Tina Turner : Le Sacrifice Époustouflant de Son Mari et les Horreurs Cachées Avant la Paix

Tina Turner, la « Reine du Rock’n’Roll », semblait incarner la victoire sur l’adversité. Une carrière éblouissante jalonnée de huit Grammy Awards, une énergie scénique inégalée, des jambes devenues un mythe et, au crépuscule de sa vie, un mariage avec un homme merveilleux, Erwin Bach. Le conte de fées de la battante qui a surmonté la violence pour atteindre la gloire semblait parfait. Pourtant, sous cette façade lumineuse, l’icône cachait des luttes d’une intensité inouïe. Près d’un an après son décès en mai 2023, son mari, Erwin Bach, a décidé de lever le voile sur les dernières années de Tina, révélant une histoire encore plus tragique, mais aussi plus belle, que ce que ses millions de fans avaient imaginé. Les confessions de Bach confirment que même la femme la plus résiliente du rock a connu des moments de désespoir absolu, avant de connaître l’amour qui allait littéralement la maintenir en vie.

L’histoire de Tina est celle d’une résilience forgée dans le traumatisme.

Les Blessures d’Anna Mae

Elle est née Anna Mae Bullock en 1939, dans une Amérique rurale, le Tennessee, où elle passa ses premières années à cueillir le coton. La Seconde Guerre mondiale fut le catalyseur d’un premier déchirement : laissée chez des grands-parents stricts lorsque ses parents partirent travailler dans une usine de défense. Mais la blessure la plus profonde survint à seulement 11 ans, lorsque sa mère abandonna brusquement la famille, fuyant une relation abusive avec le père de Tina. Cet abandon laissa la jeune Tina avec le sentiment dévastateur d’être « profondément non désirée et non aimée ». Deux ans plus tard, son père se remaria et déménagea à Detroit, laissant les enfants derrière lui une nouvelle fois.

Ces abandons successifs ont paradoxalement créé l’indépendance de Tina. Elle travailla comme femme de ménage dans son adolescence avant de suivre sa mère, qu’elle retrouva aux funérailles de sa grand-mère, à Saint-Louis. C’est là, dans la ville animée et sa scène musicale vibrante, que son destin bascula.

L’Ascension sous le Joug d’Ike

En 1957, à l’âge de 18 ans, Tina rencontra Ike Turner au Manhattan Club. Un soir crucial, alors que le groupe était en pause, elle se faufila sur scène, saisit le micro et livra une ballade blues de Baby King. Sa performance électrisante impressionna Ike, qui lui offrit un rôle permanent en tant que chanteuse.

Le succès ne se fit pas attendre. Leur premier single, A Fool in Love, fut un succès sensationnel. Mais ce triomphe s’accompagna d’une transformation forcée et d’un asservissement. C’est à cette période qu’Anna Mae devint « Tina Turner ». Plus troublant encore, Ike déposa la marque « Tina Turner », s’assurant que s’il la quittait, il pourrait la remplacer par une autre femme portant le même nom. Tina, par malheur, négligea cet « avertissement troublant », posant les bases d’une relation abusive et tumultueuse.

Le mariage, célébré en 1962 à Tijuana, au Mexique, fut tout sauf romantique. Après une cérémonie civile « terne », Ike emmena Tina dans un bordel pour assister à un spectacle humiliant. C’était le prélude à une décennie d’horreur.

L’Enfer Domestique et la Fuite

Leur union fut rapidement marquée par la violence. Lorsque Tina exprima ses inquiétudes concernant leur emploi du temps de tournée, Ike réagit violemment, la frappant avec un tendeur à chaussures en bois. C’était le début d’une longue série d’agressions. Il était fréquent que Tina monte sur scène avec des lèvres contusionnées et des yeux au beurre noir, une épreuve qu’elle devait endurer juste après avoir été agressée par son mari. La toxicomanie d’Ike et son comportement diagnostiqué plus tard comme bipolaire, combinés à son infidélité effrénée, aggravèrent l’angoisse de Tina.

En 1968, acculée, Tina tenta de mettre fin à ses jours en faisant une overdose de Valium. Si elle survécut, cet incident lui apporta une « clarté frappante » et renforça sa détermination à s’échapper.

