« Je lui pardonnerai jamais » : Face au ‘Monstre’, la Mère de Lola Livre le Combat Intime d’une Dignité Inviolable

La Dignité face à l’Abomination : Delphine Daviet Choisit la Mémoire de Lola Contre l’Ombre du ‘Monstre’

Plus d’un an après l’effroi qui a saisi la France entière et un mois après le verdict historique, la mère de la petite Lola Daviet a choisi de prendre la parole, une fois de plus, pour offrir un nouveau témoignage d’une profondeur et d’une dignité rares. Face à Audrey Crespo-Mara, dans le cadre du “Portrait de la semaine” de l’émission Sept à Huit, Delphine Daviet a livré un entretien qui n’est pas seulement un récit de deuil, mais une véritable leçon de courage et de résistance psychologique. Ses mots, empreints d’une pudeur saisissante, sont ceux d’une mère qui, loin de se laisser consumer par la haine, a fait le choix radical de sanctuariser la mémoire de sa fille et d’exclure à jamais l’ombre de son bourreau de sa vie.

Le 24 octobre 2025 restera une date majeure dans l’histoire judiciaire française. Dahbia Benkired, l’auteure du meurtre atroce de Lola, 12 ans, a été condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité incompressible. Cette peine, la plus lourde prévue par le droit français, symbolise un rempart législatif qui empêche tout aménagement de peine avant trente ans, un signal fort de l’institution face à l’horreur des faits. Mais si la justice des hommes a parlé avec la plus grande fermeté, la justice du cœur, celle de la famille Daviet, demeure une blessure ouverte, une quête infinie de sens et de paix.

C’est dans cet espace intime, entre la sentence juridique et la souffrance personnelle, que Delphine Daviet s’est exprimée. Son apparition à l’écran, marquée par une tenue sobre et un regard empreint d’une tristesse infinie mais non dénuée de force, a immédiatement captivé. Elle n’est pas apparue comme une femme brisée cherchant la vengeance, mais comme une guerrière silencieuse, dont la bataille n’est plus contre le système, mais contre l’anéantissement intérieur.

Le Refus de la Haine, un Acte de Survie

L’une des déclarations les plus fortes de Delphine Daviet concerne son rapport à la haine et au pardon. Interrogée sur sa capacité à accorder la clémence à la meurtrière de sa fille, sa réponse est tranchante, définitive : « Je lui en veux. Je lui pardonnerai jamais. » Ce refus est absolu, inébranlable, ancré dans l’inconcevable nature du crime—torture, viol et meurtre d’une enfant. Mais au-delà de ce rejet, elle dévoile une stratégie psychologique de survie d’une maturité déconcertante pour une personne ayant traversé un tel drame.

Elle explique lucidement pourquoi elle refuse d’entretenir la haine : « Est-ce qu’avoir de la haine est nécessaire ? Ça va, tout compte fait, me bouffer la vie. Je préfère plus ne penser à elle. Elle ne le mérite pas. Je préfère penser qu’à ma fille. »

Ces phrases résonnent comme un manifeste pour la reconstruction. Delphine Daviet comprend intuitivement que la haine est un poison lent qui ne punit pas l’ennemi, mais ronge celui qui le porte. Elle fait le choix conscient de préserver l’espace de son cœur et de son esprit pour la seule entité qui compte : le souvenir lumineux de Lola. Ce n’est pas un acte de faiblesse ou d’oubli, mais un acte de puissance, celui de reprendre le contrôle de sa propre existence en déniant à la coupable le pouvoir d’occuper ses pensées. C’est en cela que son témoignage dépasse la simple interview pour devenir un guide de résilience.

Le ‘Monstre’ et le Vide : Quand l’Humanité est niée

Le refus de nommer la meurtrière, Dahbia Benkired, est une autre facette de cette stratégie de protection. Pour Delphine Daviet, prononcer ce nom lui accorderait une existence, une reconnaissance d’humanité qu’elle lui retire totalement. « Je peux pas. Pour moi, je l’ai toujours considérée comme une chose. Le diable, le monstre. Pour moi, il n’y a pas d’autre mot qui peut exister pour elle », affirme-t-elle.

