Jean-Jacques Goldman à 73 ans : La vérité sur son silence, sa relation secrète avec Johnny Hallyday et son refus d’une fortune colossale

C’est un moment de télévision qui restera gravé dans les annales, une parenthèse suspendue dans le temps comme seul Jean-Jacques Goldman sait en créer. En ce début d’année 2025, la France s’est figée devant son écran. Lui, l’homme de l’ombre, l’ermite magnifique qui avait déserté la scène médiatique depuis plus de vingt ans, est réapparu. Pas de promotion, pas de nouvel album à vendre, juste une nécessité intérieure : celle de briser le silence autour d’un fantôme qui hante la mémoire collective, celui de Johnny Hallyday.

Pendant huit longues années, son absence aux obsèques de la Madeleine avait alimenté toutes les spéculations. Était-ce du mépris ? De l’indifférence ? Une brouille secrète ? À 73 ans, cheveux gris et allure modeste, Jean-Jacques Goldman a choisi le plateau de France 2 et l’interviewer Anne-Sophie Lapix pour livrer sa vérité. Une vérité nue, sans artifice, qui éclaire d’un jour nouveau la relation complexe entre deux monstres sacrés de la chanson française.

“Deux planètes différentes” : La confession honnête

La phrase a claqué comme une évidence, balayant les rumeurs de fausse amitié ou de rivalité. “Nous étions de deux planètes différentes”, a confié Goldman d’une voix calme. Par ces mots, il a défini la distance sidérale qui séparait son univers de celui du Taulier. Goldman, l’intellectuel introverti, fils de résistant, marqué au fer rouge par l’assassinat de son frère Pierre et méfiant envers la lumière ; Hallyday, l’animal de scène, l’homme des excès, brûlant la vie par les deux bouts.

Pourtant, c’est précisément ce fossé qui a rendu leur collaboration sur l’album Gang si miraculeuse. Goldman révèle que Johnny ne cherchait pas un ami pour aller dîner, mais un auteur capable de traduire ses failles. “Il m’a offert sa confiance”, explique-t-il. “Nous ne nous sommes jamais vraiment compris, mais nous nous sommes entendus, c’est mieux.” Il raconte avec émotion la genèse de Je te promets, née d’une confession nocturne où Johnny réclamait “une chanson d’amour qui tienne debout”, cherchant dans les mots de Goldman la stabilité qui fuyait sa propre vie.

En refusant de se rendre aux obsèques nationales, Goldman n’a pas rejeté Johnny. Il a rejeté le spectacle de la mort, cette mise en scène médiatique qui lui est insupportable. “Le silence aussi mérite qu’on l’explique”, a-t-il glissé, réhabilitant la dignité de ceux qui préfèrent se taire quand tout le monde crie.

Le mystère de la disparition

Cette interview historique a également permis de lever le voile sur les raisons profondes de son retrait en 2004. On a tout dit : lassitude, maladie, exil fiscal. La réalité est plus philosophique. Jean-Jacques Goldman a quitté la scène par cohérence. Traumatisé par le destin tragique de son frère et lucide sur la violence du star-système, il a refusé de devenir une caricature de lui-même.

Il évoque avec une franchise rare son départ des Enfoirés, ne supportant plus “la mise en scène de la charité”. Pour lui, l’engagement doit être silencieux pour être vrai. Sa vie aujourd’hui, partagée entre Marseille et Londres, est celle d’un “citoyen qui chante”. Il prend le métro, roule à vélo, porte des vêtements sans marque. Ce n’est pas une posture, c’est une survie. Il a besoin de cette normalité pour ne pas perdre la tête, pour rester fidèle aux valeurs transmises par ses parents immigrés.

L’intégrité face aux millions

Mais ne croyez pas que cette simplicité cache une naïveté en affaires. Jean-Jacques Goldman est assis sur un trésor de guerre : son catalogue de chansons, estimé à plus de 100 millions d’euros. Là où d’autres artistes cèdent leurs droits à des fonds d’investissement américains pour des sommes astronomiques, Goldman a dit non. Le magazine Le Point a révélé qu’il aurait refusé une offre de rachat de 150 millions d’euros de la part d’Universal Music.

Sa réponse est une leçon de vie : “Gagner de l’argent c’est bien, ne pas en dépendre c’est mieux.” Il refuse que ses chansons, nées de l’émotion sincère, deviennent de simples produits financiers servant à vendre du dentifrice ou des assurances. Il protège son œuvre avec une rigueur implacable, non pour l’argent, mais pour l’âme de ses créations. Il a d’ailleurs déjà tout organisé pour sa succession, via une structure transparente à Londres, assurant l’avenir de ses six enfants sans sacrifier son éthique.

Un héritage moral

L’impact de cette réapparition a été foudroyant. Dès le lendemain, ses albums, notamment Entre gris clair et gris foncé, sont remontés en tête des ventes. La France a redécouvert pourquoi elle a élu cet homme “personnalité préférée” année après année, malgré son silence. Ce n’est pas seulement pour ses mélodies, c’est pour ce qu’il incarne : une forme de résistance morale à l’époque.

Dans un monde où tout s’expose, où tout se vend, où le bruit est roi, Jean-Jacques Goldman rappelle que la discrétion est une vertu et que l’intégrité n’a pas de prix. En repartant dans l’ombre juste après l’émission, sans rien promettre, sans rien vendre, il a signé son plus beau geste d’artiste. Il nous laisse avec cette certitude apaisante : on peut être une légende vivante sans avoir besoin de briller sous les projecteurs. Le silence de Goldman n’est pas un vide, c’est un plein de sens.