« Qu’on leur foute la paix » : Pourquoi Brigitte Bardot a refusé le caveau familial pour une tombe secrète à La Madrague

C’est le dernier acte d’une vie menée tambour battant, le point final d’une existence vouée à la liberté absolue et à la protection des siens. Alors que la France et le monde pleurent la disparition de Brigitte Bardot, survenue ce dimanche 28 décembre 2025 à l’âge de 91 ans, les détails de ses obsèques commencent à émerger, révélant une femme qui, jusqu’à son dernier souffle, a voulu tout contrôler. Loin des hommages nationaux et du faste parisien, BB a choisi de retourner à la terre dans son sanctuaire inviolé : La Madrague. Mais derrière ce choix bucolique se cache une décision motivée par une crainte viscérale, exprimée avec la franchise légendaire qui a fait sa signature.

Un repos éternel au milieu de ses bêtes

Brigitte Bardot ne reposera pas au célèbre cimetière marin de Saint-Tropez, pourtant dernière demeure de nombreuses célébrités et de sa propre famille. Non, l’icône a obtenu, fait rarissime, l’autorisation exceptionnelle des autorités préfectorales pour être inhumée dans sa propriété privée.

Dans son ouvrage testamentaire Larmes de combat, paru en 2018 aux éditions Plon, et lors d’entretiens accordés au journal Le Monde, elle avait déjà dessiné les contours de cet ultime voyage. « Je serai enterrée dans le jardin », confiait-elle alors. Elle avait choisi un « petit coin proche de la mer », un lieu caché des regards indiscrets mais intime, « près des tombes de mon petit cimetière animal ».

Cette proximité avec ses compagnons à quatre pattes n’est pas un hasard. Pour celle qui a voué la seconde moitié de sa vie à la cause animale, reposer parmi eux est l’aboutissement logique de son combat. C’est une manière de dire que sa véritable famille, celle du cœur, incluait autant les humains que les bêtes qu’elle a sauvées. Ce lieu, elle l’avait choisi « avec conscience », bien qu’elle avouait éviter de s’y rendre de son vivant, saisie par une « sensation étrange » à l’idée de contempler sa propre fin. « Visiter ma tombe avant d’y être, ce serait comme être face à ma propre disparition », écrivait-elle.

La peur des “hordes” destructrices

Mais pourquoi avoir tourné le dos au caveau familial où reposent ses parents, Anne-Marie Mucel et Louis Bardot, ainsi que ses grands-parents ? La raison est brutale, pragmatique et terriblement touchante. Brigitte Bardot ne voulait pas que sa célébrité, ce monstre qu’elle a fui en 1973, vienne souiller le repos de ses ancêtres.

Avec ses mots à elle, sans filtre, elle avait expliqué sa décision radicale : « Je préfère reposer là, à La Madrague, plutôt que dans le cimetière de Saint-Tropez où une foule de connards risquerait d’abîmer la tombe de mes parents et de mes grands-parents. » La phrase claque comme une gifle. Elle témoigne de la lucidité de la star face à la folie médiatique et au fanatisme qui l’ont poursuivie toute sa vie.

Elle craignait les dégradations, les graffitis, les piétinements, le bruit. Elle redoutait que l’amour étouffant de son public ne se transforme en vandalisme involontaire. « Je veux qu’on leur foute la paix », avait-elle martelé. Ce choix d’isolement est donc, paradoxalement, un acte d’amour filial. En s’éloignant d’eux physiquement, elle les protège symboliquement. Elle attire les projecteurs – même éteints – sur La Madrague, forteresse imprenable, pour laisser le cimetière marin dans la quiétude qu’il mérite.

La Madrague, le seul écrin possible

La Madrague n’était pas seulement une maison de vacances ; c’était sa peau, sa carapace. Acquise alors qu’elle était au sommet de sa gloire, cette bâtisse les pieds dans l’eau a vu la star se métamorphoser en militante. C’est là qu’elle s’est reconstruite, loin des plateaux de cinéma. Il était impensable pour elle de finir ailleurs.

Les formalités administratives, souvent complexes pour les inhumations en terrain privé, avaient été réglées de longue date. Bardot, prévoyante, avait tout organisé pour que son départ ne soit pas un fardeau logistique pour ses proches, mais l’exécution d’une volonté claire. C’est donc là, bercée par le ressac de la Méditerranée et le chant des cigales, qu’elle va rejoindre l’éternité.

Une fin en accord avec sa légende

En choisissant son jardin plutôt qu’un monument public, Brigitte Bardot envoie un dernier message au monde. Elle rappelle qu’elle n’appartient à personne, si ce n’est à la nature. Sa tombe ne sera pas un lieu de pèlerinage pour touristes curieux ; elle restera un sanctuaire privé, inaccessible, à l’image de la vie qu’elle s’est efforcée de bâtir ces cinquante dernières années.

Aujourd’hui, alors que Bernard d’Ormale et ses proches se recueillent dans l’intimité de cette propriété mythique, on ne peut s’empêcher de penser que BB a réussi sa sortie. Elle part comme elle a vécu : libre, rebelle, et farouchement protectrice de ceux qu’elle aime. Le mythe est désormais scellé sous la terre de Saint-Tropez, mais l’esprit de Brigitte, lui, continuera de souffler sur la Madrague, indomptable à jamais.