Il revient, non pas pour une nation, mais pour une origine du cœur : Patrick Fiori portera les couleurs de l’Arménie à l’Eurovision, comme un retour aux sources, là où la musique dépasse les frontières et chante la mémoire des racines partagées.

Patrick Fiori : Le grand retour à l’Eurovision, sous un autre drapeau

Trente-quatre ans après avoir conquis les cœurs européens avec Mama Corsica, Patrick Fiori s’apprête à remonter sur la scène la plus regardée du continent : l’Eurovision. Mais cette fois, l’artiste marseillais d’origine corse ne chantera pas pour la France. Contre toute attente, c’est l’Arménie qu’il représentera lors de l’édition 2027. Une décision aussi symbolique que surprenante, qui mêle musique, mémoire et identité.

Un retour inattendu sur la scène européenne

C’est sur le plateau de Quelle époque !, samedi soir, que Patrick Fiori, visiblement ému, a officialisé la nouvelle. Face à Léa Salamé, le chanteur de 56 ans a confié avec son franc-parler habituel :

« En principe, c’est parti comme ça ! En tout cas, moi, je suis parti pour. Je suis en train de voir les gens qui sont en train de faire ça. En principe, en 2027, ça va se faire. »

Quelques mots simples, mais lourds de sens. Dans un silence admiratif, le public a réalisé que celui qui avait déjà brillé pour la France en 1993 revenait, trois décennies plus tard, défendre les couleurs d’un autre pays — celui de ses ancêtres.

De “Mama Corsica” à l’Arménie : le fil de la mémoire

Patrick Fiori est né à Marseille, en 1969, d’un père arménien et d’une mère corse. Cette double appartenance, il l’a toujours revendiquée avec fierté. En 1993, à tout juste 23 ans, il représente la France à l’Eurovision avec Mama Corsica, une chanson bilingue célébrant ses racines insulaires. Sa prestation charismatique et la beauté du texte lui valent une 4ᵉ place et une reconnaissance internationale.

Mais derrière l’énergie méditerranéenne et les accents corses, il y avait déjà, discrète mais essentielle, une autre identité : celle de son père, issu d’une famille ayant fui le génocide arménien. Pendant des années, Fiori a évoqué cet héritage dans ses chansons, souvent à demi-mot, comme dans Les Montagnes d’Arménie ou Liberta.

Aujourd’hui, le choix de représenter l’Arménie à l’Eurovision n’a donc rien d’un simple hasard. C’est un geste artistique et symbolique : celui d’un homme qui relie ses deux terres, la Méditerranée et le Caucase, la mémoire et la modernité.

Un projet né d’une rencontre

Selon les confidences du chanteur, ce projet s’est construit « naturellement », à la suite d’échanges avec la délégation arménienne et des musiciens d’Erevan.

« On m’a contacté il y a quelques mois. Ils cherchaient quelqu’un capable de porter une chanson à la fois universelle et enracinée. Et je me suis dit : pourquoi pas ? L’Arménie, c’est aussi un peu de moi. »

D’après les premières informations, la chanson que Patrick Fiori défendra serait en cours d’écriture. Elle mêlerait des sonorités arméniennes traditionnelles (duduk, kanon) à des arrangements pop orchestraux, dans la lignée de ses grands succès.
Le thème ? L’exil, la transmission et la force du lien entre les générations.

Un choix salué par le public et les artistes

Sur les réseaux sociaux, l’annonce a immédiatement suscité une vague d’émotion. Les fans français se disent partagés entre surprise et admiration. Beaucoup saluent le courage d’un artiste qui ose dépasser les frontières.
« Il reste notre Patrick Fiori, qu’il chante pour la France ou pour l’Arménie », écrit une internaute sur X (ancien Twitter).
Même enthousiasme du côté des communautés arméniennes, notamment en France et aux États-Unis. L’un des responsables du Comité arménien de Marseille a réagi :

« Patrick Fiori est un symbole. Son parcours raconte à lui seul le lien entre la diaspora et la patrie. Le voir porter nos couleurs est un immense honneur. »

L’esprit de l’Eurovision

Cette participation revêt aussi une dimension profondément européenne. L’Eurovision a toujours célébré la diversité des cultures et des langues, et Patrick Fiori, polyglotte musical, s’inscrit parfaitement dans cette philosophie.


En 1993 déjà, il chantait en corse et en français, prouvant qu’on pouvait représenter la France tout en embrassant la pluralité. En 2027, il prouvera qu’on peut représenter l’Arménie tout en incarnant la fraternité méditerranéenne.

Certains observateurs y voient aussi une réponse poétique à un monde fragmenté. « Dans un temps où les nations se replient, un artiste qui choisit d’honorer plusieurs héritages, c’est un message d’unité », écrit Le Monde dans un éditorial.

Une carrière guidée par la passion et la fidélité

Depuis ses débuts, Patrick Fiori n’a jamais cessé d’explorer les émotions humaines avec une sincérité rare. Chanteur de Belle aux côtés de Garou et Daniel Lavoie dans Notre-Dame de Paris, interprète de 4 mots sur un piano avec Jean-Jacques Goldman, il a su allier puissance vocale et tendresse du verbe.
Aujourd’hui, son répertoire dépasse les frontières du temps et du style. Il navigue entre la chanson française classique et des influences méditerranéennes et orientales.

Participer à l’Eurovision pour l’Arménie, c’est aussi pour lui une manière de « boucler la boucle ».

« Je le fais pour mon père, pour ma famille, pour tous ceux qui ont gardé cette flamme. Mais je le fais aussi pour la musique, parce qu’elle ne connaît pas de drapeaux », a-t-il confié avec émotion.

Un message d’espérance

Ce retour sur la scène européenne s’annonce donc comme un événement musical et humain majeur. D’après ses proches, Patrick Fiori travaillerait déjà sur un album inspiré de ce voyage, mêlant français, arménien et corse.
Un disque qu’il décrit comme « une prière, un souffle, un pont entre les peuples ».

Le concours Eurovision 2027, dont le lieu n’a pas encore été dévoilé, pourrait bien marquer une page unique de son histoire. Un artiste qui, à 56 ans, choisit de recommencer, mais autrement — avec la sagesse de l’expérience et la ferveur intacte des débuts.