Nana Mouskouri a 90 ans : Elle révèle enfin l’identité du dernier homme de sa vie et ses regrets déchirants

C’est une voix de cristal qui a bercé des générations, une silhouette reconnaissable entre mille avec ses lunettes à monture noire et sa longue chevelure d’ébène. Nana Mouskouri, née en Crète en 1934, vient de franchir le cap symbolique des 90 ans. Avec plus de 200 millions d’albums vendus à travers le monde et une carrière s’étendant sur six décennies, elle est l’une des artistes les plus prolifiques de l’histoire. Mais derrière cette gloire internationale et ce sourire bienveillant, se cache une femme marquée par les épreuves, la guerre et une quête éperdue d’amour et de stabilité. Aujourd’hui, avec la sérénité du grand âge, l’icône grecque accepte de lever le voile sur les chapitres les plus intimes de son existence, révélant notamment l’importance cruciale de l’homme qui partage ses vieux jours.

L’enfance volée par la guerre

Pour comprendre la mélancolie qui a souvent habité Nana Mouskouri, il faut remonter à ses origines. Née à La Canée, en Crète, elle grandit dans une pauvreté extrême, sous l’ombre menaçante de l’occupation nazie durant la Seconde Guerre mondiale. Fille d’un projectionniste et d’une ouvreuse de cinéma, elle connaît la faim, la peur et l’insécurité.

« Il y avait des moments où ma sœur et moi devions chanter pour oublier notre faim », confie-t-elle. Ces années sombres ont ancré en elle une peur viscérale de la perte, le sentiment que tout peut basculer en une seconde. Lorsque son père a été envoyé aux travaux forcés, la petite Nana s’est retrouvée livrée à elle-même avec sa mère, forgeant un caractère résilient mais une âme inquiète.

Le drame qui a failli briser sa voix

Avant même de devenir une star, Nana Mouskouri a failli tout perdre. À l’adolescence, un diagnostic médical tombe comme un couperet : une tumeur sur les cordes vocales. Les médecins sont formels, une opération est nécessaire, mais le risque de perdre sa voix est immense. Pour la jeune fille qui ne vit que pour le chant, c’est un cauchemar. Elle passera des mois à prier, refusant l’intervention, cherchant désespérément une alternative. Par miracle, et grâce à une rééducation vocale acharnée, elle guérit sans chirurgie. Cette épreuve lui laissera une conscience aiguë de la fragilité de son don, considérant chaque concert comme une bénédiction.

Pourtant, les obstacles ne s’arrêtent pas là. Au conservatoire d’Athènes, ses professeurs jugent sa voix “trop faible” pour l’opéra et lui conseillent d’abandonner. Un rejet brutal qui la poussera vers le jazz et la musique populaire, mais qui laissera une cicatrice profonde sur son estime d’elle-même.

L’échec du premier amour et la culpabilité maternelle

La vie sentimentale de Nana Mouskouri a longtemps été sacrifiée sur l’autel de sa carrière. Son premier mariage avec le musicien Georges Petsilas, débuté en 1961, semblait idéal. Ensemble, ils ont eu deux enfants, Nicolas et Hélène. Mais le succès dévorant de la chanteuse, ses tournées incessantes aux quatre coins du globe, ont eu raison de leur union. Georges, vivant dans l’ombre de sa femme, et Nana, épuisée par la distance, finissent par divorcer en 1975.

Ce divorce reste pour elle “son plus grand échec personnel”. La chanteuse avoue avoir été hantée par la culpabilité de ne pas être assez présente pour ses enfants, sacrifiant sa vie de famille pour son public. Les années qui ont suivi cette séparation furent marquées par une profonde solitude, malgré les foules qui l’acclamaient chaque soir.

André Chapelle : Le dernier homme de sa vie

Il aura fallu attendre l’aube de ses 70 ans pour que Nana Mouskouri trouve enfin l’apaisement total. L’homme providentiel n’était pas un inconnu, mais son producteur et ami de toujours, André Chapelle. Présent à ses côtés depuis trois décennies, c’est lui qui avait orchestré ses plus grands succès comme Je chante avec toi Liberté.

En 2003, à l’âge de 69 ans, Nana épouse André. Ce mariage tardif n’est pas un coup de tête, mais l’aboutissement d’une relation fondée sur le respect, la patience et une compréhension mutuelle profonde. « Il m’a aidée à retrouver la joie de vivre », admet-elle. André est cet homme de l’ombre, calme et réfléchi, qui a su lui apporter la stabilité qui lui manquait tant. Vivant désormais paisiblement à Genève, le couple incarne une forme d’amour mature, fait de camaraderie et de soutien indéfectible. À 90 ans, Nana reconnaît en André le véritable compagnon de son âme, celui qui lui a permis de vieillir sans peur.

L’exil, cette blessure ouverte

Malgré cet amour tardif, une tristesse persiste. Celle de l’exil. Partie très tôt pour conquérir Paris, Londres et New York, Nana Mouskouri a toujours ressenti un déchirement vis-à-vis de sa Grèce natale. Dans ses mémoires, elle écrit avec émotion qu’elle se sentait parfois “comme une étrangère” en revenant sur sa propre terre. Le temps et la distance avaient érodé les liens, et la mort de sa mère pendant qu’elle était au sommet de sa gloire a ajouté au sentiment de ne pas avoir été assez là pour les siens.

De plus, son silence durant la dictature des colonels en Grèce (1967-1974), motivé par la peur des représailles sur sa famille restée au pays, lui a valu des critiques acerbes. Une culpabilité politique qu’elle a longtemps portée comme un fardeau, elle qui chantait la liberté sur toutes les scènes du monde.

Aujourd’hui, Nana Mouskouri regarde son passé avec lucidité. Elle ne cache plus ses failles, ses regrets ni ses peurs. À 90 ans, “l’étoile” ne brille pas seulement par sa voix, mais par son humanité touchante, prouvant qu’il n’est jamais trop tard pour trouver la paix et reconnaître l’amour qui nous a sauvés.