C’est une déflagration politique et médiatique comme on en voit rarement, une attaque frontale et sans concession qui vise le cœur même du réacteur audiovisuel français. Sarah Knafo, députée européenne et figure montante du parti Reconquête, a décidé de briser l’omerta et de s’attaquer à une forteresse que beaucoup jugent imprenable : France Télévisions. Dans une lettre ouverte au vitriol adressée directement à Delphine Ernotte, la présidente du groupe public, l’élue ne se contente pas de simples critiques sur la programmation. Elle va beaucoup plus loin, utilisant des termes juridiquement et moralement lourds de sens, parlant de “détournement d’argent public” et décrivant une institution qui aurait totalement failli à sa mission première pour devenir, selon ses mots, une “série Netflix” scénarisée par et pour l’extrême gauche. Ce n’est plus un simple désaccord, c’est une déclaration de guerre culturelle.

Le point de départ de cette offensive est le sentiment, partagé par une partie de l’électorat de droite, d’une dépossession. Sarah Knafo se fait ici la porte-voix de millions de Français qui, bien qu’ils financent le service public par le biais de la TVA (qui a remplacé la redevance), ne se sentent plus représentés, voire se sentent insultés par les programmes diffusés. L’accusation de transformer le service public en “série Netflix” est particulièrement percutante. Elle sous-entend que l’information et les fictions produites par France Télévisions ne reflètent plus la réalité du pays, la vraie vie des Français, mais une version fantasmée, “wokiste” et progressiste à marche forcée, déconnectée des préoccupations quotidiennes du peuple. Pour la députée, la télévision publique est devenue une bulle fermée, un entre-soi idéologique où la diversité d’opinion, pourtant inscrite dans le cahier des charges du service public, n’est qu’un lointain souvenir.
L’angle d’attaque le plus virulent de cette lettre ouverte concerne la gestion financière et l’utilisation des deniers de l’État. Lorsque Sarah Knafo emploie l’expression “détournement d’argent public”, elle ne vise pas nécessairement un enrichissement personnel au sens pénal classique, mais un détournement de la finalité de l’argent public. Selon elle, l’argent prélevé dans la poche de tous les contribuables, quelles que soient leurs opinions politiques, est utilisé pour financer la propagande d’un seul camp. C’est là que réside, à ses yeux, le scandale démocratique. Elle estime qu’il y a rupture du contrat social : on oblige les citoyens à payer pour une télévision qui milite activement contre leurs valeurs, qui promeut une vision de la société qu’ils rejettent, et qui censure ou caricature systématiquement les voix conservatrices ou patriotiques. C’est une critique de la partialité institutionnalisée, financée par l’impôt.
Mais la députée européenne ne s’arrête pas aux questions éditoriales. Elle met les pieds dans le plat en évoquant les dépenses du comité d’entreprise (CSE) de France Télévisions. C’est un sujet souvent tabou, une boîte noire que peu de politiques osent ouvrir de peur de se mettre à dos les puissants syndicats de l’audiovisuel. Sarah Knafo, elle, n’hésite pas. Elle pointe du doigt une gestion qu’elle juge opaque et orientée, suggérant que les fonds alloués aux œuvres sociales serviraient en réalité à alimenter des réseaux militants, à financer des causes politiques très marquées à gauche, voire à soutenir des actions qui n’ont rien à voir avec le bien-être des salariés. En soulevant ce lièvre, elle tente de démontrer que la politisation de l’antenne n’est que la partie émergée de l’iceberg, et que tout le système, des studios jusqu’aux instances représentatives du personnel, est verrouillé par une idéologie unique.
La violence de la charge contre Delphine Ernotte est également personnelle. En s’adressant directement à la présidente, Sarah Knafo la désigne comme la responsable en chef de cette dérive. Elle lui reproche ses déclarations passées, notamment celles sur la volonté de ne plus voir “d’hommes blancs de plus de 50 ans” à l’antenne, une phrase qui avait déjà fait polémique et que la députée ressort comme la preuve d’un racisme et d’un sexisme inversés, tolérés au sommet de l’État. Pour Knafo, Ernotte n’est pas une gestionnaire neutre, mais une militante politique qui utilise la puissance de feu de la télévision publique pour façonner les esprits, “rééduquer” le peuple français selon les canons du progressisme contemporain. La lettre dépeint une présidente déconnectée, régnant sur un empire médiatique qui a perdu la confiance de ceux qu’il est censé servir.
Cette confrontation intervient dans un contexte de tension extrême autour des médias en France. La question du pluralisme est devenue centrale. Alors que l’Arcom (le régulateur de l’audiovisuel) serre la vis vis-à-vis des chaînes privées comme CNews, accusées de manquer de diversité d’opinion, Sarah Knafo retourne l’argument contre le service public. “Où est le pluralisme sur France Inter ? Où sont les voix de droite dans les fictions de France 2 ?” semble-t-elle demander. Sa stratégie est de montrer qu’il y a deux poids, deux mesures : une surveillance inquisitrice pour les médias privés conservateurs, et une impunité totale pour le service public progressiste. En parlant de “série Netflix”, elle critique aussi l’uniformisation culturelle, l’importation de débats sociétaux américains (comme les questions de genre ou de race) qui, selon elle, saturent l’antenne au détriment des problématiques sociales et économiques françaises.