La délivrance vint en 1976. Lors d’une tournée à Dallas, après une énième dispute violente, Tina saisit l’occasion de s’enfuir. Vêtue de vêtements ensanglantés, avec moins de 30 centimes et une carte de crédit de station-service en poche, elle s’échappa et courut chez un ami. C’était un acte désespéré, mais fondateur. En 1978, le divorce fut prononcé. Tina exigea peu, mais elle exigea l’essentiel : deux voitures Jaguar, quelques fourrures, des bijoux, et surtout, son nom : Tina Turner.

La Renaissance et la Foi

Après avoir coupé les liens avec son passé tumultueux, Tina n’avait plus rien. Elle vivait avec ses quatre fils, comptant sur les bons alimentaires pour survivre, le tout sous la menace constante de violences de voyous locaux, la forçant parfois à dormir dans un placard. Mais elle était libre.

Dans cette période sombre, Tina trouva du réconfort et de la clarté dans une voie inattendue : le bouddhisme. Introduite à la pratique en 1973, elle se consacra au chant jusqu’à quatre heures par jour, tirant une force nouvelle de sa spiritualité.

Pendant des années, Tina Turner lutta dans une relative obscurité, perçue comme une « relique du passé », se produisant dans des cabarets et de petits clubs. Pour l’industrie musicale, les opportunités pour une femme noire de plus de 40 ans étaient rares. Cependant, le vent tourna avec l’essor des vidéoclips au début des années 1980. Son apparition sur MTV marqua un tournant, et en 1983, sa popularité commença à monter en flèche en Europe.

À 45 ans, en 1984, Tina Turner réalisa l’un des plus grands retours de l’histoire du rock. L’album Private Dancer, enregistré en seulement 14 jours, la propulsa vers une renommée mondiale inédite. Le succès des singles, dont l’emblématique What’s Love Got to Do with It, vendit des millions d’exemplaires, solidifiant son statut de superstar. Même son style unique – perruques élaborées et robes flamboyantes – contribuait à la distinguer, bien que l’artiste elle-même se décrivait humblement comme « bâtie comme un poney ».

Erwin Bach : L’Amour qui Donne la Vie

En 1986, le destin présenta à Tina son âme sœur. À l’aéroport de Heathrow à Londres, elle rencontra Erwin Bach, un cadre musical allemand. Ils restèrent ensemble pendant plus de trois décennies avant de se marier en 2013.

Quelques semaines après leur mariage, le malheur frappa : Tina fut victime d’un AVC sévère, la laissant incapable de marcher. Elle réapprit, mais le pire restait à venir. En 2016, elle révéla sa lutte contre un cancer intestinal, qui, combiné à un choix initial de traitements homéopathiques, conduisit à une insuffisance rénale sévère.

En 2017, la situation de Tina semblait désespérée. Elle avait besoin d’une greffe de rein et, se sentant sans espoir, alla jusqu’à envisager le suicide assisté en s’inscrivant auprès d’une organisation suisse. C’est alors que l’amour d’Erwin Bach se manifesta dans un geste d’une profondeur inouïe : il lui offrit l’un de ses reins. La greffe réussie symbolisa leur lien profond ; Tina Turner portait désormais « littéralement une partie de son mari en elle ».

Malheureusement, la tragédie frappa une dernière fois en 2018 avec le suicide de son fils aîné, Craig, à l’âge de 59 ans. Tina, la battante, dispersa ses cendres dans l’océan, continuant d’avancer.

Le Repos de la Reine

Après des décennies de lutte et de victoire, Tina prit sa retraite en 2009. Elle renonça à sa citoyenneté américaine en 2013 pour devenir citoyenne suisse, vivant paisiblement dans son manoir surplombant le lac de Zurich. Cette nouvelle vie, loin des projecteurs et des traumatismes, fut sa récompense finale. Une pancarte sur la porte de son domicile suisse demandait : « Ne sonnez pas avant midi ».

Tina Turner est décédée en paix le 24 mai 2023, à l’âge de 83 ans. Le parcours de sa vie est un témoignage de sa force indomptable, de ses premières années tumultueuses à son ascension en tant qu’icône mondiale, et enfin à ses jours paisibles au bord du lac de Zurich. Les révélations d’Erwin Bach complètent le récit, prouvant que même la plus grande icône du rock n’est rien sans l’amour, et que dans les moments les plus sombres, c’est ce même amour, jusqu’au sacrifice physique, qui lui a permis de connaître la paix qu’elle méritait tant.