“J’ai giflé le réalisateur au visage” : La Vérité Explosive de Sharon Stone sur la Scène de Basic Instinct qui a Changé Hollywood pour Toujours

“Je suis allé dans la salle de projection, j’ai giflé le réalisateur Paul au visage, je suis parti, je suis monté dans ma voiture et j’ai appelé mon avocat.” Cette phrase, lancée des décennies après les faits par Sharon Stone dans son autobiographie, n’est pas une simple anecdote de tournage. C’est l’onde de choc d’une explosion dont l’épicentre a secoué Hollywood en 1992 et dont les répliques se font encore sentir aujourd’hui. L’incident en question ? Le tournage de la scène la plus célèbre, la plus controversée et la plus débattue du thriller érotique Basic Instinct.

Ce moment, un simple croisement et décroisement de jambes dans une salle d’interrogatoire, a catapulté Sharon Stone au rang de superstar mondiale. Il a aussi cristallisé un débat de plusieurs décennies sur le consentement, la manipulation et les dynamiques de pouvoir toxiques au cœur de l’industrie cinématographique. Car derrière l’image iconique de la fatale Catherine Tramell se cache une histoire bien plus sombre, une histoire de trahison présumée, de confiance brisée et d’autonomie volée.

Pour comprendre la déflagration, il faut remonter au contexte. Au début des années 90, le scénario de Joe Eszterhas pour Basic Instinct est le plus “brûlant” d’Hollywood. Provocateur, sexuellement explicite, il fait le tour des studios. Carolco Pictures met 3 millions de dollars sur la table pour les droits, un pari risqué. Le réalisateur néerlandais Paul Verhoeven, connu pour son style visuel provocateur (RoboCop, Total Recall), est aux commandes. Pour le rôle principal masculin, la star Michael Douglas est engagée, cimentant le statut de blockbuster du projet.

Mais pour le rôle féminin de Catherine Tramell, c’est une autre histoire. Le personnage est complexe, dangereux, et le scénario exige une nudité et une audace que personne ne veut endosser. Le rôle est refusé par une litanie de stars établies : Michelle Pfeiffer, Julia Roberts, Kim Basinger, Debra Winger… plus de douze actrices.

Entre alors en scène Sharon Stone. Actrice relativement inconnue à l’époque, elle se bat. Elle endure un processus d’audition exténuant qui s’étale sur plus de huit mois. Michael Douglas lui-même est réticent, craignant de partager l’affiche avec une inconnue. “J’ai besoin de quelqu’un pour partager les risques de ce film. Je ne veux pas être tout seul là-haut. Il va y avoir beaucoup de merdes qui volera”, aurait-il déclaré. Finalement, l’intensité brute de Stone le convainc. Elle décroche le rôle de sa vie. Mais le déséquilibre est déjà palpable : Douglas touche un cachet de plusieurs millions de dollars, Stone doit se contenter de 500 000 dollars. Une disparité financière qui reflète une disparité de pouvoir qui s’avérera cruciale.

Vient alors le tournage de la fameuse scène d’interrogatoire. Catherine Tramell, vêtue d’une robe blanche sans manches, fait face à un parterre de policiers masculins. Elle domine l’espace par son intellect et son assurance. Et puis, elle décroise les jambes, révélant qu’elle ne porte pas de sous-vêtements.

Des années durant, le monde a cru que ce geste était un choix artistique délibéré, assumé par l’actrice. La réalité, selon Stone, est tout autre. Dans son autobiographie The Beauty of Living Twice, elle livre sa version, glaciale et détaillée. Elle raconte que Paul Verhoeven lui a demandé de retirer sa culotte blanche, sous prétexte qu’elle “réfléchissait la lumière sur l’objectif”. Il lui aurait alors assuré : “On ne voit rien. J’ai juste besoin que tu retires ta culotte car le blanc réfléchit la lumière”. L’actrice, mettant sa confiance dans son réalisateur, obtempère, croyant que la scène ne serait que “suggérée” et non “montrée de manière explicite”.

