« Je disparaissais » : La confession bouleversante de Chantal Goya, l’idole qui s’est sacrifiée pour nos enfants

C’est une image d’Épinal qui se fissure, un château de conte de fées dont les murs tremblent sous le poids d’une réalité trop longtemps tue. Chantal Goya, la « fée » de l’enfance française, celle qui a construit un monde où rien de mal ne pouvait arriver, brise aujourd’hui le miroir aux alouettes. À 83 ans, l’interprète de Bécassine et de Pandy Panda ne porte plus seulement le costume de Marie-Rose, mais aussi le poids d’une vie de sacrifices. « Elle est morte », cette illusion de la star intouchable et éternellement joyeuse. À la place, émerge le portrait d’une femme courageuse, usée par le destin, qui avoue enfin ce que nous soupçonnions tous : derrière le sourire, il y avait des larmes.

Le destin volé d’une reporter de guerre

Pour comprendre le drame intime de Chantal Goya, il faut remonter bien avant les projecteurs. Née Chantal de Guerre à Saïgon en 1942, elle a connu l’exil et la peur dès son premier souffle. Loin des robes à volants, la petite fille introvertie et passionnée de littérature ne rêvait pas de scènes illuminées. Son ambition était ailleurs, plus brute, plus réelle : elle voulait être reporter de guerre. Elle voulait témoigner, écrire, parcourir le monde carnet à la main pour documenter la vérité.

Le destin, ou plutôt l’amour, en a décidé autrement. Sa rencontre avec Jean-Jacques Debout et ce remplacement inopiné de Brigitte Bardot en 1975 ont scellé son sort. Du jour au lendemain, la jeune femme qui voulait vivre dans l’ombre et la réflexion s’est retrouvée propulsée icône nationale, “maman” de millions d’enfants. « Je ne voulais pas être connue », a-t-elle avoué récemment. « Je voulais juste vivre tranquillement. » Cette phrase résonne comme un aveu d’échec personnel au milieu d’une réussite publique éclatante. Chantal Goya n’a pas choisi sa vie ; elle l’a subie, acceptant d’endosser un rôle trop grand pour elle par amour et par devoir, laissant la vraie Chantal s’effacer doucement derrière le masque de Marie-Rose.

Le calvaire secret aux côtés de Jean-Jacques Debout

Si le public ne voyait que la féerie, les coulisses, elles, étaient souvent un théâtre de douleur. Jean-Jacques Debout, son mari et Pygmalion, l’homme qui a créé son univers, a traversé des épreuves qui ont failli tout emporter. Lorsqu’il a été frappé par un cancer de la prostate, le compositeur génial a sombré dans un « trou noir » dépressif, cessant d’écrire et de parler.

Pendant que la France chantait Un lapin, Chantal, elle, se battait pour la survie de son couple. Elle est devenue l’infirmière, la psychologue, le pilier inébranlable d’un homme qui s’effondrait. Elle l’a littéralement « kidnappé » à la mort, le forçant à manger, à sortir, à vivre. Sur scène, elle devait sourire ; à la maison, elle devait porter le monde à bout de bras. Elle a caché ses peurs, sa fatigue et sa propre peine pour préserver l’image du bonheur parfait. Ce dédoublement de personnalité, cette obligation de bonheur permanent, est devenu une prison dorée dont elle n’a jamais pu s’évader.

Quand les rêves soutiennent la réalité

Aujourd’hui, à l’aube de ses 84 ans, Chantal Goya remonte sur scène, non pas pour la gloire, mais par nécessité vitale : celle du lien. Mais la magie a désormais un goût doux-amer. Les spectateurs attentifs de sa dernière tournée ont pu remarquer un détail poignant qui en dit long sur sa condition physique. La chanteuse, en proie à des problèmes d’équilibre, s’appuie désormais littéralement sur ses personnages.

C’est une image d’une tristesse et d’une beauté infinies : Chantal Goya, soutenue physiquement par Pandy Panda et Jeannot Lapin pour ne pas tomber. Les créations soutiennent la créatrice. « Ils m’aident à marcher », confie-t-elle avec une humilité désarmante. Elle ne cache plus sa fragilité, ses genoux qui flanchent, son dos qui souffre. Elle assume ce corps qui lâche après avoir tant donné. Le spectacle n’est plus seulement une fête, c’est un acte de résilience, un combat contre le temps où chaque pas est une victoire sur la douleur.

« Je suis devenue quelqu’un d’autre »

La confession ultime de Chantal Goya est celle d’une dépossession. « Je disparaissais », dit-elle. En devenant l’idole des enfants, elle a cessé d’exister pour elle-même. Elle a été enfermée dans une boîte à musique, condamnée à tourner éternellement sur la même mélodie joyeuse, interdiction faite d’avoir des opinions, des colères ou des rides.

Pourtant, malgré les regrets d’une vocation journalistique avortée et les épreuves familiales, il reste une fierté : celle d’avoir tenu. Chantal Goya n’a peut-être pas raconté la guerre, mais elle a mené la sienne, silencieuse et digne, pour apporter de la lumière dans les chambres d’enfants. Aujourd’hui, elle demande simplement à être vue non plus comme une marionnette, mais comme une femme, avec ses cicatrices et sa fatigue. Une femme qui, pour la première fois, ose dire que le costume était parfois trop lourd à porter.