Violée à 3 Ans, Mère “Absente” et Cancer Secret : Le Calvaire Caché de Marie Laforêt

C’était la « Fille aux yeux d’or », une beauté énigmatique qui a envoûté le cinéma français des années 60 et dont la voix mélancolique a bercé des générations avec Les Vendanges de l’amour. Mais derrière l’icône de la Nouvelle Vague et les 35 millions d’albums vendus, Marie Laforêt, née Maïtena Douménach, dissimulait une tragédie intime, une blessure primitive qui ne s’est jamais refermée. Alors que le rideau est tombé sur sa vie en 2019, la vérité a fini par émerger, révélant le portrait d’une femme hantée par un traumatisme d’enfance dévastateur qui a dicté chaque instant de son existence, de ses amours tumultueuses à sa relation douloureuse avec ses propres enfants.

L’Innocence Volée : Le Secret de ses 3 Ans

Tout commence par un drame absolu, enfoui dans la mémoire d’une enfant de trois ans. Lors d’une interview bouleversante accordée bien des années plus tard, Marie Laforêt a levé le voile sur l’origine de ses tourments : elle a été victime d’une agression sexuelle par un voisin. “Toute ma vie a été façonnée par cette expérience”, confiera-t-elle.

Le pire n’est peut-être pas l’acte lui-même, mais la réaction de celle qui aurait dû la protéger. Lorsqu’elle tente d’en parler à sa mère, cette dernière minimise les faits, l’accusant d’avoir mal compris, voire l’ignorant totalement. “C’est une violation de l’innocence”, dira Marie. Ce double traumatisme — le viol et le déni maternel — va créer en elle une fracture irréparable. Elle grandira avec la peur au ventre, une timidité maladive et le sentiment profond d’être seule au monde. C’est cette douleur qui la poussera vers la lumière, utilisant son métier d’actrice comme un exutoire pour exprimer des émotions qu’elle ne pouvait verbaliser dans la vie réelle.

Une Mère “Absente” : La Conséquence du Traumatisme

Ce passé brisé a eu des répercussions terribles sur sa vie de mère. Marie Laforêt a eu trois enfants : Lisa Azuelos (la célèbre réalisatrice de LOL), Jean-Mehdi et Ève-Marie Deborah. Mais elle a été incapable de les élever comme une mère “normale”. Lisa et son frère ont été placés en pensionnat dès leur plus jeune âge, Lisa n’ayant que deux ans lors de la séparation de ses parents.

Pendant longtemps, cette distance a été perçue comme de l’indifférence ou de l’égoïsme. Lisa Azuelos raconte avoir grandi dans des dortoirs, se sentant abandonnée, obligée de protéger son petit frère. Mais la vérité était bien plus complexe. Sa fille Deborah expliquera plus tard que Marie ne pouvait tout simplement pas supporter la présence d’enfants de l’âge qu’elle avait lorsqu’elle a été agressée. Le traumatisme ressurgissait violemment, créant une barrière infranchissable. “Elle voulait que nous soyons forts et indépendants, car elle pensait que nous ne devions jamais avoir besoin d’elle”, analyse Deborah. Ce n’était pas un manque d’amour, mais une incapacité pathologique à gérer l’intimité maternelle, une forme de protection tordue née du chaos de sa propre enfance.

Cinq Mariages et un Enterrement (de Vie de Jeune Fille)

Cherchant désespérément à combler le vide affectif, Marie Laforêt a multiplié les unions, se mariant cinq fois. Du réalisateur Jean-Gabriel Albicoco à l’homme d’affaires Judas Azuelos, en passant par le chirurgien Pierre Meyer, elle a cherché la stabilité sans jamais la trouver. Elle avouera être souvent attirée par des hommes aux personnalités contrastées, charmants en surface mais cachant des ombres, répétant peut-être inconsciemment des schémas dangereux.

Son dernier mariage avec Éric de Lavandeyra, un courtier en bourse, se soldera par un divorce amer et une guerre financière impitoyable. Pendant des années, Marie se battra pour obtenir la pension alimentaire qui lui était due, sans jamais voir la couleur d’un centime de son vivant. Ce n’est qu’après sa mort que ses enfants, reprenant le flambeau judiciaire, obtiendront enfin justice : l’ex-mari a dû verser plus de 600 000 euros aux héritiers, une victoire posthume pour celle qui n’avait jamais rien lâché.

Le Dernier Combat : Cancer et Sérénité

La fin de vie de Marie Laforêt est restée entourée de mystère jusqu’aux révélations de sa fille Deborah en 2020. Loin des rumeurs, l’artiste se battait contre un ennemi invisible et impitoyable : un cancer des os généralisé. Une maladie douloureuse qu’elle a affrontée avec une dignité silencieuse.

Dans ses derniers mois, Marie avait trouvé une paix inattendue dans la foi. Devenue très croyante, elle allait à la messe tous les dimanches et entretenait une correspondance spirituelle avec des prêtres. Elle savait que la fin était proche et l’a acceptée avec sérénité. Elle a passé ses derniers instants à écrire, laissant derrière elle des textes que ses enfants ont promis de publier, comme un dernier legs à son public.

Le Pardon des Enfants

Aujourd’hui, la rancœur a laissé place à la compréhension. Lisa Azuelos, qui a réalisé le film Mon Bébé en écho à sa propre histoire, a pardonné à sa mère. “Pour toutes les femmes, choisir c’est renoncer”, dit-elle. Elle a compris que l’absence de sa mère n’était pas dirigée contre elle, mais était le résultat d’une souffrance trop lourde à porter.

Marie Laforêt n’était pas une femme de glace, mais une survivante. Elle laisse derrière elle une œuvre immense, des enfants qui ont su se reconstruire et l’aimer malgré tout, et l’image d’une artiste qui a chanté l’amour toute sa vie, peut-être parce qu’elle l’avait cherché, en vain, depuis ses trois ans.