« Muse de l’extrême droite » ou « Diva rebelle » : La presse étrangère impitoyable face à la mort de Brigitte Bardot

C’est un miroir brisé que la presse internationale tend à la France en ce lundi 29 décembre 2025. Au lendemain de la disparition de Brigitte Bardot, survenue à l’âge de 91 ans dans sa retraite de La Madrague, les hommages qui fleurissent aux quatre coins du globe sont loin d’être unanimes. Si le monde pleure la perte d’une icône absolue du septième art, il n’oublie pas – et ne pardonne pas toujours – la femme qu’elle était devenue. Entre fascination pour le sex-symbol qui a libéré les corps et répulsion pour la militante aux sympathies d’extrême droite, les éditorialistes étrangers dressent le portrait d’une “idole à trois faces” : lumineuse, animale, et sombrement politique.

La légende intacte du “Mythe BB”

Pour une grande partie de la presse anglo-saxonne et italienne, Brigitte Bardot reste avant tout celle qui a “fait rêver le monde”. Les unes des journaux se parent de noir et blanc, republiant les clichés mythiques de Et Dieu… créa la femme. On célèbre la “diva rebelle”, celle dont la moue boudeuse et la crinière sauvage ont incarné, mieux que quiconque, une certaine idée de la liberté à la française.

Les nécrologies rappellent avec nostalgie cette époque où BB n’était pas encore une recluse, mais une révolutionnaire des mœurs. Elle est décrite comme une force de la nature qui a brisé les corsets d’une société puritaine, une “Marianne” éternelle dont la beauté a traversé les frontières bien avant ses polémiques. Pour ces observateurs, la perte est immense : c’est l’un des derniers monstres sacrés du XXe siècle qui s’éteint, emportant avec elle le glamour des Trente Glorieuses.

Le jugement sévère de l’Europe du Sud

Mais le ton change radicalement dès que l’on franchit les Pyrénées. En Espagne, le quotidien de référence El País se montre particulièrement cinglant, titrant sans détour sur la “muse de l’extrême droite”. Pour le journal madrilène, impossible de dissocier l’actrice de ses “diatribes xénophobes” et de ses attaques répétées contre l’islam qui ont jalonné la seconde moitié de sa vie.

Loin de l’image d’Epinal, la presse espagnole et une partie de la presse allemande dépeignent une “misanthrope sans filtre”, une femme qui, à force de préférer les animaux aux hommes, a fini par détester une partie de l’humanité. On y parle d’une “dérive vers la haine raciale” qui a terni irrémédiablement son aura. Là où la France tente parfois de séparer l’œuvre de l’artiste, les observateurs étrangers, eux, rappellent cruellement que l’icône nationale était aussi devenue une figure de proue d’une droite identitaire, nourrie par ses condamnations judiciaires pour incitation à la haine raciale.

Une “pionnière embarrassante”

C’est peut-être l’expression la plus juste et la plus cruelle, relevée dans plusieurs analyses ce matin : Brigitte Bardot fut une “pionnière embarrassante” de la cause animale. La presse internationale reconnaît son rôle visionnaire dans la défense des bêtes, ce combat qu’elle a mené seule contre tous dès 1973, bien avant que l’écologie ne devienne une préoccupation mondiale.

Cependant, les hommages à la militante sont systématiquement nuancés par le rappel de ses contradictions. Comment celle qui a tant aimé les phoques a-t-elle pu tenir des propos aussi durs envers les humains ? C’est ce paradoxe qui fascine et dérange les journalistes étrangers. Elle est décrite comme une “furie” complexe, capable d’une compassion infinie pour un chien abandonné tout en rejetant violemment les évolutions de la société contemporaine.

Une France orpheline mais divisée

Vu de l’étranger, la mort de Brigitte Bardot est perçue comme la fin d’une anomalie française. Elle était ce monument national intouchable et pourtant infréquentable. Les articles soulignent à quel point elle résumait, à elle seule, les fractures de son pays : une nation capable de produire la beauté la plus universelle et le repli le plus identitaire.

Finalement, la presse étrangère ne dit pas adieu à une seule femme, mais à deux. Elle salue la star qui a illuminé les écrans et fustige la vieille dame qui s’est enfermée dans ses certitudes. En ce jour de deuil, le monde semble s’accorder sur un point : Brigitte Bardot n’aura jamais laissé personne indifférent, réussissant l’exploit d’être, jusqu’à son dernier souffle, aussi aimée que controversée. Une sortie de scène à l’image de sa vie : bruyante, passionnée, et totalement indomptable.