Le récit sans concession d’un “homme libre”

“Johnny n’est pas non plus blanc-bleu dans tout ça.” Cette phrase, lâchée avec le calme olympien de Florent Pagny, a l’effet d’une déflagration dans un milieu feutré où l’omerta est souvent la règle. À 64 ans, Florent Pagny — l’homme de Patagonie qui a toujours préféré la vérité crue aux courbettes mondaines — a décidé de briser le silence. Il en a assez des versions édulcorées et de l’hypocrisie qui entoure la mémoire de son ami depuis sa disparition.

Là où la grande majorité des proches du “Taulier” se taisent prudemment pour ne pas froisser Laeticia ou préserver leur image, Pagny choisit l’offensive. De la guerre fratricide pour l’héritage à cette statue “ridicule” érigée devant Bercy, il passe tout au crible. Mais ce qui choque le plus, c’est sa thèse audacieuse : et si Johnny lui-même était le véritable architecte de ce chaos familial ?

Une fraternité forgée dans la sueur et la scène

Pour comprendre la portée des propos de Florent, il faut saisir la nature du lien indestructible qui l’unissait à Johnny. Ce n’était pas une amitié de façade, mais une fraternité forgée sous les projecteurs des plus grands stades. Johnny ne laissait pas n’importe qui entrer dans son arène ; pour partager le micro avec lui, il fallait avoir le coffre et cette humilité guerrière qu’il respectait par-dessus tout.

En 1998, au Stade de France, ces deux monstres sacrés entonnaient “Le Pénitencier” dans une émulation féroce. En 2003, au Parc des Princes, Pagny manque de rater son entrée à cause d’un chauffeur perdu dans les dédales du stade. Il débarque in extremis sur scène sous le regard amusé et bluffé de son pote. Cette complicité brute est ce qui donne aujourd’hui une légitimité incontestable à la parole de Pagny.

Le coup de grâce : “Johnny n’était pas parfait”

En octobre 2019, alors que la France assiste au déchirement médiatique entre Laeticia d’un côté et David et Laura de l’autre, Pagny lâche une bombe au micro de RTL : “Johnny n’est pas non plus blanc-bleu dans tout ça. C’est lui qui provoque dès le départ.” Pagny ne blâme ni la veuve, ni les enfants ; il pointe du doigt le “monument”.

Il suggère une facette sombre, presque machiavélique, de la star : “Ça pouvait peut-être l’amuser qu’il y ait un peu de friction pour rappeler que tout n’a pas été si facile.” Pour Pagny, Johnny n’était pas une victime manipulée, mais le patron jusqu’au bout, capable de laisser une bombe à retardement testamentaire, peut-être par jeu ou par vengeance.

La statue de Bercy : une “concession Harley” sans âme

Après l’argent vient la polémique du symbole. En septembre, Paris rend hommage à Johnny devant l’Accor Arena. L’œuvre dévoilée — un mât en forme de manche de guitare surmonté d’une vraie moto Harley — laisse le public perplexe. Si Laeticia valide l’audace, Pagny, lui, est cinglant au micro de Bernard Montiel : “J’ai l’impression d’avoir une concession Harley qui a ouvert devant Bercy.”

Pour Florent, réduire Johnny à des accessoires est une hérésie. Johnny, c’était une chair, une posture, une façon unique d’ancrer ses jambes dans le sol. En voulant faire “moderne” et conceptuel, l’hommage est passé à côté de l’essentiel : l’humain.

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Le mystère de l’absence aux funérailles et le lien du sang

Pendant longtemps, les fans ont reproché à Pagny de ne pas avoir porté le cercueil à la Madeleine. Dans son autobiographie “Pagny par Florent” (2023), il livre enfin la clé : une douleur trop lourde. “Je me suis effondré intérieurement. Je ne me suis pas senti la force de jouer les premiers rôles dans ce théâtre funèbre.” Il a préféré se recueillir seul, loin des caméras.

Pourtant, le destin a lié les deux hommes par un lien organique tragique. En 2022, Pagny apprend qu’il a un cancer du poumon. Ironie du sort, le médecin qui prend en charge sa survie est le professeur David Khayat, celui-là même qui a accompagné Johnny jusqu’à son dernier souffle. C’est d’ailleurs chez Johnny et Laeticia, à La Savannah, que Pagny avait rencontré ce professeur. Là où la maladie a emporté l’un, le protocole semble sauver l’autre, créant un pont mystique entre eux.

Conclusion : Aimer, c’est accepter les failles

À 64 ans, Florent Pagny n’a plus rien à prouver. En prenant la parole, il ne cherche pas à régler des comptes, mais à rétablir une certaine justice humaine. Il ne diabolise pas Laeticia et ne sanctifie pas Johnny ; il les humanise. En affirmant que le Taulier a sa part de responsabilité, Pagny nous force à regarder l’idole en face, sans nostalgie aveugle.

Dire tout ce que les autres taisent est sans doute la plus grande preuve de fidélité. Briser le mythe glacé pour sauver l’homme brûlant, tel est le dernier service rendu par Florent à son pote. Désormais, il est temps que les tribunaux se taisent et que seule reste la fureur de vivre de la musique de Johnny.