Pendant plus de trois décennies, Julia Roberts a appris à sourire sans avoir à s’expliquer. Elle a maîtrisé l’art de l’esquive, utilisant des sourires radieux et des mots soigneusement choisis chaque fois que le nom de Richard Gere revenait sur le tapis. Non pas parce que leur histoire était trop romantique, mais parce qu’elle était complexe, inachevée et silencieusement douloureuse. Aujourd’hui, à l’aube d’une nouvelle étape de sa vie, “la petite fiancée de l’Amérique” ne se cache plus derrière la nostalgie. Elle parle enfin de la nature réelle de ce lien et de pourquoi il a fait plus de mal que ce que le public a jamais imaginé.

La rencontre qui a changé le destin et le post-it “Please say yes”

Avant que le monde ne connaisse son visage, avant que les tapis rouges et les discours de remise de prix ne deviennent une routine, Julia Roberts était une jeune actrice pleine d’anxiété. Son avenir n’était pas garanti jusqu’à ce que le projet Pretty Woman apparaisse. Pourtant, le film était au départ un pari risqué, rejeté par plusieurs studios et ignoré par de nombreuses actrices de premier plan.

Le véritable tournant a eu lieu à New York, dans le bureau de Richard Gere. À l’époque, Richard était déjà une star chevronnée et extrêmement sélective. Le réalisateur Garry Marshall, sentant que quelque chose était en train de naître, a laissé Julia et Richard seuls dans la pièce. Au lieu d’utiliser des paroles mielleuses pour convaincre son aîné d’accepter le rôle, Julia a écrit trois mots simples sur un post-it et l’a glissé vers Richard : “Please say yes” (S’il te plaît, dis oui). Richard a été fasciné, non par la séduction, mais par la sincérité et la présence puissante de Julia. Cet instant a été mythifié pendant des années comme le début d’une idylle, mais en réalité, c’était la reconnaissance d’une compatibilité professionnelle rare.

Quand l’alchimie devient un fardeau étouffant

À la sortie de Pretty Woman, l’impact ne fut pas seulement un succès, ce fut une explosion culturelle. Julia Roberts est passée du statut d’actrice prometteuse à celui d’icône mondiale du jour au lendemain. Mais avec la gloire est venue une attente terrible du public. Chaque interview, chaque couverture de magazine tournait autour d’une seule question : “Êtes-vous amoureuse de Richard Gere ?”

Le public ne voulait pas entendre de démentis polis sur l’amitié ou le professionnalisme. Il voulait un conte de fées transposé dans la réalité. Leur complicité à l’écran était si réelle que le public a projeté sur eux des émotions que ni l’un ni l’autre n’avait revendiquées ou encouragées. Julia, alors trop jeune pour faire face à une telle notoriété, s’est sentie dépossédée du contrôle de son propre récit. Son silence était interprété comme une preuve, ses démentis comme des doutes. Elle décrit cette période comme une déstabilisation profonde où la réalité de sa vie était remplacée par une version fictionnelle écrite par des inconnus.

Le prix du malentendu et la douleur de l’inégalité

Ce qui rendait cette situation plus douloureuse encore était le déséquilibre entre eux. Richard Gere était plus âgé, déjà établi et habitué à esquiver les médias. Son calme était perçu comme de la maîtrise et de l’élégance. À l’inverse, chaque fois que Julia hésitait, riait nerveusement ou tentait d’adoucir la conversation, elle était vue comme quelqu’un qui cachait quelque chose.

Durant les années 90, la vie privée de Julia est devenue un champ de bataille. Lorsque ses fiançailles avec Kiefer Sutherland ont rompu quelques jours avant le mariage, les médias ont immédiatement fait le lien avec Richard Gere, bien que la réalité soit tout autre. Lorsqu’elle a épousé Lyle Lovett, le public a été déçu car il ne correspondait pas au fantasme Richard Gere qu’ils avaient construit. Julia a réalisé que le public ne voulait pas la vérité, il voulait la continuité d’une illusion romantique. Elle s’est sentie “figée” dans la mémoire des autres, sans avoir la permission d’évoluer en tant qu’être humain indépendant.

Des retrouvailles sans guérison

Richard Gere jokes he and Julia Roberts had 'no chemistry' in 'Pretty Woman'  | CNN

Lorsque le projet Runaway Bride (Just Married ou presque) a vu le jour près de 10 ans plus tard, c’était plus un défi qu’une nostalgie pour Julia. Elle a hésité, non pas à cause de Richard, mais parce qu’elle savait exactement ce que ce nom allait réveiller chez le public. Elle espérait que le temps aurait suffi à clarifier les choses. Pourtant, ce fut l’inverse.

Bien qu’ils soient restés extrêmement complices à l’écran, en coulisses, c’était une familiarité empreinte de prudence. Julia a réalisé avec amertume que le temps n’avait en rien corrigé le malentendu du public ; il l’avait même renforcé. Les interviews revenaient inlassablement sur ce sentiment d’inachevé. Le vol du retour après le tournage a apporté une confirmation triste : certaines histoires perdurent non parce qu’elles sont vraies, mais parce que les gens refusent qu’elles se terminent.

La vérité finale : le choc de la négation

Il a fallu des décennies, et le fait que Julia Roberts trouve enfin la paix aux côtés de son mari Daniel Moder, pour qu’elle ait le courage de dire la vérité. Cette vérité est choquante non pas parce qu’elle révèle une romance secrète, mais parce qu’elle la nie totalement.

Le lien entre elle et Richard Gere n’a jamais été une histoire d’amour cachée. C’était un alignement rare entre deux artistes à un moment précis, amplifié par le cinéma et déformé par les attentes de millions de personnes. La tristesse ne vient pas de ce qui n’est jamais arrivé, mais du temps qu’il a fallu pour que cette réalité soit acceptée. À 58 ans, Julia Roberts ne protège plus un malentendu. Elle honore le travail, l’amitié et cet instant sans les romantiser. Elle choisit la vérité plutôt que le mythe, affirmant qu’elle n’est pas la moitié d’un couple légendaire, mais une femme qui a survécu à la célébrité et aux rumeurs pour enfin se trouver elle-même.

Richard Gere says he and 'Pretty Woman' co-star Julia Roberts had 'no  chemistry'