L’impact de cette lettre ouverte risque d’être significatif. Elle galvanise une base électorale qui a depuis longtemps déserté les chaînes publiques, se réfugiant sur les réseaux sociaux ou les chaînes d’information en continu jugées plus libres. En utilisant des mots chocs comme “détournement”, Sarah Knafo cherche à judiciariser le débat politique, ou du moins à lui donner une gravité morale. Elle pose la question de la légitimité de l’impôt : pourquoi payer pour ça ? C’est un appel à la révolte fiscale symbolique. Elle invite les Français à ouvrir les yeux sur ce qu’elle considère comme une manipulation de masse. Le “service public” n’est plus, selon sa démonstration, au service du public, mais au service d’une caste, d’une élite parisienne qui méprise la province et la France périphérique.
La référence au “manque de diversité” est particulièrement habile. C’est un terme habituellement utilisé par la gauche pour réclamer plus de représentation des minorités ethniques ou sexuelles. Ici, Sarah Knafo le réapproprie pour parler de diversité intellectuelle et politique. Elle accuse France Télévisions d’être monolithique, de ne proposer qu’une seule grille de lecture du monde. Dans cette “série Netflix” qu’elle dénonce, les rôles sont distribués d’avance : les gentils sont toujours les progressistes, les migrants, les militants écologistes ; les méchants sont les conservateurs, les ruraux, les défenseurs des traditions. Elle dénonce une caricature permanente qui insulte l’intelligence des spectateurs et qui, surtout, ne correspond pas à la réalité électorale du pays, qui vote majoritairement à droite lors des élections.

Au-delà de la polémique immédiate, cette lettre pose une question fondamentale sur l’avenir de l’audiovisuel public. Peut-il survivre sous sa forme actuelle s’il se coupe durablement d’une moitié de la population ? La confiance est le socle du service public. Si cette confiance est rompue, si le citoyen a l’impression d’être “volé” pour financer une machine de guerre idéologique contre ses propres convictions, alors le système entier est menacé d’effondrement. Sarah Knafo, avec son style incisif et provocateur, met le doigt sur cette fracture béante. Elle ne demande pas seulement un rééquilibrage, elle exige une refonte totale du logiciel de France Télévisions.
La réaction de Delphine Ernotte et de la direction de France Télévisions sera scrutée de près. Vont-ils ignorer cette lettre en la qualifiant d’attaque partisane d’extrême droite ? Vont-ils tenter de justifier leur ligne éditoriale au nom de l’indépendance des journalistes ? Le risque pour eux est de paraître sur la défensive, ou pire, arrogants face à une critique qui résonne chez beaucoup de Français. Le silence pourrait être interprété comme un aveu de faiblesse ou de mépris. Sarah Knafo a réussi son coup : elle a imposé son narratif, elle a forcé le débat sur le terrain de la légitimité financière et idéologique du service public.
En conclusion, cette “lettre ouverte incendiaire” n’est pas qu’un simple coup de communication politique. C’est le symptôme d’une crise profonde de la représentation médiatique en France. L’accusation de transformer le réel en “série Netflix” politisée est une image forte qui restera. Elle cristallise le sentiment que la télévision publique ne raconte plus l’histoire de France, mais une histoire réécrite, aseptisée et biaisée. Sarah Knafo a lancé un pavé dans la mare, et les éclaboussures risquent de tâcher durablement la réputation de l’audiovisuel public. La guerre des récits est ouverte, et pour la députée européenne, il n’est plus question de financer sa propre défaite culturelle avec l’argent de ses électeurs. Le message est clair : rendez l’argent, ou du moins, rendez la parole à tous les Français.
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