Michèle Mercier, les confessions poignantes d’une icône à 86 ans : Entre la “prison” d’Angélique, la ruine et son ultime combat contre la maladie

Il existe des visages qui hantent la mémoire collective bien après que les projecteurs se sont éteints. Michèle Mercier est de ceux-là. Éternelle “Marquise des Anges”, elle a incarné pour des millions de spectateurs l’idéal de la beauté et de l’audace. Pourtant, à 86 ans, celle qui fut la femme la plus désirée d’Europe vit aujourd’hui dans une retraite paisible mais marquée par la douleur sur les hauteurs de Cannes. Pour la première fois, elle brise le silence et confirme ce que beaucoup soupçonnaient : Angélique fut à la fois sa plus grande bénédiction et sa pire malédiction.
La naissance d’une étoile contrariée
Tout commence à Nice, sous le nom de Jocelyne Mercier. Fille d’un pharmacien de renom, elle était destinée à reprendre les laboratoires familiaux. Mais Jocelyne rêve de mouvement, de rythme, de danse. Contre l’avis de son père, elle devient l’un des plus jeunes “petits rats” de l’Opéra de Nice avant de s’envoler pour Paris. Le destin bascule en 1956 lorsqu’elle rencontre Denys de La Patellière et Michel Audiard. Pour le cinéma, Jocelyne devient Michèle — un hommage à sa petite sœur décédée à l’âge de 5 ans. Elle ne sait pas encore qu’en changeant de nom, elle s’apprête à perdre son identité au profit d’une héroïne de roman.
Le piège doré d’Angélique
En 1964, après les refus de Brigitte Bardot et de Jane Fonda, Michèle Mercier décroche le rôle d’Angélique. Le succès est planétaire, foudroyant. Mais très vite, l’actrice se sent étouffée. “J’ai tout essayé pour lui échapper, mais rien ne fonctionnait”, avoue-t-elle aujourd’hui avec une résignation calme. Enfermée dans ce moule de beauté d’époque, Michèle voit les rôles sérieux s’éloigner. Les producteurs ne voient en elle que la marquise. Pire encore, elle est sous-payée par rapport aux profits colossaux générés par la saga. Sa rébellion contre le système lui vaut d’être étiquetée comme “difficile”.
Une femme de principes face aux prédateurs
Bien avant le mouvement MeToo, Michèle Mercier a vécu la toxicité d’une industrie prédatrice. Elle raconte avec une franchise désarmante avoir craché au visage d’un magnat du cinéma italien qui lui faisait des avances déplacées, ou avoir frappé un producteur parisien trop entreprenant. Ces gestes de dignité ont eu un prix : des mises sur liste noire et des années sans tournage. “J’ai perdu des rôles, oui, mais j’ai gardé mon âme”, affirme-t-elle. Elle a refusé de troquer son intégrité contre de la visibilité, un choix courageux qui définit aujourd’hui son héritage.
Amours tragiques et trahisons financières
Sa vie sentimentale fut un miroir inversé de ses succès à l’écran. Michèle a cherché l’amour et a trop souvent trouvé la déception ou le drame. De son premier mari sombrant dans la folie à son compagnon suisse emporté par un cancer, elle a traversé des deuils successifs. Mais la blessure la plus vive reste la trahison de René Le Porc en 1996. Cet homme, de vingt ans son cadet, l’a spoliée de plus de 400 000 euros, la laissant ruinée au point de devoir vendre ses tableaux et ses costumes de scène. L’escroc, condamné depuis, a fui au Vietnam, laissant derrière lui une femme brisée mais debout.
L’ultime combat : La maladie et l’acceptation
À 86 ans, Michèle Mercier affronte aujourd’hui un mélanome agressif, un cancer de la peau qui la force à vivre dans l’ombre, loin de ce soleil azuréen qu’elle aime tant. Affaiblie par plusieurs chutes et fractures, elle vit désormais entourée de souvenirs dans son refuge cannois. Pourtant, l’amertume a laissé place à une paix profonde. Elle ne fuit plus son double cinématographique. “Je suis Angélique et Angélique c’est moi”, admet-elle enfin. En acceptant cet héritage, elle reprend possession de sa propre histoire. Michèle Mercier reste une légende intacte, une femme qui a aimé, perdu, et survécu, prouvant que la véritable noblesse ne réside pas dans un titre de film, mais dans la force d’un caractère qui n’a jamais plié.
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