À 81 ans, Jimmy Page règle ses comptes : les 6 légendes de la guitare qu’il détestait secrètement

C’est une confession qui résonne comme un dernier accord saturé dans l’histoire du rock. À 81 ans, Jimmy Page, l’architecte sonore de Led Zeppelin, le “mage” de la guitare aux riffs immortels, a décidé d’ouvrir la boîte de Pandore. Longtemps muré dans un silence diplomatique, celui qui a redéfini le hard rock dans les années 70 laisse enfin transparaître ses véritables sentiments sur ses contemporains. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la légende n’est pas tendre.

Derrière l’image stoïque et mystérieuse qu’il cultivait sur scène, Jimmy Page portait un regard critique, parfois acerbe, sur l’évolution de son instrument et sur ceux qui en devenaient les nouvelles icônes. Loin de la camaraderie de façade souvent affichée dans les magazines, c’est une véritable guerre d’egos et de philosophies musicales qui se jouait en coulisses. Voici les six titans du rock qui, pour des raisons diverses, ont fini sur la liste noire de Jimmy Page.

Ritchie Blackmore : Le théâtre contre la musique

La rivalité entre Led Zeppelin et Deep Purple n’était un secret pour personne, mais l’animosité personnelle de Page envers Ritchie Blackmore était d’une autre nature. Pour Page, puriste obsédé par l’âme du blues et la complexité des arrangements, le style flamboyant de Blackmore relevait du cirque.

“Je n’ai pas de temps pour les fêtes costumées”, aurait-il lâché en quittant un studio où Blackmore venait d’arriver. Ce qui exaspérait Page, ce n’était pas le manque de talent de son rival – qu’il reconnaissait volontiers – mais son utilisation. Les costumes médiévaux, les guitares fracassées, les attitudes théâtrales… Tout cela représentait pour lui une dérive superficielle, où le spectacle prenait le pas sur la profondeur de la musique.

Eddie Van Halen : La technique sans l’âme ?

L’arrivée d’Eddie Van Halen à la fin des années 70 a été un séisme. Sa technique de “tapping” a révolutionné la guitare électrique. Mais pour Jimmy Page, alors épuisé par les tournées et les drames personnels, cette révolution sonnait creux.

“Tout le monde peut apprendre des tours de salon”, aurait-il commenté en privé. Pour l’homme qui avait bâti sa légende sur l’émotion brute et l’improvisation, la précision chirurgicale d’Eddie Van Halen semblait froide, mécanique. Page voyait dans cette nouvelle vague de “shredders” une dilution de l’art, transformant la guitare en un outil de démonstration athlétique plutôt qu’en un vecteur d’émotions. Une “magie mystérieuse” qu’Eddie cherchait à percer, mais que Page estimait perdue dans la course à la vitesse.

Yngwie Malmsteen : La calculatrice en pantalon de cuir

Si Van Halen agaçait Page, Yngwie Malmsteen le consternait. Le virtuose suédois, avec son style néoclassique et sa vitesse fulgurante, incarnait tout ce que Page détestait dans les années 80. “Cet homme confond la technique avec la musique elle-même”, aurait-il confié.

Page méprisait cette approche mathématique, où l’accumulation de notes remplaçait le feeling. Pour lui, Malmsteen ne jouait pas de la musique, il faisait des gammes. Le mépris était tel que Page aurait quitté une démonstration du Suédois en marmonnant qu’il n’avait pas besoin de voir quelqu’un s’exercer pendant vingt minutes. Une incompatibilité totale entre deux visions de l’art : l’une organique et mystique, l’autre technique et démonstrative.

Keith Richards : L’authenticité en question

Le conflit avec Keith Richards est peut-être le plus surprenant, car il oppose deux géants issus du même terreau blues britannique. Mais leurs philosophies étaient radicalement opposées. Richards, le pirate des Rolling Stones, prônait le “less is more”, l’attitude et le groove brut. Page, le sorcier de studio, cherchait la sophistication et l’innovation sonore.

Les piques ont volé bas. Richards qualifiant Led Zeppelin de “blague” sans groove, Page rétorquant que Richards ne reconnaîtrait pas une mélodie si elle le mordait. Au-delà des insultes, c’était le choc entre le puriste du riff simple et l’architecte des cathédrales sonores. L’incident de la poignée de main refusée en 1975 reste le symbole de cette fracture irréparable.

Jimi Hendrix : L’ombre du génie

Même les dieux peuvent être jaloux. L’arrivée de Jimi Hendrix à Londres a bouleversé la hiérarchie établie, reléguant Page (alors musicien de studio respecté) au second plan. Page vivait mal cette éclipse soudaine, voyant en Hendrix un “chaos contrôlé” qui, selon lui, faisait oublier ceux qui avaient pavé la voie avant lui.

Il y avait chez Page une forme d’amertume face à ce phénomène qui semblait réécrire l’histoire du rock en temps réel. Bien qu’il n’ait jamais attaqué Hendrix frontalement en public, ses commentaires privés trahissaient un sentiment d’injustice, comme si le “bruit” et la fureur d’Hendrix avaient volé la vedette à la finesse et à la construction musicale.

Eric Clapton : La “médiocrité” glorifiée

Enfin, Eric Clapton, le “Dieu” de la guitare pour beaucoup, n’était pour Page qu’un “conservateur de musée”. Ayant grandi dans les mêmes cercles, Page jugeait sévèrement le manque de prise de risque de son compatriote.

“La différence entre Éric et moi, c’est que moi je crée de la musique, lui il la copie juste plus fort”, aurait-il lancé. Page ne pardonnait pas à Clapton de se reposer sur ses lauriers blues, sans jamais chercher à innover ou à repousser les limites de l’instrument comme lui s’efforçait de le faire avec Led Zeppelin. Une rivalité sourde, nourrie par le sentiment que la facilité était parfois plus récompensée que l’audace.

À travers ces six noms, c’est tout le portrait en creux de Jimmy Page qui se dessine : un artiste exigeant, intransigeant, persuadé que la musique est une affaire de magie et de tripes, et non de cirque ou de mathématiques. Ses jugements, aussi durs soient-ils, témoignent d’une passion dévorante pour son art, une passion qui ne tolérait aucune concession.