Cette négation n’est pas de la simple colère ; c’est un mécanisme de défense essentiel pour conceptualiser l’inconcevable. Le crime commis par Dahbia B. est perçu comme une rupture totale avec l’humanité, l’apparentant à une force du mal, à une entité démoniaque. En la reléguant au statut de « chose » ou de « monstre », Delphine Daviet protège sa propre psyché contre l’idée qu’un être humain normal ait pu commettre une telle atrocité sur sa fille.

La mère est allée plus loin en évoquant le moment où, lors du procès, leurs regards se sont croisés. L’attente était peut-être de percevoir un signe de remords, une once d’âme. Ce qu’elle a trouvé fut bien plus terrifiant qu’un visage haineux : « Il n’y avait pas d’émotion, il y avait rien du tout dans son regard. » Ce « vide » absolu, ce miroir de l’inhumanité totale, confirme son jugement : la personne qu’elle a croisée n’était plus, à ses yeux, un membre de l’espèce humaine. Ce constat est glaçant, car il suggère que la pire souffrance n’est pas seulement le crime, mais l’absence totale de compréhension, de repentance, ou même d’humanité chez la coupable.

Le Lien Indélébile : Lola, une Partie d’Elle-Même

Le témoignage a pris une tournure encore plus émouvante lorsque la conversation s’est tournée vers Lola elle-même. Dans ces moments, la digue de la pudeur a failli céder, révélant l’ampleur du manque. Delphine Daviet a décrit sa relation avec sa fille comme étant « très fusionnelles. On était même toujours ensemble. Les vacances, au travail… » Cette description de leur quotidien partagé, de cette osmose permanente, rend le vide actuel d’autant plus insupportable. Lola n’était pas seulement sa fille ; elle était une extension d’elle-même, un compagnon constant.

La douleur est verbalisée avec une simplicité dévastatrice : « C’est extrêmement dur pour moi, même si je le montre pas souvent. C’est comme si on m’avait arraché une partie de moi-même. » Cette métaphore de l’arrachement est d’une puissance émotionnelle rare. Elle exprime une amputation non pas physique, mais spirituelle et existentielle. Le deuil n’est pas une simple absence, c’est la perte d’un organe vital, d’une composante essentielle de son identité.

Le chagrin de Delphine Daviet n’est pas tapageur. Il est contenu, digne, mais d’autant plus palpable. Elle porte le poids de cette partie manquante en elle, l’exhibant non pas par des cris, mais par la force tranquille de sa présence et de sa détermination à ne pas laisser le souvenir de Lola être souillé ou éclipsé par la folie de l’autre.

La Reconstruction : Vivre pour Lola, pas Malgré Elle

Un mois après le verdict, et alors que la peine maximale est confirmée, Delphine Daviet évoque son ouverture vers la « reconstruction ». Ce terme est souvent utilisé à la légère, mais dans son cas, il est lourd de sens. Reconstruire ne signifie pas oublier, ni effacer le passé, mais trouver une nouvelle architecture de vie qui intègre la cicatrice sans être dominée par elle.

Son chemin est désormais clair : chaque jour est une victoire contre le mal, une affirmation de la vie en l’honneur de Lola. Elle refuse de donner de l’énergie et du temps à la haine parce que ce serait trahir la légèreté, la joie et l’amour que Lola incarnait. Penser « qu’à ma fille », c’est transformer le deuil en un acte d’amour actif. C’est s’assurer que la vie de Lola, quoique tragiquement courte, continue d’avoir une influence positive et de réchauffer le cœur de ceux qui l’ont aimée.

Ce nouveau témoignage, livré avec une telle sincérité et une telle dignité, est un miroir tendu à la société. Il nous rappelle la fragilité de l’existence, la cruauté aveugle que certains peuvent infliger, mais surtout la capacité infinie de l’esprit humain, et en particulier de l’amour maternel, à trouver une force insoupçonnée dans l’épreuve la plus extrême. Delphine Daviet, par sa pudeur, son refus de la haine stérile et sa détermination à honorer le lien fusionnel qu’elle partageait avec Lola, nous offre plus qu’un récit de faits divers. Elle nous offre un chemin, celui de la dignité, face à l’abomination. Son combat est le plus noble qui soit : celui de la mémoire contre l’oubli, de la lumière contre l’ombre du « monstre ». La France, bouleversée par l’histoire de Lola, se tient à ses côtés dans ce long et douloureux chemin vers une reconstruction que Delphine Daviet mène avec une bravoure exceptionnelle, transformant sa peine en un hymne à l’amour filial éternel.