La trahison, selon ses dires, fut découverte de la manière la plus humiliante qui soit. Elle est convoquée à une projection test. La salle est remplie, non pas de l’équipe créative, mais “d’agents et d’avocats”, des gens sans lien avec le film. Et là, sur grand écran, elle découvre la scène. La nudité n’est pas suggérée, elle est frontale, explicite. Elle est “choquée et profondément trahie”.

Sa réaction est immédiate, viscérale. C’est là qu’intervient la gifle. Un geste de fureur contre l’homme qui, selon elle, l’a dépossédée de son corps et de son “autonomie”. Cet incident, dit-elle, lui a causé “d’hideux cauchemars”. Ce n’était pas de l’art, c’était une “violation”.

Face à ces accusations graves, Paul Verhoeven a toujours maintenu une ligne de défense inflexible. Il a “constamment défendu” ses choix créatifs. Non seulement il nie la manipulation, mais il insiste sur le fait que Stone “avait pleinement consenti” et “savait exactement ce que nous faisions”. Pour justifier la scène, il ira même jusqu’à affirmer qu’elle était inspirée d’un comportement réel qu’il avait observé chez une femme lors d’une soirée. Une justification qui, pour beaucoup, ne fait que renforcer le caractère problématique de sa démarche. Le conflit est total : la parole d’une actrice contre la “vision artistique” d’un réalisateur tout-puissant.

Et ce conflit n’est peut-être que la partie émergée de l’iceberg. Le scénariste Joe Eszterhas lui-même prendra ses distances, admettant que si la scène était “formidable”, elle avait “involontairement éclipsé les éléments complexes de film noir” du scénario. Plus troublant encore, l’autre actrice du film, Jeanne Tripplehorn, a révélé avoir vécu une expérience similaire. Dans une interview, elle a noté que sa propre scène de “sexe brutal et violent” avec Michael Douglas lui avait été décrite par Verhoeven comme “un peu plus léger que ce qui avait finalement été filmé”. Un témoignage qui alimente la thèse d’un modus operandi basé sur la manipulation pour obtenir un effet sensationnel.

La suite de l’histoire est un cas d’école sur la complexité d’Hollywood. Après avoir appelé son avocat, Marty Singer, Sharon Stone se retrouve face à un dilemme cornélien. Poursuivre en justice risquerait de torpiller le film, sa carrière, et de la marquer au fer rouge comme une actrice “difficile”. L’industrie, à l’époque, n’est pas prête à entendre sa version. Un représentant de l’industrie aurait même eu cette remarque terrible, citée dans le documentaire : “Toute actrice sait ce qu’elle va voir si on lui demande d’enlever sa culotte et de se placer ainsi”. Une rhétorique classique de blâme de la victime.

Finalement, Stone prend une décision d’une complexité douloureuse. Elle ne dépose pas plainte. Sa justification est amère : “Parce que c’était correct pour le film et pour le personnage, et parce qu’après tout, je l’ai fait”. Elle a choisi de laisser vivre la scène, acceptant la forme finale de l’œuvre tout en dénonçant les circonstances de sa création.

Basic Instinct est sorti et est devenu un phénomène. Malgré les protestations de groupes de défense des droits LGBTQ+ (un autre aspect controversé du film), il a rapporté 352,9 millions de dollars dans le monde, devenant l’un des plus gros succès de 1992. Avec le temps, les critiques l’ont même réévalué, le qualifiant de “chef-d’œuvre du néofilm noir”.

Mais son héritage le plus durable n’est pas cinématographique. Il est éthique. Cette scène a cimenté la carrière de Sharon Stone, mais à un prix personnel exorbitant. Elle est devenue un point de référence dans toutes les discussions sur le consentement à l’écran, sur la ligne rouge entre la provocation artistique et l’exploitation.

Aujourd’hui, à l’ère post-#MeToo, le témoignage de Sharon Stone résonne avec une force décuplée. Sa gifle n’était pas seulement le geste d’une actrice en colère. C’était un acte de défiance, l’une des premières salves d’une guerre pour l’autonomie et le respect qui fait encore rage à Hollywood. La question posée par le documentaire reste entière : le cinéma peut-il être à la fois provocateur et éthique ? L’histoire de Basic Instinct suggère que pendant longtemps, l’un s’est fait au détriment de l’autre.