À 77 ans, Richard Desjardins brise le silence : L’aveu déchirant sur sa femme et la tristesse cachée qui le hante depuis toujours

C’est souvent derrière les plus grands sourires de scène que se cachent les plus lourdes peines. À 77 ans, Richard Desjardins, monument sacré de la culture québécoise, n’est plus à l’âge des faux-semblants. Dans un élan de sincérité brutale, le poète de Rouyn-Noranda lève enfin le voile sur les zones d’ombre de sa vie, révélant une solitude et des regrets que personne n’avait soupçonnés.

Richard Desjardins est une icône. Chanteur, poète, documentariste, militant écologiste : il incarne pour beaucoup la conscience sociale et l’âme rebelle du Québec. De ses débuts avec le groupe Abitibi dans les années 70 à ses chefs-d’œuvre comme Tu m’aimes-tu et le film choc L’Erreur boréale, il a tout réussi. En 2025, sa fortune est estimée à près de 5 millions de dollars, il possède des résidences à Montréal et dans son Abitibi natale, et conduit toujours sa vieille Jeep Cherokee. Une vie de succès, apparemment.

Mais derrière cette façade de réussite se cache un homme profondément marqué par la tristesse, hanté par des sacrifices personnels immenses dont il ose à peine parler.

Le regret « ineffaçable » de son mariage

La révélation la plus poignante concerne sa vie privée, un jardin secret qu’il a toujours farouchement protégé. Marié depuis plus de 20 ans à la journaliste et écrivaine Lise Bissonnette, qu’il décrit comme sa « meilleure compagne dans les jours difficiles », Richard admet aujourd’hui porter un fardeau de culpabilité écrasant.

La pression de sa carrière, ses tournages interminables au fond des bois et sa nature profondément introvertie ont creusé, au fil des années, un fossé émotionnel. Il confie avoir passé des nuits entières à pleurer, seul, dans des chambres d’hôtel après des spectacles, rongé par l’idée qu’il échouait en tant que mari.

« Je me sens triste parce que parfois je la laisse seule », a-t-il avoué dans un moment de vulnérabilité rare. « C’est une douleur que je ne peux pas effacer. »

Ces mots résonnent terriblement fort. Ils nous rappellent que le prix de l’art et de l’engagement public est souvent payé par ceux qui attendent à la maison. Cette distance, bien qu’il n’y ait jamais eu d’affrontement ouvert, reste une blessure vive dans le cœur du chanteur, un regret silencieux qui l’accompagne au crépuscule de sa vie.

La mort qui a tout changé

Si la mélancolie semble être la seconde nature de Desjardins, c’est qu’elle prend racine dans un drame fondateur : la mort de son père, Fernand Desjardins, en 1985. Mineur de fond, Fernand est décédé d’une maladie pulmonaire causée par la poussière des mines, un destin tragique et révoltant pour un fils qui a vu son héros s’éteindre à petit feu.

Ce deuil a plongé Richard dans un état de mutisme rare. Il raconte s’être assis chez lui, regardant une photo de pêche avec son père, les larmes aux yeux, réalisant qu’il venait de perdre sa source de force. « Quand il est parti, j’ai eu l’impression qu’une partie de ma patrie avait disparu », dit-il.

Cette perte n’était pas seulement celle d’un père, mais celle d’un témoin de son enfance ouvrière, de ces nuits où, enfant, il entendait ses parents se disputer pour de l’argent, impuissant dans sa chambre. C’est cette colère sourde et cette tristesse originelle qui ont alimenté son combat contre les minières et les forestières, ces industries qui ont, selon lui, « anéanti son enfance » en détruisant les paysages de l’Abitibi.

Les larmes de l’artiste épuisé

Loin de l’image de l’artiste bohème insouciant, Desjardins révèle une carrière bâtie dans la douleur et l’épuisement. Il se souvient de l’époque du tournage de L’Erreur boréale, où il travaillait dix heures par jour, seul dans la forêt, jusqu’à s’effondrer physiquement, pleurant d’angoisse à l’idée de ne pas finir le projet.

Il raconte aussi la dissolution brutale de son premier groupe, Abitibi, qui l’a laissé en larmes dans sa petite maison, persuadé que son rêve était fini. Ou encore ces nuits blanches à réécrire des paroles, pleurant dans sa voiture, terrifié à l’idée de décevoir son public.

Chaque succès de Richard Desjardins est, littéralement, bâti sur des larmes.

Un héritage de vérité

Aujourd’hui, à 77 ans, Richard Desjardins vit simplement. Il partage son temps entre sa bibliothèque à Montréal et sa cabane en bois en Abitibi, face aux forêts de pins qu’il a tant défendues. Il continue de créer, comme le prouve son album Desjardins sorti en 2023, mais il le fait avec la sagesse de celui qui sait ce qu’il a perdu en chemin.

Son aveu n’est pas celui d’un homme amer, mais d’un homme vrai. En admettant ses faiblesses, ses regrets conjugaux et ses douleurs d’enfant, il ne descend pas de son piédestal : il devient simplement plus humain. Il nous rappelle que même les géants pleurent, et que parfois, la plus grande réussite n’est pas celle qui brille sous les projecteurs, mais celle de réussir à pardonner ses propres absences.

Richard Desjardins nous a donné sa musique, sa poésie et ses combats. En retour, il garde sa tristesse, ce compagnon fidèle qui, paradoxalement, a nourri l’une des œuvres les plus belles et les plus importantes du Canada.