Patrick Dupond : « Je ne pardonnerai jamais ». Les 5 blessures secrètes et la liste noire de l’Étoile déchue

C’est une tragédie grecque qui s’est jouée sous les ors de la République, loin des regards, dans le silence feutré des coulisses où les pointes claquent comme des coups de fouet. Patrick Dupond, l’icône absolue, le gamin de Paris devenu le roi du monde, est parti en emportant avec lui un cœur lourd, chargé de rancunes tenaces et de douleurs jamais apaisées. Si la France pleure encore son “Danseur Étoile”, peu connaissent la véritable noirceur des dernières années de sa vie. Derrière le sourire médiatique et la résilience affichée aux côtés de sa compagne Leïla Da Rocha, Patrick Dupond nourrissait une amertume profonde envers ceux qui l’avaient, selon lui, sacrifié.

L’ascension fulgurante et le début de la fin

Pour comprendre la violence de la chute, il faut mesurer la hauteur du sommet. Patrick Dupond n’était pas seulement un danseur ; il était la Danse. Élève du sévère Max Bozzoni, il entre à l’Opéra, gravit les échelons à une vitesse supersonique et devient Étoile à 21 ans. Il a tout : la grâce, la gueule, le charisme. Il danse avec Sylvie Guillem, collabore avec Alvin Ailey, Maurice Béjart. Il est intouchable.

Pourtant, dès sa nomination comme directeur du ballet de l’Opéra de Paris en 1990, le poison s’infiltre. L’artiste libertaire se heurte au mur de l’administration. Il veut dépoussiérer la “Grande Boutique”, mais l’institution, rigide et centenaire, le rejette. En 1997, le couperet tombe : il est licencié pour “insubordination”. Officiellement, une histoire d’absence injustifiée. Officieusement, une exécution politique. « On m’a claqué la porte au nez », répétera-t-il inlassablement, le regard hanté par cette injustice. C’est la première trahison, celle de sa “maison”, celle qu’il ne pardonnera jamais.

La liste des ombres : Noureev, Béjart et le silence des pairs

Le titre de cette vidéo évoque “cinq personnes” qu’il ne pardonnera jamais. Si Patrick Dupond n’a jamais dressé de liste publique numérotée, l’analyse de ses confidences et de son parcours dessine clairement les silhouettes de ceux qui l’ont blessé mortellement.

Il y a d’abord l’ombre écrasante de Rudolf Noureev. Le mentor, le génie, mais aussi le tyran. Leurs relations étaient orageuses, faites d’admiration et de conflits violents sur la discipline et l’ego. Dupond a souffert de cette intransigence qui frisait parfois la cruauté psychologique. Il y a ensuite Maurice Béjart, un autre géant avec qui la collaboration fut aussi sublime que douloureuse. Ces figures paternelles de la danse l’ont construit autant qu’elles l’ont consumé.

Mais le plus douloureux fut peut-être le silence de ses pairs. Lorsqu’il est licencié, puis lorsqu’il se brise le corps dans ce terrible accident de voiture en 2000, le téléphone ne sonne plus. Où sont les amis ? Où est Sylvie Guillem, sa partenaire de légende ? Le documentaire évoque un « silence respectueux mais glacial ». Pour un homme qui marchait à l’affect, ce silence a été vécu comme un abandon pur et simple. « J’ai attendu des excuses pendant toutes ces années, elles ne viendront jamais », lâchera-t-il, amer, peu avant sa fin.

2017 : Le scandale de l’aveu et la curée médiatique

Comme si les blessures du passé ne suffisaient pas, Patrick Dupond s’est infligé une nouvelle plaie en 2017. Dans une interview, il prononce cette phrase qui fera l’effet d’une bombe : « L’homosexualité, c’était une erreur. »

Le monde s’effondre autour de lui. Les associations s’indignent, ses fans ne comprennent pas. Lui tente maladroitement d’expliquer qu’il parle de son parcours, de sa quête de paternité manquée, de sa rédemption auprès de Leïla. Mais la machine médiatique et les réseaux sociaux ne font pas de détails. On le traite de traître, d’ingrat. Il se sent une nouvelle fois incompris, jugé par cette époque qui ne pardonne aucun écart de langage. Cette polémique a creusé un peu plus le fossé entre lui et le milieu culturel parisien, qui l’a alors définitivement ostracisé.

L’accident, l’alcool et la résurrection manquée

Il ne faut jamais oublier l’homme derrière la polémique. En 2000, après son accident, les médecins lui avaient dit qu’il ne marcherait plus. Il a déjoué les pronostics, mais à quel prix ? Des années de morphine, une plongée sombre dans l’alcoolisme pour faire taire la douleur physique et morale. « Je me suis noyé dans l’alcool, j’ai voulu mourir plusieurs fois », avouera-t-il.

Sa rencontre avec Leïla Da Rocha a été sa bouée de sauvetage. Elle lui a offert un refuge, une école à Soissons, loin du microcosme parisien toxique. Là-bas, il a pu transmettre, aimer, revivre. Mais le corps, cette “cathédrale” comme il l’appelait, était lézardé de partout.

Une fin dans le silence et le mépris

La fin de Patrick Dupond est à l’image de sa vie : flamboyante dans l’intimité, tragique dans sa relation au monde officiel. Lorsqu’il s’éteint en mars 2021 d’une “maladie fulgurante” (probablement un cancer gardé secret), l’Opéra de Paris publie un communiqué jugé glacial par ses proches. Pas d’hommage grandiose immédiat, pas de cérémonie à la hauteur du mythe. Juste quelques mots administratifs.

C’était l’ultime affront. Celui qui confirme qu’il avait raison de ne pas pardonner. Patrick Dupond est mort avec le sentiment d’avoir été “jeté” par la scène qui l’avait élevé. Il laisse derrière lui une leçon cruelle sur la gloire : elle vous brûle les ailes et vous laisse seul quand la lumière s’éteint. Mais dans le cœur du public, et dans les yeux des élèves de Soissons, il reste cette Étoile filante, indomptable, qui a préféré brûler que de s’éteindre à petit feu dans la conformité.