Mylène Farmer : La fin de l’amour secret et la terrible vérité sur sa peur de l’abandon

C’est une phrase murmurée, presque inaudible, glissée au détour d’un documentaire crépusculaire, L’Ultime Création. « J’ai lâché prise parce que je n’ai plus peur d’être abandonnée. » À 63 ans, Mylène Farmer, la star la plus secrète, la plus insaisissable et la plus protégée de France, a fendu l’armure. Ce n’était pas une simple confidence de diva, mais l’aveu d’une blessure originelle qui a dicté chaque instant de sa vie, chaque note de sa musique et chaque silence de sa carrière.

Aujourd’hui, alors que les rumeurs de sa séparation avec Benoit Di Sabatino se confirment à demi-mot, cet aveu prend une résonance tragique. L’icône rousse, qui a chanté le désenchantement comme personne, se retrouve face à ce qu’elle a toujours redouté : le vide après l’amour.

Benoit Di Sabatino : Vingt ans d’un amour invisible

Pour comprendre le séisme intime que traverse Mylène Farmer, il faut mesurer la place qu’occupait Benoit Di Sabatino. Leur histoire est une anomalie dans le monde du show-business : elle a duré près de vingt ans sans jamais exister publiquement. Pas de tapis rouges, pas de couvertures de magazines, pas de déclarations enflammées sur Instagram. Juste une photo, une seule, volée lors des obsèques de Jean Rochefort en 2017, montrant deux silhouettes sombres et unies dans la douleur.

Tout a commencé au début des années 2000. Mylène cherche un réalisateur pour le clip animé de “C’est une belle journée”. Elle rencontre Benoit, producteur et spécialiste de l’animation. Le coup de foudre n’est pas physique, il est spirituel. Benoit devient son ancrage. Là où Mylène est éthérée, mélancolique et “perchée”, Benoit est terrien, solide, rassurant. Il est le calme dans sa tempête intérieure.

Pendant deux décennies, il a été le gardien du temple, réalisant pour elle des clips intimes comme “L’amour n’est rien” ou “Appelle mon numéro”. Mais cet équilibre fragile semble s’être rompu. En 2024, dans une interview accordée à Gala, Mylène Farmer lâche une phrase terrible de lucidité : « Quand on se rend compte qu’on ne s’aime plus, il faut avoir la force de le dire sans blesser l’autre. » Elle ajoute vivre désormais avec un “capucin”, un petit singe. Une boutade tendre qui masque à peine une solitude retrouvée et assumée.

L’abandon : Le fil rouge sang de sa vie

Pourquoi cette rupture résonne-t-elle si fort ? Parce que l’abandon est le démon personnel de Mylène Farmer. Cette peur ne date pas de ses amours adultes, elle remonte à l’enfance. Née au Québec, elle a été “arrachée” à sa terre natale à l’âge de 8 ans pour revenir en France. Ce déracinement a créé une faille béante. « Je me sens toujours un peu étrangère », a-t-elle souvent dit.

Toute sa carrière peut se lire comme une tentative désespérée de conjurer ce sort. Elle contrôle tout, du moindre éclairage de scène à la moindre virgule de ses interviews, non par tyrannie, mais par peur. Lâcher prise, c’est risquer de tomber. S’attacher, c’est risquer d’être quittée.

Ses textes sont hantés par l’exil, la perte, le départ. De “Maman a tort” à “Ainsi soit je”, elle chante ce qu’elle redoute. Et l’ironie cruelle de sa vie est que plus elle est aimée par des millions de fans, plus elle se sent seule une fois le rideau tombé. « Quand les gens partent, je me sens vide », confie-t-elle. Ce vide, c’est l’écho de l’abandon.

De Laurent à Benoit : Aimer pour ne pas mourir

Avant Benoit, il y avait eu Laurent Boutonnat. Son Pygmalion, son double, son âme sœur artistique des années 80. Leur relation était fusionnelle, créatrice, mais aussi destructrice. L’échec cuisant de leur film Giorgino en 1994 avait sonné le glas de leur intimité amoureuse, précipitant Mylène dans un exil californien pour se reconstruire.

Laurent était le feu et la passion morbide ; Benoit était la terre et l’apaisement. Deux manières d’aimer, deux manières de tenter de combler le manque. Mais la fin de son histoire avec Benoit prouve une chose triste et belle à la fois : on ne guérit jamais vraiment de son enfance. Même l’amour le plus stable, le plus discret, le plus protecteur finit par s’éroder face à l’angoisse du temps qui passe.

Une solitude peuplée de fantômes

Aujourd’hui, Mylène Farmer semble avoir atteint une forme de sagesse mélancolique. Elle n’est plus dans la tragédie, mais dans l’acceptation. En disant ne plus avoir peur d’être abandonnée, elle ne dit pas qu’elle ne sera plus jamais seule. Elle dit qu’elle a apprivoisé sa solitude.

Elle vit désormais entourée de ses animaux, de ses souvenirs et de son art. Le départ de Benoit Di Sabatino n’est pas un échec, c’est la fin d’un cycle. Pour ses fans, cette nouvelle fragilité la rend encore plus humaine. Derrière la star inaccessible qui remplit des stades en quelques heures, il reste cette petite fille déracinée du Québec qui attend, dans le noir, que quelqu’un lui tienne la main.

La vérité sur Mylène Farmer est là, nue et poignante : sa plus grande histoire d’amour n’est peut-être pas celle qu’elle a vécue avec les hommes, mais celle, douloureuse et magnifique, qu’elle entretient avec l’absence.