Taratata•Le député et rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, Charles Alloncle, a déclaré ce dimanche que l’animateur Nagui est « la personne qui s’est la plus enrichie sur les dix dernières années sur l’argent public en France »

La commission d’enquête sur l’audiovisuel public devait faire la lumière sur la neutralité et le financement des médias du service public… Elle tourne à la mauvaise comédie. Entre attaques personnelles, plaidoiries orientées et questions à charge, le rapporteur et député ciottiste, Charles Alloncle se montre très virulent à l’égard du service public, au point d’avoir provoqué une suspension des convocations ce mardi.

Dernière banderille avant la pause, ce dimanche dans l’émission « Les incorrectibles », le député d’extrême droite s’est attaqué cette fois à l’animateur Nagui. Sans pouvoir apporter de preuves, Charles Alloncle a affirmé que l’animateur de « La Bande originale » sur France Inter, était selon lui, « la personne qui s’est la plus enrichie sur les dix dernières années sur l’argent public en France ».

Une donnée (presque) impossible à calculer et peu probable

Une annonce choc d’autant qu’il ajoute que Nagui aurait empoché « plusieurs centaines de millions d’euros » sur cette même période de la part de l’audiovisuel public. Utilisant toujours le conditionnel et ne pouvant avancer de preuves, il est compliqué de s’assurer de la véracité de ses dires.

La notion même d’enrichissement par de l’argent public reste floue. Parle-t-on de salaires ? De contrats passés avec l’Etat, des collectivités ou des entreprises publiques ? Pour des entreprises comme TotalEnergies, le groupe Dassault, Vinci autoroutes ou Sanofi qui bénéficient de contrats qui peuvent se compter en milliards d’euros depuis 2015, quelle part d’argent public attribuer aux salaires (souvent en dizaines de millions d’euros) de leurs dirigeants, aux fortunes de leurs propriétaires ou aux dividendes versées aux actionnaires ? Quelle place attribuer aux niches fiscales dont bénéficient largement les milliardaires ? Aux subventions à l’automobile ou au transport maritime ? Quelle part des crédits d’impôt recherche (7,7 milliards par an) peuvent entrer dans cette catégorie « d’enrichissement » sur de l’argent public ? Difficile de répondre à ces questions.

Même en se concentrant uniquement sur son secteur, on ne peut affirmer que Nagui Fam, a pu être le premier bénéficiaire des 4 milliards de budget alloués chaque année à l’audiovisuel public, jusqu’à toucher plusieurs centaines de millions d’euros.

Salarié de Radio France et producteur pour France Télé

En tant que présentateur de l’émission « La Bande originale », Nagui est salarié de Radio France. Selon un article de Mediapart datant de 2020, l’animateur touchait alors entre 120.000 et 150.000 euros par an. Un salaire extrêmement confortable, que n’avait pas nié l’animateur et qui avait même provoqué les moqueries de ses collègues de la Maison de la Radio, mais loin d’atteindre les centaines de millions d’euros sur dix ans.

Pour trouver l’essentiel de ses revenus, mieux vaut se tourner du côté de France Télévisions. C’est là que Nagui produit et présente de nombreux formats. À l’écran pour « N’oubliez pas les paroles » ou « Taratata », il produit également des émissions pour le compte du service public (« Trouvez l’intrus » par exemple) mais aussi pour des chaînes privées par le biais d’Air productions la boîte de prod qu’il a fondé en 1993 et revendu en 2009 à Banijay Group en échange de parts de ce dernier (un peu plus de 5 %). Aussi, Nagui n’est donc pas salarié de France Télévisions, mais salarié et actionnaire d’un groupe qui vend des programmes à la télévision publique.

Selon le journaliste d’investigation Marc Endeweld, France Télévisions a consacré 856 millions d’euros « à l’achat de programmes à des producteurs et fournisseurs extérieurs en 2023.

Des revenus très confortables, mais surestimés par Charles Alloncle

Sur cette manne, c’est le groupe Mediawan (Pierre-Antoine Capton, Matthieu Pigasse et Xavier Niel), qui touche le plus pour ses programmes (« C à vous », « C l’hebdo » et « C dans l’air », etc.) avec 109 millions d’euros. Le groupe Banijay (« N’oubliez pas les paroles », « Fort Boyard », « Taratata », « Les Enfants de la télé », « La Carte aux trésors ») arrive en deuxième position avec 87 millions d’euros de chiffre d’affaires assuré en 2023 par le groupe public. Parmi les actionnaires de Banijay, on retrouve Stéphane Courbit, fondateur et principal actionnaire à 45,4 %), Vivendi (groupe Bolloré, 19,2 %), Marc Ladreit de Lacharrière (via Fimalac, 7,4 % du capital), mais aussi la famille Arnault.

En 2020, Mediapart révélait qu’Air Productions, la société de Nagui qui appartient désormais à Banijay, avait signé un contrat d’un montant de 100 millions d’euros pour trois ans avec France Télévisions. Un montant destiné à la production de ses émissions et donc qui ne tombe pas directement dans la poche de l’animateur. Sur ces montants, d’environ 30 millions d’euros par an, Nagui avait déclaré par le passé percevoir entre 750.000 et 1 million d’euros de salaire par an. Des montants qui le classent donc dans les 0,1 % des personnes les plus riches de France mais restent loin des centaines de millions d’euros citées par Charles Alloncle.

Le gros du patrimoine de Nagui réside sûrement, en revanche, dans les parts qu’il détient du groupe Banijay (près de 5 %) aujourd’hui valorisé à près d’un milliard d’euros. Ce qui lui garantit des dividendes sûrement confortables, mais qui ne proviennent pas dans leur entièreté de France Télévisions.