Le mois d’avril 1980 restera à jamais gravé dans la mémoire de Brigitte Bardot, non pas comme le souvenir d’un printemps ensoleillé à Saint-Tropez, mais comme le moment précis où son cœur de mère s’est brisé pour ne plus jamais se recoller tout à fait. Ce jour-là, dans le silence feutré de sa villa de La Madrague, la sonnette a retenti. Elle n’attendait personne. En ouvrant la porte, elle s’est trouvée face à un jeune homme de vingt ans, grand, les épaules larges, le visage durci par les années. Il la regardait avec des yeux qu’elle reconnaissait trop bien, les yeux de son père. “Bonjour, maman”, a-t-il dit simplement. C’était Nicolas, son fils unique.

Cela faisait exactement dix ans, trois mois et dix jours qu’elle ne l’avait pas vu. Pas depuis le jour où, prise dans le tourbillon de sa propre légende, elle avait fait le choix terrible de privilégier sa liberté et sa carrière, laissant derrière elle un enfant de dix ans en promettant un retour qui n’a jamais eu lieu. Ce jour-là, face à cet homme qu’elle peinait à reconnaître, le temps s’est figé. Nicolas n’était pas venu pour des embrassades chaleureuses ou des photos de famille. Il était venu pour livrer une vérité brutale, une sentence en sept mots qui allait hanter l’icône mondiale pour le reste de ses jours : “Tu te souviens encore de mon nom ?”

Cette question, prononcée avec une froideur glaciale, a frappé Brigitte plus fort qu’aucune critique de cinéma, plus fort qu’aucun scandale médiatique. Elle a balbutié, les mains tremblantes, tentant de protester de son amour maternel. “Bien sûr que je me souviens, tu es mon fils…” Mais Nicolas l’a coupée, impitoyable. “Je ne sais pas, maman. Comment peux-tu oublier ton fils pendant dix ans ? Peut-être que tu pourrais m’expliquer.” Le ton était donné. Ce n’était pas une visite de courtoisie, c’était le procès d’une mère absente par sa principale victime.

Nicolas est entré dans la villa, observant le luxe des lieux – les meubles coûteux, les œuvres d’art, la vue imprenable sur la Méditerranée – avec un détachement cruel. “Belle maison”, a-t-il lâché. “Tu as bien réussi pour toi-même.” Chaque mot était un coup de poignard. Il a refusé qu’elle parle, exigeant d’être écouté, lui qui avait été réduit au silence et à l’attente pendant une décennie. Il a raconté à sa mère, effondrée sur son canapé, le calvaire de son enfance. La première année, il l’attendait tous les jours à la fenêtre après l’école, guettant sa voiture, sursautant à chaque klaxon, espérant que sa mère star viendrait enfin le chercher comme promis.

Puis, l’espoir s’est mué en désespoir. La deuxième année, il ne l’attendait plus à la fenêtre, mais il courait encore vers le téléphone à chaque sonnerie, le cœur battant, priant pour entendre sa voix. Ce n’était jamais elle. C’était toujours quelqu’un d’autre. “Jamais toi”, a-t-il martelé. La troisième année, l’amour s’est transformé en haine. Il a raconté comment il avait déchiré toutes ses photos, refusé de regarder ses films. À l’école, pour ne pas avoir à expliquer l’inexplicable abandon de la femme la plus célèbre de France, il disait à ses camarades que sa mère était morte. C’était plus simple, moins douloureux que la vérité : elle avait choisi les projecteurs plutôt que lui.

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Face à ce torrent de reproches justifiés, Brigitte Bardot n’avait aucune défense. Elle a tenté de murmurer qu’elle ne l’avait pas abandonné, qu’elle voulait venir mais que le “système” l’en empêchait. Nicolas a balayé cette excuse d’un revers de main méprisant. “Le système ? Tu étais Brigitte Bardot ! Tu aurais pu faire n’importe quoi, tu aurais pu exiger de me voir. Tu ne l’as pas fait parce que tu ne voulais pas.” Acculée, Brigitte a fini par avouer sa peur, sa lâcheté. Elle avait eu peur de ne pas être une bonne mère, peur de le détruire comme elle se sentait détruite. Elle pensait qu’il serait mieux sans elle. “Tu as choisi la facilité”, a tranché Nicolas. “Tu as choisi ta liberté et tu as laissé un enfant de dix ans payer le prix de ta lâcheté.”

Le mot était lâché. Lâcheté. Celui qu’elle refusait d’entendre depuis dix ans. Brigitte a pleuré, reconnaissant son égoïsme, admettant qu’elle ne méritait pas son pardon. Et Nicolas, avec une honnêteté désarmante, lui a confirmé : “Non, tu ne le mérites pas.” Pourtant, il est resté. Pas pour elle, mais pour lui. Pour se libérer de tout ce venin accumulé. Il lui a parlé de sa solitude, de ses cauchemars, de son incapacité à faire confiance aux femmes, persuadé qu’elles finiraient toutes par partir comme sa mère. Il lui a raconté comment il sabotait ses propres relations amoureuses par peur de l’abandon.

L’ironie tragique de la situation n’a échappé à personne. Brigitte avait quitté le cinéma pour échapper à un système qui la broyait, pour être libre. Mais en faisant cela, elle avait broyé son propre fils. “Le système a gagné quand même”, a constaté Nicolas amèrement. “Il t’a pris ta carrière et il m’a pris ma mère.” Brigitte s’est excusée, encore et encore, mais elle a compris que les excuses ne réparent pas les années perdues. “Être désolé ne me rend pas les Noël que j’ai perdus”, a répondu son fils.

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Pourquoi était-il venu, alors, s’il ne pouvait pas pardonner ? La réponse de Nicolas fut peut-être la plus douloureuse et la plus tendre à la fois. “Parce que tu es toujours ma mère. Une partie de moi voulait juste savoir que tu étais réelle, que je ne t’avais pas inventée.” Il n’y a pas eu de “happy end” hollywoodien ce jour-là. Pas d’étreinte finale où tout est oublié. Quand Nicolas est reparti, il n’a rien promis. Il a laissé la porte entrouverte à une possible compréhension future, mais a refusé de jouer la comédie des retrouvailles heureuses. “Je ne vais pas faire semblant”, a-t-il dit.

En partant, il lui a rappelé sa première phrase, celle qu’elle n’avait pas vraiment entendue sous le choc : “Est-ce que tu te souviens de moi ?” Il ne parlait pas de son nom, mais de son essence. De l’enfant qui l’aimait plus que tout au monde. Brigitte Bardot est restée seule dans sa magnifique villa, réalisant que tout son luxe ne valait rien face à ce qu’elle avait perdu.

Brigitte Bardot leaves behind a fortune that brings tears to her family's  eyes. - YouTube

Des années plus tard, interrogée sur son plus grand regret, elle ne parlera ni de rôles manqués ni d’amours déçues. Elle dira simplement : “J’ai choisi ma liberté au détriment de mon fils, et maintenant je vis avec les conséquences.” Nicolas ne lui a pas donné son pardon ce jour d’avril 1980, il lui a donné quelque chose de plus brutal mais de plus nécessaire : la vérité. Une vérité qui a permis, peut-être, non pas de réparer l’irréparable, mais d’apprendre à vivre avec les cicatrices. Car parfois, l’amour ne suffit pas, et le prix de la liberté est payé par ceux qui nous aiment le plus.