Brigitte Bardot et la critique : Derrière l’icône mondiale, le combat d’une femme face au mépris de l’élite cinématographique

La nouvelle est tombée comme un couperet sur le monde de la culture : Brigitte Bardot, l’éternelle “BB”, nous a quittés. Alors que la France et le monde entier pleurent celle qui fut bien plus qu’une actrice, une véritable révolution sociétale à elle seule, il est fascinant de se replonger dans les archives pour comprendre comment s’est forgé ce mythe. Car si aujourd’hui son nom est synonyme de légende, son ascension n’a pas été un long fleuve tranquille. En fouillant dans l’histoire du journalisme de cinéma, on redécouvre les plumes acérées de l’époque, notamment celle de Jean de Baroncelli, célèbre critique du journal Le Monde, dont les textes révèlent une relation complexe, presque paradoxale, avec la star montante des années 50 et 60.

Pour comprendre l’impact de Bardot, il faut se souvenir de l’état du cinéma français avant son arrivée. C’était un monde de conventions, de dialogues soignés et de jeux de scène théâtraux. Puis, en 1956, survient le séisme “Et Dieu… créa la femme”. Réalisé par Roger Vadim, ce film ne se contente pas de montrer une jeune femme libre ; il impose une nouvelle manière d’être devant la caméra. Face à ce phénomène, Jean de Baroncelli exprime une certaine perplexité. Pour lui, comme pour beaucoup de ses confrères de la “vieille garde”, le jeu de Bardot n’en est pas vraiment un. Il y voit une absence de technique, une forme de nonchalance qui frise l’amateurisme.

Baroncelli, avec l’élégance mais aussi la sévérité qui caractérisaient sa plume, ne mâchait pas ses mots. Il critiquait souvent cette diction particulière, ce “manger de mots” qui allait pourtant devenir la signature de l’actrice. Pour le critique, Bardot n’interprétait pas un personnage, elle se contentait d’être là, d’exister devant l’objectif. Ce qu’il considérait comme une lacune professionnelle était en réalité le cœur même de la modernité de Bardot : le naturel absolu. Elle ne jouait pas la sensualité, elle l’incarnait. Elle ne feignait pas l’ennui ou la colère, elle les vivait.

Au fil des films, la tension entre le succès populaire planétaire de Bardot et la réserve des critiques intellectuels s’est accentuée. Jean de Baroncelli reconnaissait volontiers le magnétisme de l’actrice, admettant qu’il était impossible de détacher ses yeux de l’écran lorsqu’elle y apparaissait. Cependant, il regrettait souvent que ce “tempérament” ne soit pas mis au service d’un art plus structuré. Il y avait dans ses écrits une forme de résistance face à cette jeunesse qui bousculait les codes. Bardot représentait l’instinct pur, là où la critique réclamait de la réflexion et de la maîtrise.

Pourtant, avec le recul, ces critiques acerbes nous en disent plus sur l’époque que sur le talent réel de l’actrice. En reprochant à Bardot d’être “trop elle-même”, des journalistes comme Baroncelli passaient à côté du bouleversement majeur que BB apportait : l’authenticité. Dans un monde de faux-semblants, elle était la vérité. Ses hésitations, ses moues boudeuses et sa démarche provocante n’étaient pas des erreurs de jeu, mais les expressions d’une liberté nouvelle que la société française n’était pas encore tout à fait prête à accepter.

La relation entre Bardot et la critique a pris un tournant plus dramatique avec le film “La Vérité” (1960) d’Henri-Georges Clouzot. Pour la première fois, la critique, y compris Baroncelli, a dû s’incliner. Dans ce rôle de jeune femme jugée par une société hypocrite, Bardot a livré une performance d’une intensité rare, prouvant qu’elle pouvait atteindre des sommets dramatiques. Le critique du Le Monde a dû admettre que sous l’icône glamour se cachait une actrice capable de bouleverser les foules par sa douleur et sa vulnérabilité. C’était le moment où le malentendu commençait à se dissiper, sans jamais totalement disparaître.

Aujourd’hui, alors que nous rendons hommage à cette figure emblématique, lire les critiques de Jean de Baroncelli permet de mesurer le chemin parcouru. Bardot a survécu à toutes les attaques, à toutes les moqueries sur son élocution ou son absence supposée de technique. Elle est devenue un monument national, une femme qui a choisi de quitter les plateaux de cinéma en pleine gloire pour se consacrer à une cause qui lui tenait plus à cœur que les tapis rouges : la défense des animaux.

Cette transition du cinéma à l’activisme a d’ailleurs souvent été analysée à travers le prisme de cette lassitude face à un milieu qui l’a adulée tout en la jugeant sévèrement. En quittant le septième art à seulement 39 ans, Bardot a définitivement figé son image de rebelle. Elle a refusé de vieillir sous l’œil de ceux qui l’avaient scrutée pour trouver la moindre faille.

En conclusion, l’histoire de Brigitte Bardot vue à travers les yeux des critiques comme Jean de Baroncelli est celle d’une rencontre manquée entre une institution rigide et une liberté sauvage. Si le critique cherchait la perfection académique, Bardot offrait la vie, avec ses imperfections et son éclat brut. Aujourd’hui, les mots de Baroncelli restent comme un témoignage historique d’une époque qui n’avait pas encore compris que la plus grande forme d’art, c’est parfois d’oser être soi-même, envers et contre tous. Brigitte Bardot s’en va, mais elle laisse derrière elle la certitude qu’aucune critique ne peut éteindre une étoile qui brille par sa propre lumière. Nous ne l’oublierons jamais, car elle a appris à des générations de femmes que la beauté est un pouvoir, mais que la liberté est un droit inaliénable.