Le paysage politique français actuel ressemble de plus en plus à un théâtre d’ombres où les rôles s’inversent de manière spectaculaire, laissant les citoyens dans une confusion totale. Sur le plateau d’Europe 1, Éric Naulleau et ses chroniqueurs ont dressé un constat sans concession d’une nation en proie à des paradoxes saisissants. Le premier choc vient d’une zone inattendue : les finances personnelles des Français. Une nouvelle directive de l’Union européenne, prévue pour 2026, s’apprête à modifier radicalement la gestion des découverts bancaires. Ce qui est sidérant dans cette affaire, ce n’est pas seulement l’intrusion de Bruxelles dans le portefeuille des ménages, mais l’absence totale de réaction de la part des partis traditionnels. Les Républicains, la Macronie et le Parti Socialiste semblent aux abonnés absents, ignorant un sujet qui touche pourtant directement le quotidien des électeurs. Ironie du sort, seul Jean-Luc Mélenchon, en professionnel de la politique aguerri, a saisi l’ampleur du danger et la portée symbolique de cette mesure. Voir celui qui est souvent décrié pour son radicalisme devenir le seul rempart contre une technocratie européenne envahissante en dit long sur le vide laissé par les autres formations politiques.

Cette Europe, qui nous faisait rêver quand nous avions vingt ans, semble aujourd’hui s’être transformée en une machine froide gérée par des “petits hommes gris” dont l’unique objectif est de réguler chaque aspect de nos vies, de l’identité numérique au permis de conduire, jusqu’à la gestion de notre épargne. La souveraineté nationale n’est plus qu’un lointain souvenir, et le sentiment que les élus ne décident plus de rien devient une réalité tangible. Le fait que le Rassemblement National lui-même se soit abstenu sur ce vote au Parlement européen ajoute une couche supplémentaire de perplexité. C’est comme si la classe politique, dans son ensemble, avait capitulé face à une administration supranationale, laissant le terrain libre à la colère populaire.

Mais le malaise français ne s’arrête pas aux frontières de l’économie. Il touche au cœur même de notre conscience intellectuelle et diplomatique avec l’affaire Boualem Sansal. Cet écrivain courageux, amoureux de la France et de la liberté, croupit actuellement dans une prison algérienne alors que son état de santé se dégrade de jour en jour. L’indifférence qui entoure son sort est une tache indélébile sur l’honneur de la France. Où sont les artistes, les intellectuels et les grands humanistes qui montent habituellement au créneau pour défendre les opprimés ? On nous a vendu l’idée que la diplomatie devait agir dans le silence, à l’abri des médias, mais le résultat est là : aucun progrès, et un homme qui risque de mourir pour ses idées. Cette absence de mobilisation est perçue comme un abandon pur et simple. On a l’impression que parce que Sansal n’est pas la “bonne victime” aux yeux de l’idéologie décoloniale dominante, son sort importe peu. C’est un scandale absolu que cette information ne fasse pas la une de tous les journaux. On préfère se taire pour ne pas froisser Alger, au mépris de nos propres valeurs et de la vie d’un homme qui a tant donné à la langue française.

Pendant ce temps, à l’intérieur de nos frontières, l’institution judiciaire traverse une crise de confiance sans précédent. La condamnation et l’incarcération de Nicolas Sarkozy ont suscité un malaise profond qui dépasse les clivages partisans. La tribune de Jean-Marie Rouart dans Le Figaro a mis le feu aux poudres en dénonçant une justice qui semble s’immiscer de plus en plus dans le processus démocratique. L’absence totale de preuves formelles et le recours à l’exécution provisoire posent des questions troublantes sur l’impartialité des magistrats. Est-ce désormais aux juges de décider pour qui nous avons le droit de voter ? Le sentiment que la justice est devenue une arme politique est partagé par une partie croissante de l’opinion. Les politiques eux-mêmes ont une part de responsabilité dans ce dévoiement, en ayant donné au fil des années des instruments de pouvoir excessifs à la magistrature pour prouver leur propre probité. Ils ont créé un monstre qui finit par les dévorer.

La provocation ultime est venue de la France Insoumise. Deux députés, sous couvert d’exercer leur droit de visite parlementaire, auraient tenté de rencontrer Nicolas Sarkozy dans le quartier d’isolement de la prison de la Santé. Éric Naulleau n’a pas mâché ses mots face à ce qu’il qualifie de tentative d’humiliation gratuite. Utiliser les prérogatives de la République pour aller narguer un homme en cellule est un geste d’une bassesse rare. Au-delà de la provocation, c’est le mensonge effronté qui choque. L’administration pénitentiaire a confirmé que la demande concernait expressément l’ancien président, alors que les élus prétendaient s’intéresser aux conditions générales de détention. Cette stratégie de la “bordélisation” permanente et de l’insulte aux institutions semble être le seul moteur d’une certaine frange de la gauche qui ne cherche plus à convaincre, mais à flatter les instincts les plus bas d’un certain électorat.

Au milieu de ce chaos, une figure émerge et tente de bâtir une stature présidentielle : Jordan Bardella. Le lancement de son nouveau livre, “Ce que veulent les Français”, marque une étape cruciale dans sa stratégie de conquête du pouvoir. Il ne s’agit plus seulement de dénoncer, mais de montrer une capacité à gouverner et une empathie réelle avec la France périphérique, celle que l’on n’entend plus à Paris. Sa rhétorique sur le “bon sens” populaire trouve un écho puissant dans un pays qui a le sentiment que tout ce qui se décide dans les ministères se fait contre les intérêts élémentaires des citoyens. Les Français paient toujours plus pour recevoir toujours moins de services publics, de sécurité et d’ordre. Bardella joue la carte de la méritocratie et de la crédibilité, multipliant les rencontres avec les chefs d’entreprise pour briser le plafond de verre économique qui freinait jusqu’ici son parti.

L’évolution de Jordan Bardella est scrutée de près. On observe un changement de ton, une gravité nouvelle dans son expression, loin de la légèreté de ses débuts. À 30 ans, il se prépare ostensiblement pour l’échéance suprême. Mais la route est encore longue et semée d’embûches. Les débats à venir seront le véritable révélateur de sa solidité intellectuelle et de sa capacité à résister à la pression. En attendant, les escarmouches continuent, même au plus haut sommet de l’État, comme en témoigne le clash spectaculaire entre Éric Dupond-Moretti et Christian Estrosi dans un restaurant niçois. Ces tempêtes dans un verre d’eau sont révélatrices d’un système politique nerveux, où les ego s’affrontent violemment pendant que les grands enjeux nationaux sont délaissés.

La France se trouve donc à la croisée des chemins. Entre une Union européenne de plus en plus intrusive, une justice qui semble s’affranchir des règles démocratiques, une classe intellectuelle en panne de courage et des nouveaux prétendants au pouvoir qui bousculent l’ordre établi, le pays cherche désespérément un cap. Les provocations des uns et le silence coupable des autres ne font qu’accentuer la fracture entre le peuple et ses dirigeants. Il est temps que le politique reprenne ses droits sur la technocratie et que la justice retrouve sa place de serviteur de la loi, et non d’acteur politique. Sans ce sursaut, la comédie tragique que nous vivons risque de se transformer en un drame dont personne ne sortira indemne. L’avenir de la France dépendra de sa capacité à retrouver son “bon sens” et à défendre ses valeurs, que ce soit pour protéger ses citoyens contre les dérives bancaires ou pour sauver ses enfants, comme Boualem Sansal, injustement privés de liberté. L’heure de la vérité a sonné, et elle ne souffre plus aucun compromis.