Le plateau de l’émission « Quelle époque ! » est devenu, ce samedi, le théâtre d’une déconvenue politique majeure pour Jordan Bardella. Celui que certains observateurs critiques surnomment désormais avec amertume la « coquille vide » du Rassemblement National s’est retrouvé dans une posture de ridicule total, étalant devant la France entière une vacuité que même des mois de préparation intensive n’ont pu dissimuler. Il est d’autant plus frappant de constater ce naufrage médiatique alors que des informations persistantes font état de dépenses colossales, s’élevant à plus de 130 000 euros d’argent public, uniquement destinées à son coaching pour lui apprendre à sourire, à soigner sa gestuelle et à maîtriser l’art de la parole. Ce constat laisse songeur : l’image peut-elle éternellement remplacer le fond ?

Le malaise a pris racine lors du segment désormais célèbre du « grand photocall ». Le principe, orchestré par Léa Salamé, est d’une simplicité redoutable : une photo de personnalité est projetée, et l’invité doit formuler la question qu’il poserait à cette personne s’il l’avait en face de lui. Lorsque le portrait de Nicolas Sarkozy est apparu à l’écran, Jordan Bardella a ouvert le bal avec une interrogation pour le moins convenue : « Où est-ce qu’il trouve toute cette énergie qui est objectivement increvable ? ». Jusque-là, la réponse, bien que peu inspirée, passait pour de la courtoisie politique classique. Cependant, le mécanisme s’est enrayé dès l’image suivante.

Face à la photo de Donald Trump, le leader du RN a répété, presque mot pour mot, la même formule : « Où est-ce qu’il trouve toute cette énergie aussi ? ». C’est à cet instant précis que le vernis a craqué. Roselyne Bachelot, présente sur le plateau, n’a pas pu contenir son agacement devant ce qui s’apparentait à un disque rayé. Avec son franc-parler habituel, elle a immédiatement épinglé cette répétition lassante. « Vous répétez, là… Tu manques d’imagination ! », a-t-elle lancé avec une pointe de mépris. Elle est allée plus loin en dénonçant ce qu’elle a qualifié de « cirage de pompes » manifeste à l’égard de l’ancien président américain. « Il cire les pompes à Donald ! », a-t-elle ajouté, provoquant une onde de choc sur le plateau.

Déstabilisé, perdant de sa superbe habituelle, Jordan Bardella n’a trouvé pour seule défense qu’une remarque sur la forme, fuyant une fois de plus le débat de fond : « Je vous trouve bien inélégante, madame ». Mais le calvaire ne s’est pas arrêté là. La séquence s’est poursuivie avec le portrait de Vladimir Poutine. Dans un élan de paresse intellectuelle qui a fini de sceller son sort lors de cette émission, Bardella a récidivé pour la troisième fois consécutive : « Où trouve-t-il toute cette énergie ? ». Il a tout de même tenté de sauver les meubles en ajoutant une question complémentaire : « Jusqu’où va-t-il aller ? ».

Ce moment de télévision restera sans doute comme un marqueur de la fragilité de la construction médiatique autour de Jordan Bardella. Derrière les sourires travaillés et les éléments de langage appris par cœur, la réalité brutale d’une incapacité à improviser ou à faire preuve d’une réflexion originale a éclaté au grand jour. Roselyne Bachelot, bien qu’elle ne soit pas la cible favorite de tous les commentateurs politiques, a agi ici comme le révélateur d’un vide politique sidérant. En quelques secondes, elle a mis en lumière que le marketing politique le plus coûteux ne pourra jamais remplacer la spontanéité, la culture et, tout simplement, l’imagination nécessaire à un homme qui prétend aux plus hautes fonctions de l’État. Le malaise créé en direct n’était pas seulement une question de forme, mais le symptôme flagrant d’une ambition qui semble cruellement manquer de racines et de substance.