Le réveil a été brutal pour les téléspectateurs de France 2. Ce qui devait être une interview politique matinale classique dans l’émission “Télématin” s’est transformé en un véritable ring de boxe verbal. Face à face, deux hommes que tout oppose en cet instant : l’animateur Thomas Sotto, armé de ses fiches et d’archives historiques, et Jordan Bardella, le président du Rassemblement National, bien décidé à ne pas se laisser enfermer dans le passé.

Dès les premières minutes de l’entretien, Thomas Sotto a dégainé ce que beaucoup considèrent comme le “joker ultime” des interviews contre le RN : le dossier Jean-Marie Le Pen. L’animateur a choisi de ressortir des cartons des déclarations datant des années 90, notamment les propos tristement célèbres du fondateur du Front National sur les chambres à gaz, qualifiées à l’époque de “point de détail de l’histoire”. L’objectif était clair : placer Jordan Bardella face à ses propres ambiguïtés et tester la solidité de sa “dédiabolisation”.

C’était sans compter sur la répartie acérée du jeune leader nationaliste. Au lieu de bafouiller ou de s’enferrer dans des justifications sans fin, Jordan Bardella a opté pour une contre-attaque frontale. Le président du RN a immédiatement dénoncé une manœuvre de diversion. Avec un calme olympien contrastant avec la gravité des archives diffusées, il a fustigé l’attitude du service public, l’accusant de perdre un temps précieux sur des polémiques vieilles de 35 ans alors que le pays traverse des crises majeures.

“La rupture politique entre Marine Le Pen et Jean-Marie Le Pen a eu lieu il y a plus d’une décennie, en 2015”, a martelé Bardella, avant de porter l’estocade. Dans un moment de tension rare, il a lancé à Thomas Sotto : “Si vous croyez que ce matin, sur le service public payé avec l’argent de ceux qui nous regardent… il faut qu’on reparle de propos de Jean-Marie Le Pen qui a 95 ans… franchement vous êtes tombé bien bas”. Cette phrase, cinglante, a instantanément gelé l’ambiance sur le plateau.

L’humiliation a été double pour le journaliste. Non seulement Jordan Bardella a refusé de porter le fardeau de l’héritage de Jean-Marie Le Pen, mais il a réussi à retourner la situation en sa faveur en se posant en défenseur des préoccupations réelles des Français. Pour Bardella, chaque minute passée à parler du passé est une minute volée au débat sur le pouvoir d’achat, la sécurité ou l’immigration.

Thomas Sotto, visiblement déstabilisé par la violence de la réponse, a tenté de reprendre la main en évoquant le projet européen du RN. Mais le mal était fait. Bardella, sentant qu’il avait pris l’ascendant, a continué de pointer l’ironie de la situation : “Si vous n’aviez pas passé 5 minutes sur le propos de Jean-Marie Le Pen… on aurait peut-être eu plus de temps pour parler de ce qui intéresse les Français”.

Cette séquence illustre parfaitement la nouvelle stratégie de communication du Rassemblement National. Jordan Bardella ne se contente plus de répondre aux questions ; il remet en cause la légitimité même des interrogations des journalistes. Pour ses partisans, c’est une preuve de force et de clarté. Pour ses détracteurs, c’est une manière habile d’éviter de condamner fermement un passé qui colle toujours à la peau de son parti.

Le “K.O. debout” de Thomas Sotto marque un tournant dans les relations entre les médias audiovisuels et le RN. Les vieilles méthodes de confrontation par l’archive historique semblent perdre de leur efficacité face à une génération politique qui a appris à transformer chaque piège en une tribune populiste efficace. Le spectacle offert sur Télématin restera comme l’un des moments les plus électriques de cette saison politique, prouvant que sur le terrain de la communication, Jordan Bardella est devenu un combattant redoutable que même les journalistes les plus chevronnés peinent à mettre en difficulté.

Le détail de l’histoire, qui a coûté cinq minutes d’antenne précieuses, a finalement profité à celui qu’on voulait piéger. Un “bravo l’artiste” ironique qui résonne encore dans les couloirs de France Télévisions.