La Madrague en Deuil : L’Ultime Adieu à Brigitte Bardot, ou la Fin d’un Mythe Français sous le Soleil de Saint-Tropez

La mort de Brigitte Bardot a été annoncée par sa Fondation dimanche. L’icône des années 1950, disparue à l’âge de 91 ans, laisse derrière elle une empreinte durable dans le cinéma français.

Ce qu’il faut savoir

L’actrice et chanteuse française Brigitte Bardot est morte dimanche 28 décembre à l’âge de 91 ans, a appris ICI auprès de son entourage. Une information confirmée par sa Fondation à l’Agence Radio France. L’artiste surnommée “BB” a tourné dans près de 50 films, enregistré plus de 80 chansons, accédant à la gloire internationale à partir des années 1960. Ces dernières décennies, elle s’était retirée du milieu artistique pour dédier ses efforts aux droits des animaux. Sur le chemin de La Madrague, sa propriété à Saint-Tropez (Var), quelques fans de Brigitte Bardot ont déposé des roses blanches au pied de son portail bleu, juste avant que les gendarmes ne barrent le chemin. Mais ils sont peu nombreux, dans ce petit port méditerranéen huppé, qui s’assoupit l’hiver. Ce direct est désormais terminé. 

• “Un ange pour les animaux”. Plusieurs personnalités ont réagi en saluant la mémoire et l’œuvre de l’actrice et militante de la cause animale. “De ses pigeons sauvés à Saint-Tropez à ses chiens bien-aimés, Brigitte manquera à Peta”, a écrit dans un communiqué la fondatrice de cette association de défense des animaux. Elle était “un ange pour les animaux” et “s’est battue, y compris devant les tribunaux, pour tous les protéger”, a-t-elle poursuivi.

• Emmanuel Macron salue l’”éclat universel” de l’actrice, le RN évoque une “ardente patriote”. Sur le réseau social X, le président de la République, Emmanuel Macron, a salué(Nouvelle fenêtre) l’œuvre de l’actrice tout comme “sa passion généreuse pour les animaux” et “son visage devenu Marianne(Nouvelle fenêtre)”“Nous pleurons une légende du siècle”, a écrit le chef de l’Etat. Dimanche matin, les premiers hommages sont principalement venus de figures d’extrême droite. L’eurodéputé Rassemblement national Jordan Bardella a notamment évoqué une “ardente patriote”, pour rendre hommage à celle qui ne cachait pas sa sympathie pour Marine Le Pen et ses idées. Car Brigitte Bardot a aussi été épinglée plusieurs fois pour des propos orientés à l’extrême droite, et d’autres pour lesquels elle été condamnée.

• L’actrice laisse derrière elle plusieurs films cultes. Au total, Brigitte Bardot a tourné 45 films entre 1954 et 1974. Parmi ses films cultes, on retrouve Et Dieu… créa la femme de Roger Vadim (1956), La Vérité d’Henri-Georges Clouzot (1960), sans oublier Le Mépris de Jean-Luc Godard (1963), dans lequel Brigitte Bardot déroule certaines de ses répliques les plus connues.

• Elle était passée à côté de grands rôles. Ce qui frappe dans le parcours de Brigitte Bardot, ce sont aussi les rôles qu’elle a refusés, dont certains dans des films devenus majeurs tels que Les Parapluies de Cherbourg et Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy, mais aussi L’Affaire Thomas Crown de Norman Jewison ou encore le rôle d’une James Bond girl dans Au service secret de Sa Majesté, sorti en 1969.

C’est une nouvelle que l’on redoutait, que l’on repoussait, comme si certaines légendes étaient immunisées contre le temps, comme si les icônes gravées dans le celluloïd et dans le cœur des Français possédaient le secret de l’immortalité. Pourtant, ce matin, le ciel de Saint-Tropez, d’ordinaire d’un azur insolent, semble s’être voilé d’une pudeur grise et lourde. Brigitte Bardot est morte. Trois mots qui claquent comme une fin de scène, brutale et définitive. L’annonce a traversé le pays, puis le monde, à la vitesse de la foudre, mais c’est ici, sur cette presqu’île qu’elle a tant aimée et tant maudite, que l’onde de choc est la plus viscérale. Depuis quelques heures, la route des Canoubiers, ce chemin sinueux qui mène à son sanctuaire de La Madrague, n’est plus une simple voie de passage. Elle est devenue le théâtre d’un pèlerinage spontané, silencieux et bouleversant, où se mêlent la douleur des proches, la nostalgie des admirateurs et le respect d’une nation tout entière.

Il règne une atmosphère étrange, presque irréelle, aux abords de la célèbre propriété. Habituellement, La Madrague est une forteresse, un lieu clos dont les hauts murs et les bambous protègent farouchement l’intimité de celle qui avait choisi de tourner le dos aux hommes pour se consacrer aux bêtes. Aujourd’hui, ces murs sont devenus un mur des lamentations. Dès l’annonce officielle de sa disparition, les premiers riverains sont sortis, hébétés. Puis, très vite, le flux a grossi. Des voitures se garent de manière anarchique sur les bas-côtés, des gens marchent, une fleur à la main, le visage grave. On y croise toutes les générations : des dames élégantes qui ont dansé le mambo en 1956, des militants de la cause animale aux yeux rouges, des jeunes qui connaissent le mythe par les photos de leurs grands-parents. Tous convergent vers ce portail en bois, ce seuil mythique que BB ne franchira plus.

