’amour de sa vie n’était peut-être pas un homme. Roger Vadim fut son créateur, Gunter Sachs son fantasme le plus fou, mais aucun n’a semblé la combler. Le seul “homme” qui a reçu son dévouement absolu, inconditionnel et permanent, est celui qu’elle a trouvé après sa retraite : Bernard d’Ormale, son quatrième et dernier mari, épousé en 1992. Il est resté à ses côtés pendant plus de 30 ans, à travers les tempêtes médiatiques et les controverses politiques. Il a été son ancre.

Mais si l’on écoute Bardot, le véritable amour de sa vie n’a jamais été humain. C’est une passion qui a éclipsé toutes les autres, une cause pour laquelle elle a sacrifié son image et sa fortune : les animaux. Depuis sa retraite, elle s’est consacrée corps et âme à leur défense. C’est cet amour-là, pur, indéfectible et sans trahison, qui lui a enfin apporté la paix que les hommes n’ont jamais su lui donner. L’amour de sa vie n’était pas un “il”, mais un “eux” : les êtres innocents qu’elle a juré de protéger jusqu’à son dernier souffle.