« Je ne peux plus jouer » : La tragédie de Phil Collins, l’homme qui a tout perdu sauf sa voix

C’est l’histoire d’un paradoxe cruel. Celle d’un homme qui a vendu plus de 150 millions de disques, qui a transformé chaque émotion en or massif, mais dont la vie personnelle ressemble à une succession de catastrophes grecques. Phil Collins, le titan de la pop, le batteur virtuose de Genesis, n’est plus que l’ombre de lui-même. Derrière les tubes planétaires comme In the Air Tonight ou Another Day in Paradise, se cache un homme brisé par la maladie, ravagé par l’alcool et trahi par ceux qu’il a aimés. Loin des paillettes des années 80, la réalité actuelle de la star est un huis clos douloureux où le silence a remplacé le fracas des batteries.

Le silence des mains : le deuil d’une passion

Pour un musicien, perdre l’usage de ses mains est une petite mort. Pour Phil Collins, considéré comme l’un des meilleurs batteurs de l’histoire, c’est une amputation de l’âme. Tout a basculé en 2007, lors d’une tournée de réunion avec Genesis. Une vertèbre luxée, une opération, et le verdict tombe, irrévocable : des lésions nerveuses l’empêchent désormais de tenir ses baguettes. « Il m’est impossible de jouer », a-t-il dû admettre, le cœur lourd.

Imaginez la torture : regarder une batterie, cet instrument qui fut le prolongement de son corps, et ne plus pouvoir en tirer le moindre son. Ce handicap physique a été le premier domino d’une chute vertigineuse. Privé de son exutoire, déconnecté d’une industrie qui ne jurait que par la jeunesse, Collins a annoncé sa retraite en 2011. Il pensait trouver la paix ; il a trouvé le vide.

L’alcool comme seul compagnon

La retraite s’est transformée en piège. « J’avais trop de temps libre et un grand vide à combler », confesse-t-il. Ce vide, laissé par l’absence de ses enfants partis vivre loin de lui, il a tenté de le noyer dans la vodka. La descente fut brutale. Lui qui avait traversé les années “sexe, drogue et rock’n’roll” sans excès majeurs s’est retrouvé, à 55 ans, alcoolique au dernier degré.

Son corps a lâché. Une pancréatite aiguë a failli l’emporter, les médecins lui donnant peu de chances de survie. Mais Phil Collins a survécu, non sans séquelles. Aujourd’hui, il marche avec une canne, le pied traînant, le dos en compote, victime de chutes à répétition qui glacent le sang de ses fans à chaque apparition publique. L’image de la star assise sur une chaise pendant ses concerts, incapable de se lever, est devenue le symbole poignant de sa résilience, mais aussi de sa fragilité extrême.

Trahisons et guerres conjugales

Si la douleur physique est insupportable, la douleur émotionnelle, elle, est dévastatrice. La vie sentimentale de Phil Collins est un champ de ruines. Trois mariages, trois divorces retentissants qui lui ont coûté une fortune et sa réputation. On se souvient de l’affaire du fax de rupture – qu’il nie, mais qui lui colle à la peau – ou des batailles juridiques homériques.

Mais le coup de grâce est venu d’Orianne Cevey, sa troisième épouse. Après un divorce acrimonieux en 2008 (l’un des plus chers de l’histoire britannique), ils s’étaient retrouvés en 2015, vivant à nouveau sous le même toit à Miami. Phil y croyait. Pourtant, en 2020, alors qu’il était en Europe, Orianne s’est remariée en secret… dans la propre maison de Phil, avec un autre homme ! S’en est suivi une occupation des lieux digne d’un mauvais film, avec gardes armés et changement de codes, Orianne réclamant la moitié de la demeure à 40 millions de dollars. Pire encore, elle a bradé les disques d’or et les trophées de la star aux enchères. Une humiliation publique, une trahison intime qui a laissé le chanteur « anéanti ».

« Je voulais m’effacer du scénario »

À quel point peut-on souffrir avant de vouloir tout arrêter ? Phil Collins a frôlé le point de non-retour. Dans ses moments les plus sombres, il a avoué avoir envisagé le suicide. « Je pensais parfois à écrire la fin du personnage de Phil Collins », dit-il. Une overdose, quelque chose qui ne fait pas mal, juste pour que le noir s’installe. Seule la pensée de ses enfants l’a retenu au bord du précipice.

Ses enfants, justement, avec qui les liens ont été si difficiles à tisser. Sa fille, l’actrice Lily Collins, lui a écrit une lettre ouverte bouleversante, lui pardonnant ses absences répétées : « Je te pardonne de ne pas avoir été le père que j’espérais. » Des mots qui soignent, mais qui soulignent aussi l’immense solitude de l’artiste.

Un colosse aux pieds d’argile

Aujourd’hui, Phil Collins est un survivant. Il a tout eu, et il a payé le prix fort. Il reste l’un des artistes les plus talentueux de sa génération, mais il est aussi l’homme qui regarde ses prix vendus par celle qu’il aimait, l’homme qui ne peut plus jouer de son instrument, l’homme qui a failli s’effacer.

Sa tragédie est celle d’un homme ordinaire doté d’un talent extraordinaire, broyé par la machine à rêves qu’il a contribué à construire. Quand on écoute Against All Odds aujourd’hui, les paroles prennent une résonance terrible. Phil Collins est toujours là, contre toute attente, mais le regard qu’il porte sur son passé est celui d’un homme qui a compris que la gloire ne protège de rien, et surtout pas du malheur.