Stéphane Collaro : “J’ai Cru Tout Perdre” – À 82 Ans, l’Icône du Bébête Show Révèle ses Blessures Secrètes et sa Plus Grande Tristesse

Pour toute une génération, il est le visage hilare des dimanches soirs, le chef d’orchestre déjanté du Collaro Show et le père spirituel des marionnettes politiques qui ont marqué l’histoire de la télévision. Stéphane Collaro, avec ses chemises colorées et son rire communicatif, incarnait la réussite insolente et l’humour libre des années 80. Mais derrière le masque du clown joyeux et de l’animateur à succès se cachait un homme aux blessures profondes, hanté par le sentiment de ne jamais être tout à fait à sa place.

À 82 ans, loin des projecteurs de Paris, Stéphane Collaro brise enfin l’armure. Dans une confession poignante, il revient sur les échecs cuisants, les désastres financiers et la “tristesse immense” qui ont jalonné son parcours, révélant une fragilité que personne n’aurait soupçonnée chez ce géant du divertissement.

Le Poids d’un Héritage Bourgeois

L’histoire commence bien loin des plateaux télé, dans les beaux quartiers de Neuilly-sur-Seine. Né le 20 mai 1943 dans une famille bourgeoise, Stéphane Collaro grandit sous le regard exigeant d’un père industriel prospère, Étienne. Le chemin est tout tracé : il devra faire du droit, réussir dans les affaires, perpétuer le rang social. Mais le jeune Stéphane échoue. Ses études de droit à Paris sont un fiasco.

Cet échec initial ne sera pas anodin. Il avoue aujourd’hui avoir porté pendant des décennies le sentiment cuisant d’avoir “déçu ses parents”. Ce rejet silencieux, cette impression de ne pas être à la hauteur des espérances familiales, a creusé en lui une faille narcissique que même des millions de téléspectateurs n’ont jamais totalement réussi à combler. “Tonton Mayonnaise”, le personnage naïf qui le révèle dans Le Petit Rapporteur, était peut-être une manière de rire de cette inadéquation au monde sérieux des adultes.

La Gloire, puis l’Oubli : La Cruauté du Show-Business

Si les années 80 sont celles du triomphe absolu avec Cocoboy et le Bébête Show, la chute n’en est que plus rude. Le monde de la télévision est impitoyable : quand la lumière s’éteint, le téléphone cesse de sonner. Après son départ pour La Cinq en 1987 et l’échec d’émissions comme Mondo Dingo, Stéphane Collaro découvre l’amertume du “has-been”.

Il confie avec une honnêteté désarmante avoir passé de “longues nuits seul à repenser à ses jours de gloire”, pleurant sur un statut perdu. Être catalogué comme “passé de mode” a été un coup terrible pour son estime de soi. L’homme qui faisait la pluie et le beau temps sur TF1 s’est retrouvé soudainement spectateur de sa propre obsolescence, une blessure narcissique que l’argent n’a pas suffi à panser.

Le Rêve Brisé de Saint-Martin

Cherchant à se réinventer loin des caméras, Collaro se tourne vers l’hôtellerie et l’immobilier à Saint-Martin, aux Antilles. Il y investit son argent et son énergie, espérant trouver dans ce paradis tropical la paix qui lui échappe. Mais le destin s’acharne. En 2017, l’ouragan Irma dévaste l’île, et avec elle, les propriétés et les espoirs de l’animateur.

Ce n’est pas seulement un désastre financier ; c’est un effondrement personnel. Voir son œuvre détruite par les éléments, se retrouver à gérer des ruines plutôt que des palaces, a réactivé ce sentiment d’échec qui le poursuit depuis sa jeunesse. De star de la télé à homme d’affaires luttant pour sa survie, la transition a été violente, brutale.

Un Héritage en Demi-Teinte

Pourtant, malgré ces “tristesses accumulées”, la carrière de Stéphane Collaro reste exceptionnelle. Du journalisme sportif à l’ORTF où il a côtoyé les pilotes de rallye, à la création d’un genre télévisuel unique mêlant satire politique et divertissement populaire, il a marqué son époque.

Aujourd’hui, il regarde ce passé avec une lucidité nouvelle. Il accepte que sa vie soit un mélange de “grands succès et d’échecs cuisants”. Il n’est plus dans la course, plus dans la séduction. À 82 ans, Stéphane Collaro nous offre peut-être sa plus belle émission : celle de la vérité nue, celle d’un homme qui admet que derrière les rires enregistrés, il y avait parfois des larmes bien réelles. Une leçon d’humilité qui résonne bien au-delà du petit écran.