Affaire Intermarché : Le loup “mal-aimé” de la publicité au cœur d’une vive polémique pour plagiat

C’est une affaire qui secoue le petit monde de la communication et de l’édition jeunesse. Depuis quelques jours, la nouvelle campagne publicitaire de l’enseigne Intermarché, intitulée “Le loup mal-aimé”, fait couler beaucoup d’encre. Si le film a d’abord séduit les spectateurs par sa poésie et son message touchant sur la tolérance, il fait aujourd’hui face à des accusations sérieuses de plagiat. L’illustrateur Adrien Albert, auteur reconnu dans la littérature enfantine, affirme que le design du loup utilisé par l’agence de publicité Romance est directement inspiré, pour ne pas dire copié, de l’un de ses personnages emblématiques.

Pour comprendre l’ampleur de la polémique, il faut revenir au cœur de cette campagne. Le spot publicitaire met en scène un loup imposant, mais aux traits doux et aux yeux expressifs, qui tente désespérément de se faire accepter par les humains malgré sa réputation de prédateur. C’est une fable moderne sur la bienveillance, une marque de fabrique pour Intermarché qui, depuis des années, mise sur l’émotion pour fidéliser ses clients. Cependant, le rêve a pris une tournure amère lorsque Adrien Albert a découvert les images de ce loup.

Selon l’artiste, la morphologie de l’animal, son pelage gris bleuté, la forme spécifique de ses yeux et surtout son expression de “gentille brute” rappellent étrangement le loup qu’il a créé pour son album “Papa sur la Lune”, publié aux éditions L’École des Loisirs. Sur les réseaux sociaux, l’illustrateur n’a pas caché sa stupéfaction, partageant des montages comparatifs qui ont immédiatement suscité l’indignation de ses confrères et de ses lecteurs. “C’est mon loup”, semble-t-il dire à travers ses publications, soulignant que le travail de création ne s’arrête pas à une idée, mais réside dans les détails visuels uniques qui font l’identité d’une œuvre.

L’agence Romance, créatrice de la campagne, se retrouve dans une position délicate. Jusqu’ici célébrée pour sa créativité et ses campagnes narratives de haute volée, elle doit maintenant répondre à une question fondamentale : où s’arrête l’inspiration et où commence le plagiat ? Dans le milieu de la publicité, l’utilisation de “moodboards” (tableaux d’inspiration) est une pratique courante. Les créatifs y rassemblent des images, des textures et des styles pour définir l’esthétique d’un projet. Il arrive parfois que l’influence d’une image soit si forte qu’elle finisse par déteindre de manière trop explicite sur le résultat final. Est-ce ce qui s’est passé ici ? L’agence a-t-elle franchi la ligne rouge sans s’en rendre compte ?

Cette affaire soulève également le débat sur la protection des droits des auteurs-illustrateurs face aux géants de la consommation. Pour un artiste indépendant, voir son univers graphique récupéré par une multinationale pour des besoins commerciaux sans aucune consultation ni rémunération est une expérience violente. Le loup d’Adrien Albert n’est pas qu’un simple dessin ; il est le fruit d’années de recherche stylistique et d’un investissement émotionnel profond. Le voir devenir l’ambassadeur d’une enseigne de grande distribution, même pour une “belle cause”, dénature le sens original de l’œuvre.

Du côté du public, les avis sont partagés mais tendent majoritairement vers le soutien à l’illustrateur. Si certains clients d’Intermarché ne voient qu’une ressemblance fortuite entre deux représentations d’un animal populaire, les professionnels de l’image sont plus catégoriques. Ils pointent du doigt des choix graphiques très spécifiques : la courbe du museau, l’implantation des oreilles et ce regard mélancolique qui semble être un “copier-coller” de l’esthétique d’Albert. La polémique prend une dimension éthique : peut-on prôner la bienveillance et le partage dans un spot publicitaire tout en s’appropriant le travail d’autrui ?

Pour l’instant, l’enseigne Intermarché et l’agence Romance restent discrètes sur les suites juridiques éventuelles, mais la pression monte. Les réseaux sociaux servent de tribunal populaire où la réputation des marques peut basculer en quelques heures. L’École des Loisirs, éditeur historique et protecteur de ses auteurs, suit l’affaire de très près. Une médiation ou un accord à l’amiable est souvent la sortie privilégiée dans ce genre de dossier pour éviter un procès long et coûteux, mais le mal est fait : l’image de “marque humaine” d’Intermarché est écorchée.

Au-delà de la dispute graphique, c’est toute la chaîne de création qui est remise en question. À l’heure où l’intelligence artificielle commence à générer des images en se basant sur des bases de données d’artistes existants, le respect de la propriété intellectuelle “humaine” devient un combat de chaque instant. Si une agence de renom ne peut plus garantir l’originalité de ses créations, c’est toute la confiance du secteur qui s’effondre.

En conclusion, le “loup mal-aimé” porte désormais bien son nom, mais pas pour les raisons initialement prévues par le service marketing. Ce qui devait être une ode à la différence est devenu le symbole d’une polémique sur le pillage artistique. Que la ressemblance soit volontaire ou le fruit d’une influence inconsciente trop marquée, elle rappelle la nécessité absolue pour les créateurs publicitaires de respecter le travail des illustrateurs jeunesse, souvent précurseurs en matière de nouvelles esthétiques. L’affaire est loin d’être terminée, et le loup d’Adrien Albert, lui, attend que justice lui soit rendue dans le silence des bibliothèques, loin du tumulte des rayons de supermarché.