« Cela a détruit ma vie » : À 79 ans, les confessions déchirantes de Sheila sur la rumeur qui l’a tuée à petit feu

C’est une icône que l’on pensait insubmersible, une silhouette familière qui traverse les époques avec une énergie qui force le respect. Des couettes de “L’école est finie” aux rythmes disco planétaires de “Spacer”, Sheila incarne depuis plus de soixante ans la bande originale de la vie des Français. Mais derrière le sourire éclatant et les tubes indémodables, se cache une femme marquée au fer rouge par les épreuves. Aujourd’hui, à 79 ans, Annie Chancel de son vrai nom a décidé de faire tomber le masque. Dans une série de confessions bouleversantes, elle revient sur les tragédies intimes, l’exploitation impitoyable et cette rumeur abjecte qui a failli tout emporter sur son passage.

La “machine à fric” d’un producteur sans scrupules

Pour comprendre la douleur de Sheila, il faut remonter aux origines de son succès. La jeune Annie, qui rêvait de cirque et vendait des bonbons sur les marchés avec ses parents, est très vite repérée par Claude Carrère. Si ce dernier lui ouvre les portes de la gloire en lui donnant son nom de scène, il l’enferme aussi dans une prison dorée.

Sheila raconte aujourd’hui l’envers d’un décor sordide. Elle n’était pas une artiste épanouie, mais une “oie aux œufs d’or”, manipulée et pressée jusqu’à l’épuisement. “J’étais exploitée, je ne pouvais pas supporter la pression”, confie-t-elle. Les détails font froid dans le dos : à 18 ans, elle s’effondre à Roanne, pesant à peine 45 kilos. Hospitalisée, anémiée, elle est pourtant renvoyée au charbon. Pour Carrère, la garder en studio était plus rentable que la scène. Une exploitation industrielle d’une jeune fille dont la santé et le bonheur passaient après les chèques.

La rumeur qui a “volé” sa vie de femme

C’est précisément suite à cet épuisement que le cauchemar de sa vie va naître. Pour soigner son anémie sévère, Sheila suit un traitement hormonal qui modifie légèrement son timbre de voix. Il n’en faudra pas plus pour que la machine infernale s’emballe. En 1964, une rumeur ignoble se répand comme une traînée de poudre : Sheila serait un homme.

Des décennies plus tard, la blessure est toujours à vif. “Cela a détruit ma vie”, avoue-t-elle les larmes aux yeux. Ce n’était pas un simple potin de presse, mais une attaque frontale contre son identité même. Elle raconte l’enfer quotidien, ses parents terrifiés à l’idée de sortir de chez eux, la honte, les pleurs incessants. “On m’a volé ma féminité”, résume-t-elle.

Même la naissance de son fils Ludovic en 1975, fruit de son mariage avec Ringo, ne fera pas taire les mauvaises langues. L’horreur atteint son paroxysme quand on l’accuse d’avoir simulé sa grossesse avec une poche d’eau ou d’avoir acheté son enfant en Suisse. Une cruauté sans nom qui la marquera à jamais.

Ludovic, la blessure éternelle

Évoquer Sheila, c’est aussi, inévitablement, évoquer Ludovic Chancel. Leur relation, faite d’amour maladroit et de rendez-vous manqués, reste le grand drame de sa vie. Fils de stars, Ludovic a grandi avec le sentiment d’être abandonné par une mère accaparée par sa carrière. “Je ne comprenais pas pourquoi ma mère travaillait autant”, dira-t-il.

Sa mort tragique en juillet 2017, suite à une overdose à 42 ans, a laissé Sheila face à un vide abyssal. Malgré les conflits, les livres à charge et les incompréhensions, l’amour maternel est resté intact. “Il sera toujours ma maman”, écrivait-il peu avant sa fin. Aujourd’hui, Sheila survit grâce à une spiritualité qui la tient debout. “Je crois à la réincarnation, cela m’aide beaucoup”, confie-t-elle. Elle sent la présence de son fils, lui parle, refuse de s’effondrer car “il ne voudrait pas me voir ainsi”.

L’amour, la perte et la résilience

La vie sentimentale de l’idole n’a pas été épargnée. Son mariage “de conte de fées” avec Ringo, immortalisé par “Les Gondoles à Venise”, s’est soldé par un divorce amer en 1979 et un silence radio total. Mais c’est la perte récente d’Yves Martin, son compagnon et producteur, qui a porté le dernier coup dur.

Décédé en 2024 après des années de lutte contre les séquelles d’AVC, Yves Martin était son roc. Sheila l’a accompagné jusqu’au bout, avec une loyauté indéfectible, prouvant une fois de plus sa force de caractère. “Je ne l’ai jamais abandonné”, dit-elle simplement.

Une survivante magnifique

Pourtant, malgré les deuils, les trahisons et les humiliations, Sheila est toujours là. Elle a su se réinventer, passant du yéyé au disco grâce à sa rencontre décisive avec Nile Rodgers, qui deviendra un ami fidèle. “Spacer” n’est pas seulement un tube, c’est l’hymne de sa renaissance, le moment où la “petite fille de Français moyen” est devenue une star internationale respectée.

À 79 ans, Sheila regarde son passé avec lucidité mais sans haine. Elle est une survivante, une femme qui a transformé ses cicatrices en force. Son histoire n’est pas seulement celle d’une chanteuse à succès, c’est celle d’une résilience extraordinaire face à la cruauté du monde et aux aléas du destin. Une leçon de vie, tout simplement.