Il existe des histoires d’amour qui n’ont pas besoin de paillettes pour s’ancrer dans la mémoire. Dans les années 1980 et 1990, l’actrice Corinne Touzet et le chanteur Bernard Lavilliers ont écrit l’un de ces chapitres intimes, à la fois discrets et marquants. Leur bonheur ne s’est pas construit dans l’éclat des projecteurs ni dans l’effervescence des tournées, mais bien dans une maison de campagne au charme ancien, nichée au nord de Paris, où la simplicité avait le goût de l’évidence.


Tout commence dans un restaurant parisien, “Chez Maria”, situé à Montparnasse. Bernard Lavilliers, déjà artiste reconnu, se souvient avec précision de cette rencontre décisive :« J’ai rencontré Corinne il y a trois ans Chez Maria, un restaurant de Montparnasse, après l’avoir vue sur Antenne 2 jouer le rôle de Marianne, une étoile pour Napoléon. »

 

Il confiera plus tard son admiration immédiate :« J’ai trouvé son visage superbe, son regard vert exceptionnel. C’est une femme douce, discrète, timide et indépendante. Je l’admire beaucoup et surtout pour sa puissance de travail. »

 

Séduits l’un par l’autre, ils décident de s’installer ensemble. Leur nid d’amour ? Un pavillon datant de 1879, au nord de Paris, à l’écart du tumulte de la capitale.

 


 

Cette demeure, au charme suranné, n’était pas un palais mais un pavillon authentique, aux murs en briques patinées par le temps, au toit de tuiles couvert de mousse, et aux fenêtres blanches donnant sur un vaste jardin. Une allée de gravier menait à un portail en bois, encadré de rosiers sauvages qui s’épanouissaient chaque été.

 

À l’intérieur, l’atmosphère se voulait simple et chaleureuse : plafond à poutres apparentes, sol en carreaux de terre cuite rouge, et une grande cheminée de pierre qui réchauffait les soirées d’hiver.

 

Pour Corinne, cet endroit représentait un souffle d’air pur :« À Paris je ne supportais plus le bruit et la poussière. Se réveiller vraiment chez soi, respirer sainement, c’est merveilleux. »

Pour Bernard, c’était la promesse de pauses douces entre deux concerts, avec des repas simples et les rires complices partagés à deux.

 


À la campagne, Corinne découvrit un nouveau plaisir : celui du jardinage. Elle s’occupait de chaque plante avec tendresse, entretenait les arbres fruitiers, semait légumes et herbes aromatiques. Elle racontait avec enthousiasme :« Je n’arrête pas de briquer et de jardiner. Le génial M. Sandrin s’occupe des hortensias roses et taille les buis, et moi des arbres fruitiers, cerisiers, poiriers, pommiers, noisetiers, fraisiers des bois, et du potager où je cultive laitues, pommes de terre, radis, tomates, romarin, tilleul et menthe ! Mais je suis heureuse. »

Ce jardin, en perpétuel mouvement au fil des saisons, était une véritable mosaïque de couleurs et de senteurs : les fleurs de cerisiers au printemps, la fraîcheur des vergers en été, les feuillages dorés à l’automne et la chaleur du feu de cheminée l’hiver.

Bonne cuisinière, Corinne préparait aussi des petits plats pour son compagnon, qui en profitait pour se ressourcer :« Ici, il vient se détendre, dormir et manger. »

Leur union se nourrissait aussi de leur passion commune pour la musique. Corinne l’avouait sans détour :« Bernard Lavilliers chanteur, j’ai toujours aimé pour ses chansons brûlantes, avant même de le connaître personnellement. »

 


Issue d’une famille antillaise, elle avait grandi dans l’amour de la salsa, de la biguine et des musiques chaudes. Un goût qu’elle partageait avec Bernard, grand amateur de voyages et de rythmes venus d’ailleurs.

À cette époque, Bernard était déjà père de plusieurs enfants. La maison n’était donc pas seulement un refuge amoureux, mais aussi un foyer où résonnaient les voix des plus jeunes. Corinne trouva rapidement sa place auprès d’eux. Bernard soulignait avec tendresse :« Ils ont tout à fait accepté d’avoir un père comme je l’ai été, c’est-à-dire pas toujours disponible. Ils viennent me voir là où ils savent me trouver, mais ils ne m’oublient jamais. »

 

Il parlait aussi de leur talent naissant avec fierté :« Guillaume, âgé de 11 ans, champion d’Île-de-France de patins à roulettes, sera comme moi un artiste, il compose déjà, au synthétiseur, des chansons vraiment très originales. Quant à Virginie, à 15 ans, elle est déjà très débrouillarde tout comme Anne-Laure, 20 ans, qui après ses études de communication se prédestine sans doute au journalisme et qui a déjà du talent. »

Bien sûr, l’histoire d’amour finit par s’achever. Mais ce pavillon de 1879 reste associé pour toujours à une période de douceur et de complicité. Aujourd’hui, Bernard Lavilliers partage sa vie avec la sculptrice Sophie Chevallier, tandis que Corinne Touzet poursuit une brillante carrière d’actrice et élève sa fille Jeanne avec tendresse.

 

Pourtant, ce refuge campagnard demeure dans leur mémoire comme un écrin de sérénité. Un lieu où l’amour se traduisait par des gestes simples : cultiver des légumes, préparer un repas, ou se réveiller dans la lumière douce d’un matin sans bruit.

 

Car parfois, le bonheur se résume à cela : un jardin en fleurs, une maison ancienne qui respire l’authenticité, et le regard vert de l’être aimé, éclairé par la lumière du soir.