Dès sa première diffusion, The Artist a suscité des réactions partagées. Une partie du public a salué la démarche artistique, mais les chiffres d’audience sont restés en dessous des attentes. Face à une concurrence féroce, à des habitudes télévisuelles bien ancrées et à un format jugé trop exigeant pour un samedi soir, l’émission a peiné à trouver sa place. Après quelques semaines d’espoir, elle a été reléguée dans des cases horaires moins visibles, avant de disparaître presque silencieusement.

Nagui, qui avait pourtant investi son énergie, sa notoriété et son envie dans ce projet, a vécu cette expérience comme une défaite personnelle. « J’y ai mis tout ce que j’avais. Mon cœur, mes convictions, mon envie de proposer autre chose. Et ça n’a pas fonctionné. Je n’ai pas su capter le public. » La phrase « coup de pied dans les fesses » illustre à la fois la violence du retour à la réalité et la nécessité de cette claque symbolique.

Ce revers l’a poussé à s’interroger sur sa place dans le paysage audiovisuel actuel. « Peut-être que je suis déconnecté de ce que le public attend. Peut-être que je me suis trop éloigné des codes qui marchent. Ou peut-être que je suis simplement allé trop vite, trop fort. » Nagui ne rejette pas la faute sur les autres. Il assume. Il reconnaît ses erreurs, ses maladresses, et surtout, il en tire des leçons.

Pour lui, cet échec est avant tout un rappel à l’humilité. « J’ai longtemps eu la chance que tout ce que je touche fonctionne. À un moment, on peut se croire intouchable. Et là, paf, la réalité te rattrape. » Il confesse avoir vécu des moments de doute, s’être remis en question, avoir pensé à faire une pause, voire à se retirer un temps des écrans. « J’ai eu besoin de digérer. De comprendre. De me demander si j’étais encore utile dans ce monde-là. »

Mais comme souvent, c’est dans la douleur que naît la lucidité. Nagui admet aujourd’hui qu’il a peut-être mal évalué l’écart entre ses ambitions artistiques et les attentes du grand public. « Ce que je voulais proposer était noble, mais peut-être trop exigeant. Le samedi soir, les gens veulent se détendre, pas forcément découvrir des chansons inconnues. » Il s’interroge aussi sur la manière dont l’émission a été communiquée. « Peut-être que le public n’a pas compris ce qu’on voulait faire. Peut-être qu’on n’a pas assez expliqué. »

Malgré la déception, il ne regrette rien. « Si c’était à refaire, je le referais. Peut-être autrement, mais je continuerais à défendre cette idée : qu’il faut de la place pour la création. Pour l’inédit. Pour le risque. » Car au fond, Nagui reste fidèle à lui-même. Un homme de convictions, qui préfère échouer avec sincérité que réussir en trahissant ce en quoi il croit.

Aujourd’hui, il poursuit ses projets habituels, notamment N’oubliez pas les paroles, qui reste un pilier de France 2. Mais il aborde son métier avec un regard neuf. « Cette claque m’a réveillé. Elle m’a rappelé que rien n’est acquis. Qu’il faut se battre, se renouveler, écouter. Et parfois, accepter de tomber. »

Ce témoignage, rare dans le monde télévisuel, a été salué par nombre de ses collègues. Car il montre un visage de Nagui que le public connaît moins : celui de l’homme derrière l’animateur. Un homme qui doute, qui s’interroge, qui souffre aussi parfois. Mais qui continue d’avancer.

« J’ai pris un coup de pied dans les fesses, oui. Mais parfois, il faut ça pour reprendre son élan. »

Et si cette chute n’était, au fond, que le début d’un nouveau chapitre ?