Les grilles de La Madrague disparaissent littéralement sous une montagne de fleurs. Des roses, des mimosas, des fleurs des champs cueillies à la hâte, comme elle les aimait. Pas de couronnes mortuaires officielles, pas de pompes funèbres grandiloquentes, mais une explosion de couleurs naturelles, simple et sincère. Au milieu des bouquets, des photos ont été scotchées, des images en noir et blanc d’une beauté à couper le souffle, rappelant au monde la splendeur de celle qui fut, et restera, la plus belle femme du monde. On y voit aussi des peluches, des dessins d’enfants représentant des chiens, des chats, des phoques, hommages touchants à la “fée des animaux”. Des bougies scintillent, fragiles remparts contre la nuit qui va bientôt tomber, et l’odeur de la cire se mêle à celle des pins maritimes et de l’iode.

Ce qui frappe le plus, c’est le silence. Saint-Tropez, la ville du bruit, de la fête, des moteurs vrombissants, s’est tue. Sur le chemin de La Madrague, on parle à voix basse, comme dans une cathédrale à ciel ouvert. Les gens pleurent sans bruit. “C’était notre voisine, c’était notre âme”, murmure un vieux pêcheur, sa casquette vissée sur la tête, les yeux embués fixés sur la mer qui lèche le ponton privé de la propriété. Pour les Tropéziens de souche, Brigitte n’était pas seulement la star planétaire ; elle était celle qui avait mis leur village sur la carte du monde, mais aussi celle qu’ils croisaient parfois au marché, celle qui engueulait les chasseurs, celle qui vivait recluse mais dont la présence invisible rassurait. Avec sa disparition, c’est un peu de l’identité de la presqu’île qui s’effondre dans les flots.

Les témoignages recueillis sur place sont d’une intensité rare. Une femme d’une cinquantaine d’années, venue de Nice dès qu’elle a appris la nouvelle, raconte, la voix tremblante : “Elle m’a appris à être libre. Quand j’étais jeune, je voulais être elle. Pas pour la beauté, mais pour le courage. Elle a dit non à tout ce qui l’emmerdait. Elle est partie comme elle a vécu, discrète et chez elle.” Plus loin, un groupe de militants de la Fondation Brigitte Bardot, arborant des t-shirts à l’effigie de la star, se tient par la main. Ils sont orphelins de leur générale en chef. “Les animaux ont perdu leur plus grande avocate”, lâche l’un d’eux. “Mais nous continuerons le combat. C’est ce qu’elle aurait voulu. Elle ne voulait pas qu’on pleure, elle voulait qu’on agisse.”

La route qui mène à La Madrague est saturée, mais personne ne s’impatiente. La gendarmerie, présente pour canaliser la foule, fait preuve d’une bienveillance inhabituelle. Il n’y a pas de curieux malsains, pas de chasseurs d’autographes ; il n’y a que du respect. C’est comme si, dans la mort, Brigitte Bardot avait réussi à réconcilier tout le monde, effaçant les polémiques, les excès de langage et les prises de position controversées de ses dernières années, pour ne laisser place qu’à l’essentiel : l’émotion pure face à la perte d’un monument. On se souvient de la jeune fille qui dansait pieds nus sur les tables, on se souvient de la femme blessée par la traque médiatique, on se souvient de la vieille dame digne qui préférait ses chèvres aux honneurs de la République.

Dans la foule, on murmure aussi des inquiétudes. Que va devenir La Madrague ? Que vont devenir ses animaux, ses compagnons de fin de vie, ses seuls véritables amis ? La maison, léguée à sa fondation selon ses volontés, deviendra sans doute un musée ou un sanctuaire, mais pour l’heure, elle semble surtout être une coquille vide, une maison sans âme. Les volets sont clos. On imagine, derrière les murs, le chagrin de ses proches, de son mari Bernard, qui l’a accompagnée jusqu’au dernier souffle. On imagine le vide immense dans les pièces remplies de souvenirs, où chaque objet raconte une histoire, une rencontre, un combat.

Le contraste est saisissant entre la luminosité du lieu et la noirceur de l’événement. Le soleil continue de briller, indifférent à la tragédie humaine, illuminant la baie des Canoubiers d’une lumière dorée. C’est exactement ce genre de lumière que Brigitte aimait, cette lumière crue qui ne triche pas. Elle qui détestait l’artifice, qui avait banni le maquillage et la chirurgie pour laisser le temps sculpter son visage, part dans un décor de carte postale, mais un décor vrai, naturel, balayé par le mistral. La nature, qu’elle vénérait au-dessus de tout, lui rend, à sa manière, un dernier hommage. Les oiseaux marins semblent tourner plus bas au-dessus de la propriété, les vagues viennent mourir doucement sur sa petite plage privée.

Au centre-ville de Saint-Tropez, l’ambiance est tout aussi lourde. Les drapeaux sont en berne. Dans les cafés de la place des Lices, les conversations tournent en boucle. On se repasse les souvenirs, on montre des photos sur les téléphones. “Je l’ai servie une fois, il y a vingt ans”, raconte un serveur du Café des Arts. “Elle ne voulait rien de spécial, juste qu’on lui fiche la paix. Elle avait ce regard… incroyable. Même vieille, elle avait ce feu.” Les boutiques de souvenirs, qui vendent depuis des décennies des cartes postales et des posters de BB en bikini vichy, semblent soudain devenir des mausolées. Ces images d’une jeunesse éternelle côtoient désormais la réalité brutale de la mort. Le mythe est intact, figé pour l’éternité, mais la femme, elle, n’est plus.