Fernandel : Le tragique secret de sa mort. Il ignorait qu’il se mourait d’un cancer alors qu’on le remplaçait en silence

C’est l’histoire d’un sourire qui a illuminé la France, d’une « gueule » de cheval inoubliable qui a fait rire des générations entières, de La Vache et le Prisonnier à Don Camillo. Fernandel, de son vrai nom Fernand Contandin, est bien plus qu’une légende du cinéma : c’est un monument national. Mais derrière cette façade de joie pure et d’énergie débordante, se cache une fin de vie d’une tristesse infinie, marquée par le mensonge, la maladie et une forme de trahison professionnelle. Le 26 février 1971, Fernandel s’éteignait à 67 ans dans son appartement parisien de l’avenue Foch. Ce que beaucoup ignorent, c’est qu’il est parti sans jamais connaître le nom du mal qui le rongeait, protégé par un pacte de silence tissé par ceux qui l’aimaient le plus.
De la misère marseillaise à la gloire mondiale
Avant de devenir l’acteur le mieux payé de France, Fernandel a connu la faim. Né en 1903 à Marseille, il grandit dans un milieu modeste, fils d’artistes amateurs qui peinent à joindre les deux bouts. Le petit Fernand rêve de scène, mais la réalité le pousse vers des petits boulots : docker, employé de banque, vendeur. C’est cette école de la rue qui lui donnera cette humanité si particulière, cette capacité à incarner le “Français moyen” avec une justesse bouleversante.
Sa persévérance paie. Dans les années 30, il explose. Son comique visuel, sa voix chantante, son accent marseillais deviennent sa signature. Il enchaîne les succès, tourne avec Pagnol, et devient une star internationale avec Le Petit Monde de Don Camillo en 1952. Il est si convaincant en curé de choc que même le Pape Pie XII demandera à le rencontrer, lançant avec humour qu’il est “le prêtre le plus connu de la chrétienté après le Pape”.
Le dernier tournage : Le début du calvaire
L’année 1970 marque le tournant tragique. Fernandel est sur le plateau du sixième opus de la saga, Don Camillo et les contestataires, tourné à Parme sous la direction de Luigi Comencini. Il fait une chaleur accablante. L’acteur, d’habitude infatigable, s’essouffle. Lors d’une scène, il doit porter l’actrice Graziella Granata. Elle est légère, pourtant, il n’y arrive pas. Ses bras tremblent, son souffle est court. L’équipe s’inquiète, mais Fernandel, professionnel jusqu’au bout, tente de donner le change.
Quelques mois plus tôt, il avait ressenti une douleur vive à la poitrine. Une grosseur. Les médecins parisiens l’opèrent d’un kyste, officiellement. En réalité, la biopsie révèle un cancer généralisé. La sentence est sans appel. Mais nous sommes en 1970, une époque où l’on cache la maladie comme une honte ou par peur d’effrayer le patient. Sa femme Henriette et ses enfants, Josette, Janine et Franck, prennent une décision terrible par amour : ils ne lui diront rien. Fernandel pensera jusqu’au bout souffrir d’une “pleurésie” mal soignée.
La double peine : Maladie et Trahison

Le tournage est interrompu. Fernandel rentre se reposer dans sa Provence chérie, persuadé qu’il va reprendre le collier quelques semaines plus tard. C’est là que le coup de grâce tombe, non pas de la maladie, mais du métier. Les assurances, frileuses face à son état de santé, refusent de couvrir la suite du film. La production, pragmatique et cruelle, décide de tout annuler… pour mieux recommencer avec un autre acteur, Gastone Moschin. Fernandel apprendra qu’il est remplacé. Pour cet homme d’honneur, fidèle en amitié comme en affaires, c’est une trahison insupportable. Le film ne se fera jamais avec lui, et le projet restera comme une symphonie inachevée.
Le mensonge par amour
Les derniers mois sont un huis clos déchirant. Fernandel s’affaiblit de jour en jour. Il reçoit des traitements lourds qu’il croit être de simples fortifiants. Il accorde une dernière interview, le visage émacié, le regard voilé par la fatigue, où il confie avec une lucidité glaçante que ce film sera peut-être son dernier. Il ne sait pas qu’il a raison.
Dans l’ombre, sa famille et ses amis proches, comme le fidèle Jean Gabin, jouent la comédie de l’espoir. Ils sourient, parlent d’avenir, de projets. Gabin, le dur à cuire, est dévasté de voir son ami, son “frangin” de cinéma avec qui il a fondé la société de production Gafer, s’éteindre ainsi. Fernandel, l’homme qui a fait rire la terre entière, meurt dans son lit, entouré de mensonges doux, ignorant que le crabe a gagné.
L’héritage d’un homme simple
Au-delà de la star, Fernandel était un homme d’une simplicité désarmante. Il a protégé sa vie privée comme une forteresse, refusant d’exposer sa femme Henriette (“Manse”) et ses enfants aux magazines à scandales. Il aimait la pêche, la pétanque, l’opéra. Il était resté ce petit Marseillais qui n’avait jamais oublié d’où il venait.
Sa mort a laissé un vide immense. Il n’a jamais été remplacé. Aujourd’hui, en revoyant Don Camillo parler au Christ, on ne peut s’empêcher d’avoir un pincement au cœur en pensant à cet homme qui, jusqu’à son dernier souffle, a cru en la vie alors qu’elle le quittait. Fernandel est parti sans savoir, mais il nous a laissé le plus beau des savoirs : celui que le rire est la seule arme qui ne s’use jamais, même face à la mort.
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