À 90 Ans, Nana Mouskouri Brise le Silence : Les Secrets de son “Dernier Homme” et les Cicatrices de la Gloire

C’est une voix qui a traversé le siècle, une silhouette reconnaissable entre mille, des lunettes noires devenues iconiques. Nana Mouskouri, née en Crète sous les bombes de la Seconde Guerre mondiale, célèbre ses 90 ans. Mais derrière l’image lisse de la star internationale aux 200 millions d’albums vendus, se cache une femme marquée par les épreuves, la solitude et une quête éperdue d’amour. Aujourd’hui, avec la sérénité de ceux qui n’ont plus rien à prouver, elle lève le voile sur les zones d’ombre de sa vie et rend un hommage vibrant à celui qui est devenu son ultime refuge : André Chapelle.

L’Amour de la Maturité : André, le “Dernier Homme”

Si le monde entier a fredonné L’Amour en héritage, Nana Mouskouri a longtemps cru que l’amour heureux lui était interdit. Son premier mariage avec le musicien George Petsilas, père de ses deux enfants Nicolas et Hélène, s’est soldé par un divorce douloureux en 1975. Écartelée entre sa carrière dévorante et son foyer, elle a vécu cette séparation comme un échec personnel cuisant, avouant des années de solitude et de culpabilité maternelle.

Mais le destin lui réservait une seconde chance. Une chance nommée André Chapelle. Producteur de l’ombre, ami fidèle pendant trente ans, il est devenu son époux en 2003, alors qu’elle avait 69 ans. Aujourd’hui, à 90 ans, Nana désigne cet homme calme et réfléchi comme le véritable pilier de son existence. C’est lui qui, dans la coulisse, a recollé les morceaux d’une femme épuisée par la gloire. “Il m’a aidée à retrouver la joie de vivre”, confie-t-elle. André n’a pas seulement épousé la chanteuse, il a apaisé la femme blessée par les deuils et les regrets. Vivant paisiblement à Genève, ce couple prouve que l’amour n’a pas d’âge et que la passion peut laisser place à une “camaraderie” douce et salvatrice.

Les Blessures de l’Enfance : La Guerre et la Faim

Pour comprendre la résilience de Nana, il faut remonter à ses origines. Née à La Canée en 1934, elle est une enfant de la guerre. Son père était projectionniste, sa mère vendeuse de billets, et la famille vivait dans une pauvreté extrême sous l’occupation nazie. Nana se souvient des nuits passées dans les caves pour fuir les bombardements, la peur au ventre. “Il y avait des moments où nous devions chanter pour oublier notre faim”, raconte-t-elle.

Cette insécurité originelle ne l’a jamais quittée. Elle a forgé son caractère, mais a aussi instillé en elle une peur panique de la perte. La petite fille qui courait dans les oliveraies de Crète s’est sentie toute sa vie comme une déracinée, une “étrangère” sur sa propre terre à chaque retour, le succès l’ayant éloignée de ses racines.

Le Secret Médical : La Voix Menacée

Parmi les révélations les plus poignantes de cette confession, il y a cet épisode terrifiant survenu à l’aube de sa carrière. À 16 ans, alors qu’elle rêve de musique, un diagnostic tombe comme un couperet : une tumeur sur les cordes vocales. Les médecins sont formels, une opération pourrait la rendre muette à jamais.

Pendant des mois, l’adolescente vit dans le désespoir, priant pour un miracle. Ce miracle aura lieu. Grâce à un médecin d’Athènes et à une volonté de fer, elle guérit sans chirurgie. Mais cette épée de Damoclès a laissé une trace indélébile. Nana a chanté toute sa vie avec la conscience aiguë que son don était fragile, qu’il pouvait s’évanouir en un instant. C’est cette urgence de vivre et de chanter qui a donné à sa voix cette émotion si particulière, capable de toucher les cœurs en dix langues différentes.

La Revanche d’une “Voix Trop Faible”

On l’a souvent décrite comme une diva naturelle, mais Nana Mouskouri est avant tout une revancharde. Rejetée du prestigieux Conservatoire d’Athènes car jugée “inapte à l’opéra” avec une voix “trop faible”, elle a transformé cette humiliation en force. C’est ce rejet qui l’a poussée vers le jazz, vers la chanson populaire, et finalement vers Paris et le compositeur Manos Hadjidakis, qui lui offrira son premier succès.

À 90 ans, Nana Mouskouri ne regarde plus ses cicatrices avec amertume, mais avec gratitude. Elle a survécu à la guerre, à la maladie, aux critiques et aux chagrins d’amour. Et si elle a conquis le monde, sa plus belle victoire reste sans doute celle d’avoir trouvé, au crépuscule de sa vie, la main d’André Chapelle pour tenir la sienne. Une main qui ne la lâche plus.